Skip to content

Hélèna Villovitch – Dans la vraie vie

11 février 2006

vraievie1Pour une fois, voilà un livre d’Hélèna Villovitch qui n’est pas insupportable. Il se lit aussi vite, et avec le même plaisir, que les précédents, mais on sent cette fois qu’il touche à quelque chose de plus profond, même s’il faut bien gratter la surface.

J’ai aimé chacun de ses romans et recueils de nouvelles, et ce depuis le premier, Je pense à toi tous les jours, dont le style léger et les illustrations loufoques m’avaient valu une réaction courroucée d’une amie étudiante, aussi cultivée qu’élitiste : « Mais qu’est-ce qui te prend de lire ce genre de trucs ?? ». Moi, l’humour pince-sans-rire avec lequel la narratrice débitait des horreurs arty me plaisait beaucoup. Entre deux projets artistiques abracadabrants, elle parlait de ses différents maris avec une certaine tendresse, non dénuée de perplexité.

Les mêmes éléments se retrouvent dans Pete, Dave et moi, mon préféré. Cette fois, elle évoquait une jeunesse branchouille des années 80, entre soirées trop arrosées, zones floues de l’entrée dans la vie professionnelle et concerts new wave peu stimulants. Un portrait autobiographique (?) qui, par petites touches frivoles, reflète un morceau de vie, de rêves et d’ennui.

Petites soupes froides était un sommet de snobisme, recueil de nouvelles candides relatant diverses expériences artistiques des plus décalées : porter chaque jour une tenue monochrome, filmer ses ébats à la faveur des éclairages éphèmères d’un plateau de cinéma dans le quartier, trainouiller à des soirées en étant persuadée d’être la personne la plus intéressante du monde… Futilité et décadance, tout ce qu’aime ma deuxième personnalité.

Bon. Mais maintenant, Dans la vraie vie représente un pas certain vers le sérieux et un début de conscience sociale. Cette dernière n’était pas totalement absente des livres précédents, mais plus diluée, amenée par des allusions incongrues. Ici, l’interzone du monde du travail constitue le fil conducteur des huit nouvelles.

Par petites phrases anodines, elle touche à une réalité inquiétante, avec ses personnages de trentenaires cumulant précarité professionnelle et sentimentale. Quittant son habituelle posture autobiographique (?), elle parvient à instaurer une trame fantastique dans certains des textes, comme « A bout de souffle », ou « Tu veux qu’on en parle? », à la trame implacable et hilarante. Elle évoque également les froids lieux de rencontre modernes auxquels ont recours les gens trop absorbés par leur travail : « Dans la vraie vie » ou « Au coup de klaxon » ne donnent guère envie d’utiliser sites de rencontre ou speed dating…

« Sandra, qui me fait signer mon contrat, ne me le cache pas, c’est clair. On a besoin de moi pendant trois jours, pas un de plus, pour une surcharge de travail liée à la mise en place de la nouvelle monnaie. Au début de l’année, il y a eu de nombreuses erreurs dans la comptabilité de cette entreprise, et il faut maintenant les traquer sur l’ensemble des fichiers informatiques. Nous sommes toute une équipe recrutée à cet effet. Deux stagiaires, trois intérimaires, et moi en contrat à durée déterminée, nous sommes sur le pont, tous très sérieux et un peu sexy, impatients de remplir cette nouvelle mission. »

« Qu’est-ce que tu vas faire ? », p. 47

 

Advertisements
One Comment leave one →
  1. urgonthe permalink
    13 juin 2011 15:03

    Intéressant, tout ça, « Dans la vraie vie » me tente beaucoup, surtout en ce moment. Au fait ! je délire sur toi en écoutant The Divine Comedy, la chanson « The Happy Goth » a des airs… autobiographiques (?)
    Posté par Dan, 13 février 2006 à 21:54

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :