Aller au contenu

Treasure Island

18 mai 2013

treasure_islandJim Hawkins, jeune adolescent, mène une existence paisible dans l’auberge tenue par ses parents. Un hôte indésirable le laisse en possession d’une carte. Laquelle carte, une fois examinée, indique bien évidemment les coordonnées précises d’un trésor. Il n’en faut pas plus pour que les deux adultes les plus aventureux de son entourage affrètent un bateau et se lancent dans cette quête incertaine. Pour Jim, c’est un pur bonheur.

And I was going to sea myself, to sea in a schooner, with a piping boatswain and pig-tailed singing seamen, to sea, bound for an unkwown island, and to seek for a buried treasure !

Aveugle aux signes indiquant que l’équipage n’est pas des plus recommandables, Jim se laisse prendre aux beaux discours de Long John Silver, le pirate à la jambe de bois. Fascination, méfiance, besoin de revanche, des sentiments très ambigus lient les différents personnages. On se demande pourquoi on considère ce livre comme destiné principalement aux enfants ; il est particulièrement équivoque et sinistre.

L’intrigue ne m’a pas passionnée. S’il y a bien une chose qui ne me plaît pas, c’est l’absence de personnages féminins, à part la mère de Jim, parfaite bien sûr. J’ai trouvé que l’aventure tournait court, peut-être trop habituée au rythme haletant des histoires de fantasy actuelles. Plus que de voyage, il est question d’embuscades, de trahisons et de cupidité. La véritable nature humaine révélée par un tas de pièces d’or, et l’entrée dans l’âge adulte pour le héros.

Robert Louis Stevenson, Treasure Island, 1883

Jaune !

13 mai 2013

Anvil

3 mai 2013
tags: ,

anvilIl est bien loin le temps où Steve Kudlow, alias Lips, faisait voltiger les longues boucles souples de sa chevelure tout en jouant gaiement de la guitare avec un godemiché, suscitant l’admiration de tous les autres groupes metal du moment. A cinquante ans, il doit se rendre à l’évidence : il a le crâne dégarni, son groupe Anvil ne lui permettra jamais d’assurer la subsistance de sa famille et son épouse aimerait bien qu’il cesse de rêver au jour où, enfin, il remplira les stades.

Ce film est un reportage très touchant sur un véritable groupe né dans les années 80. Précision à garder en tête, car personne n’a entendu parler de Anvil en dehors de cercles restreints et les calamités qui s’abattent sur le groupe sont telles qu’on se croirait dans une fiction à la Spinal Tap. Steve Kudlow et Robb Reiner sont donc des personnes tout à fait réelles, qui ont juré à l’adolescence de consacrer leur vie à la musique. Ce qu’ils font effectivement, mais ils n’avaient pas prévu qu’ils devraient travailler dans une cantine ou sur un chantier pour y parvenir.

Ils ont toujours la foi ! Leur treizième album est le meilleur de tous et ils s’embarquent dans une tournée européenne avec une nouvelle manageuse. Qu’importe si aucune maison de disques n’accepte de les produire et si trois cent personnes seulement se diluent dans une salle censée en contenir vingt mille. Fidèles à eux-mêmes, passionnés et gentils avec ça, ils suivent toujours leur rêve.

Merveilleux film un rien mélancolique, souvent drôle, sur les illusions et le fonctionnement du star system. Lorsque Lips raconte des anecdotes de son passé lors d’un festival, il n’intéresse personne. Ses histoires ne sont pourtant ni plus ni moins bonnes que celles de n’importe quel gomeux métalleux pourvu d’une clique de fans qui admirent béatement ses moindres crottes. Anvil reste digne et sincère, Anvil est un modèle pour tous les groupes de rock !

Sacha Gervasi, Anvil, 2010

La Joie de vivre

1 mai 2013
tags:

joie_de_vivreOn retrouve comme héroïne de ce roman l’un des personnages secondaires du Ventre de Paris : Pauline Quenu, la fille du couple de charcutiers florissants, a maintenant dix ans. Devenue orpheline, à la tête d’une coquette fortune, elle est accueillie chez des parents éloignés de Normandie, dans le petit village de Bonneville.

Malgré la présentation d’un intérieur douillet, dans lequel la petite Pauline se sent tout de suite à l’aise, il apparaît rapidement que la famille Chanteau n’a que peu de dispositions pour le bonheur. Le père est d’une telle gloutonnerie que même la perspective de crises de goutte horriblement douloureuses ne l’empêche pas de se faire plaisir à chaque repas. La mère n’a bon cœur qu’en apparence ; elle convoite la fortune de Pauline, s’en empare petit à petit et, pour ne pas reconnaître qu’elle se méprise pour ce vol progressif, se met à prendre Pauline en grippe.

Pauline éprouve une vive amitié pour Lazare, fils unique des Chanteau. Tête folle et capricieuse, dans ses occupations comme dans ses amours, le jeune homme se passionne tout à tour pour la musique, la médecine, la chimie. Ses nombreuses idées d’entreprises échouent les unes après les autres, le plus souvent parce qu’il abandonne, dégoûté. Il éprouve une grande terreur de la mort, des idées morbides d’une telle ampleur qu’elles réussissent à lui pourrir la vie. Sa personnalité semble détraquée jusqu’à l’exagération, et pourtant, la lecture du dossier accompagnant le roman m’a appris que Zola partageait avec son personnage cet extrême dégoût de la vie, cette horreur de la mort, un pessimisme proprement pathologique. Le caractère du jeune écrivain était d’ailleurs bien connu de ses amis, dont nombre partageaient cette sympathique vision de la vie. Il semblerait donc bien que Lazare soit un personnage autobiographique.

Dans ce contexte, le titre du roman pourrait apparaître comme un trait d’humour noir. Sauf que Pauline ressent réellement un grand bonheur de chaque instant. Contrairement à ses parents, animés de passions funestes, elle décide non de poursuivre des chimères, mais de se satisfaire de son présent, aussi étriqué soit-il. C’est une philosophe, à sa manière, bien qu’il lui en coûte toujours au début de sacrifier ce à quoi elle tient le plus. Au seul moment où le courage lui manque pour être heureuse, l’auteur ne manque pas de nous suggérer que ce qu’elle convoitait ne l’aurait pas vraiment contentée, l’aurait peut-être même tirée vers le bas. Il ne reste donc plus grand-chose à quoi tenir à la fin, sinon ce solide appétit de vivre, purement animal, qui se suffit à lui-même.

Émile Zola, La Joie de vivre, Ed. Garnier-Flammarion, 1974, 355 p.

Palimpseste

28 avril 2013

palimpsesteEntre deux tomes de la Patrouille du temps, pourquoi ne pas lire Palimpseste ? En apercevant ce titre sur un blog il y a quelques temps, je me suis dit qu’il comblerait ma fringale de paradoxes temporels.

On se retrouve en terrain connu avec la Stase. Pierce a été recruté pour devenir un agent temporel. L’intégration définitive n’est obtenue qu’après une longue formation et une épreuve finale particulièrement cruelle. Les enjeux sont vastes : assurer la survie de l’humanité, par des programmes de réensemencement, au fil des catastrophes planétaires qui surviennent régulièrement.

L’histoire ne brasse pas tant des époques que des échelles géologiques. Les aventures de Pierce, dont on ne sait pas grand-chose, en restent très impersonnelles. L’auteur m’a semblé malin mais ne parvient pas à décrire un monde ou des personnages attachants. Partant de là, la longueur réduite du livre est plutôt un avantage !

Charles Stross, Palimpseste, 2011

Robespierre, reviens !

27 avril 2013

robespierre_reviensCe petit livre militant vise à lever le discrédit pesant sur Robespierre et, au-delà, sur la Révolution française dans son ensemble. Selon les auteurs, son ostracisme médiatique relève de la réaction anti-républicaine qui sévit actuellement, alors qu’il « a incarné les grandes idées émancipatrices et les innovations considérables que la Révolution française de 1789 a introduites dans l’histoires des sociétés et des Etats. » (p. 9) Emissions télévisées, articles de presse, déclarations politiques rivalisent de termes péjoratifs pour qualifier cette période de l’histoire : on parle de Terreur, de tyrannie, de guillotine. Mais Robespierre, c’est vraiment pire que tout, au point que malgré des propositions répétées de donner son nom à une rue parisienne, la mairie, de droite comme de « gauche », a toujours refusé. Il importe donc de lutter contre la désinformation et la haine à courte vue.

L’héritage de Robespierre s’est traduit en avancées sociales indéniables. On lui doit la devise républicaine française « liberté-égalité-fraternité ». Il s’est fait le défenseur de l’égalité des droits quelle que soit la religion ou la couleur de peau. Favorable à la liberté de la presse, à la liberté de réunion et d’association, au mariage des prêtres, il a participé à la rédaction de la Déclaration des droits de 1793, la plus avancée sur le plan social, qui n’a jamais été appliquée. Opposé à la violence, malgré sa légende sanguinaire, il a refusé les exécutions de masse, les punitions collectives et les guerres de conquête.

Ses convictions politiques le portaient à appeler le peuple à « être en une continuelle activité pour défendre ses droits et sa liberté. » Favorable au suffrage universel, au non cumul des mandats, à l’école publique et obligatoire pour tous, il avait à cœur la formation de citoyens responsables, leur reconnaissant le droit à l’insurrection si les institutions bafouaient leurs droits.

L’aspect le plus fascinant, à mes yeux, est la mise en place du culte de l’être suprême, non une religion, mais une morale civique. J’avoue que j’avais complètement oublié cet épisode ; il est aussi fort probable que mes professeurs de collège et lycée l’aient passé à la trappe… Voilà en tout cas un sujet que j’aimerais bien creuser par la suite.

Les auteurs voient en lui un précurseur et un exemple prestigieux pour les gens de gauche. Ils se voient toutefois obligés, dans la deuxième partie, de revenir sur les attaques contre-révolutionnaires dont le personnage fait l’objet, à travers un historien reconnu comme François Furet ou un acteur tellement sympathique comme Laurent Deutsch, dont ils pointent les élucubrations à tendance royaliste.

Si l’analyse se garde bien de souligner les points sombres de Robespierre, qui nécessiteraient une œuvre de plus grande envergure, elle s’avère cependant convaincante et tout à fait d’actualité. Les débats n’ont pas manqué ces derniers mois entre des médias partisans d’une image idéalisée de la royauté, représentant les révolutionnaires comme des tortionnaires, et des politiciens de gauche soucieux de revendiquer leur héritage républicain, malmené par les mesures anti-sociales du gouvernement actuel.

Alexis Corbière et Laurent Mafféis, Robespierre, reviens !, 2012

revolution

Les Runaways

8 avril 2013

runawaysJoan est une adolescente volontaire, âgée de quinze ans en 1975. Elle veut devenir guitariste et monter son propre groupe. « Une fille, ça joue pas de la guitare électrique ! », déclare sans ambages son premier professeur de guitare. Elle comprend alors qu’elle ne peut compter que sur elle-même.

Elle prend le nom de Jett pour sa carrière et fait l’assaut du producteur Kim Fowley, en se présentant crânement comme une rockeuse professionnelle. Il s’affaire alors à recruter d’autres membres, les sélectionnant tout autant sur leur apparence, leur « présence », que sur leur talent musical encore balbutiant. Prises en main par l’industrie musicale, les jeunes filles vont vivre la belle vie, apprendre à renvoyer les détritus d’un geste détaché sur scène (les musiciennes sont mal perçues par le public), crier des insanités en tenues sexy…

Kim Fowley, le manager libidineux, transforme les adolescentes encore pataudes en fantasmes sexuels à l’état pur (les siens). Il fait ainsi chanter à la jeune Cherie des paroles qui la font rougir dans le tube « Cherry Bomb », avant qu’elle n’adopte d’elle-même une tenue de rebelle en porte-jarretelles, un concept appelé à un vif succès. Le summum est atteint lorsque Cherie pose à quatre pattes en slip devant un photographe japonais. L’ambition de départ de Joan d’être une vraie rockeuse se dilue dans les tenues suggestives de la chanteuse qui, dans la facilité de la vie de star, devient capricieuse.

Kristen Stewart incarne ici Joan Jett et fait un bel effort pour être une rebelle, parvenant même à une aura shanesque. Peut-être que le personnage de Shane était inspiré de Joan Jett… Voilà qui me pousse à des réflexions inattendues. Cherie Currie, interprétée par Dakota Fanning, est un personnage aussi attachant qu’agaçant. L’accent mis sur son personnage dans le scénario vient du fait que ce dernier est inspiré de son livre autobiographique, Neon Angel : A Memoir of a Runaway. A noter que les vraies musiciennes des Runaways ont collaboré étroitement à la réalisation du film.

Agréable à regarder, Les Runaways n’est tout de même pas un film mémorable et semble avant tout calibré pour faire de la publicité pour les blousons en cuir et les t-shirts punks. Il m’a au moins intéressée à la carrière de Joan Jett. Brune flamboyante, adepte d’un rock’n’roll des plus efficaces, elle traverse les années 80 en cuir moulant et crinière féline sans rien perdre de sa fougue vocale. J’ai découvert pour la première fois des tubes de l’époque, comme Do You Wanna Touch me ou I Hate Myself for Loving You, bien certaine de n’avoir jamais entendu que le seul I Love Rock’n’Roll à la radio. Bonne chanson, au demeurant, mais rediffusée à la radio jusqu’à la nausée, quand tant d’autres titres mériteraient aussi une audience ! Bref, je crois que je serais intéressée par un film centré sur la seule Joan Jett.

Floria Sigismondi, The Runaways, 2010

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.