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La Tour sombre

10 juin 2006

Où j’explique comment j’en suis arrivée à lire la Tour sombre

Je n’aime pas beaucoup Stephen King. Oh, ça se lit, et même très bien pour certains de ses premiers romans, aussi captivants qu’effrayants. Mais c’est aussi le seul auteur à m’avoir tellement écœurée que j’ai voulu me débarrasser à tout prix de deux de ses livres : j’ai abandonné l’un d’eux dans les toilettes de mon lycée, signifiant par ce geste tout le bien que j’en pensais ; le second, je l’ai offert comme cadeau empoisonné à ma « chère » cousine, sachant d’expérience qu’elle ne me le rendrait pas (et ça n’a pas loupé !).Ensuite, j’ai eu une période trop sérieuse de dédain de la fiction en général. Suivie d’une période de débauche livresque, où je n’ai quasiment lu que de la fantasy. C’est ainsi que je suis revenue à Stephen King, alléchée par la promesse d’un cycle en sept volumes de bonne taille, et pas qu’un peu émoustillée par l’enthousiasme des hardcore fans de cette longue histoire.

Où je fais une partie chiante en détaillant chaque tome

Tome 1 − Le Pistolero : il ne s’y passe pas grand-chose, mais j’étais prévenue. On suit un type taciturne qui avance dans une région aride ; de temps en temps, il fait un carnage. Tout ça est assez déprimant.Tome 2 − Les Trois Cartes : on change de registre avec la fameuse tarte à la crème de toute la science fiction/fantastique/fantasy : les mondes parallèles !!! J’avoue que j’en ai soupé, des mondes parallèles. Je reste sceptique quant à leur efficacité narrative, trouvant le procédé facile et ne comprenant pas en quoi ils viennent enrichir une bonne histoire fantastique. Pour moi, ils ont même l’effet inverse, en tentant de raccrocher à tout prix l’histoire au monde réel. Après, il y a le problème des nouveaux personnages, qui sont… plutôt chargés. On voit l’auteur s’embarquer dans un truc très lourd, dont il va mettre des pages et des pages à se dépêtrer.

Tome 3 − Terres Perdues : sûrement mon tome préféré, qui se rapproche le plus du style fantasy. On voit nos trois héros faire leur apprentissage des armes, résoudre leurs premières énigmes et commencer à comprendre vers quoi ils se dirigent. On prend pleinement conscience du monde post-apocalyptique dans lequel évoluent les personnages, mélange habile d’éléments western et monde industriel déchu. Qui est le pire, du démon lubrique, du train fantôme dément ou du déchet humain hantant une ville pourrissante ?Tome 4 − Magie et cristal : après un démarrage sur les chapeaux de roues, Stephen King enterre sa saga en écrivant un flash-back de cinq cent pages, un livre dans le livre ! J’ai eu un mal fou à en venir à bout, c’était d’un chiant… J’ai du l’emprunter trois fois en six mois avant de le terminer.

Tome 5 − Les Loups de la Calla : on reprend l’histoire de Roland adulte et son équipe là où on l’avait laissée avant les souvenirs de jeunesse. Les personnages ont accompli cinquante kilomètres en étant inconscients, on ne sait pas pourquoi… Au bout de cent cinquante pages, je me rends compte que je me fais abominablement chier et que je gaspille des heures de ma vie qui pourraient être employées à lire… un bon livre, par exemple.Tome 6 − Le chant de Susanna : je n’y crois pas, ce bouquin est encore plus gros que le précédent !

Tome 7 − La Tour sombre : je ne sais pas s’il est bien mais, vu la taille, il peut facilement servir d’arme d’auto-défense au fond d’un sac.
Où j’expose les raisons pour lesquelles je n’ai pas aimé ce cycle, tout en me coltinant quand même quelques milliers de pages

Je ne crois pas être masochiste, mais je suis persévérante. J’aime terminer ce que j’ai commencé (CDD minables, téléchargement de séries télé, pots de Nutella…). La fin est une satisfaction en soi. En plus, quand on entend des gens parler d’un truc mystérieux à répétition, on a envie de savoir, forcément. C’est quoi, au juste, la tour sombre ??? Mais j’ai détesté cette série-là.

Il y a d’abord le style de Stephen King, qui essaie d’être à la fois haletant et profond, ce qui nous donne une succession de scènes d’action et d’introspection façon psychanalyse à deux balles. Roland, le héros principal, est une fine gâchette, mais il est surtout taraudé par le remords, concernant ses parents, ses amis d’enfance, son premier amour, tout ça… Les autres traînent aussi leurs démons, mais ils ne parviennent pas pour autant à être attachants. Parce que l’ensemble est mal écrit, en phrases brèves qui cherchent à faire de l’effet, en argot mal traduit (l’hypothèse que la version française m’ait induite dans une opinion défavorable n’est pas à exclure).Ensuite, ben il y a la patte Stephen King, un monsieur obsédé par les côtés les plus noirs de l’âme humaine, qui sait ce qui fait le plus horreur. Alors il se complaît dans la fange, le sang, le pus, blessures dégoûtantes et morts hideuses. Je n’ai rien contre un peu de violence, mais je déteste le répugnant gratuit.

Après, il y a le problème : comment écrire un roman en faisant de l’anti-littérature ? Il y avait donc les mondes parallèles, le flash-back de cinq cent pages, l’utilisation maladroite d’éléments de contes de fées, et le pire restait à venir. Une mise en abîme de l’auteur lui-même. Là, je soupire, je râle, je proteste. On avait des indices dans les postfaces des premiers tomes, où Stephen King nous racontait comment c’était l’œuvre de sa vie, qu’il fallait le prendre au sérieux, qu’il mettait tout son cœur d’écrivain dans cette somme grandiose. A mon sens, il déraille au moment précis où il fait allusion à un livre de Stephen King, entre William Faulkner et Raymond Chandler. Un clin d’œil, une plaisanterie sur sa propre ambition supposée ? Il y a du second degré là-dessous, mais il n’y a pas que ça ; pas avec des postfaces pareilles !
Où je me dis que, pendant ce temps, j’aurais pu lire le Trône de Fer

Selon moi, il s’agit ici d’un mauvais cycle de fantasy. Bien sûr, les fans m’ont martelé que ce n’était PAS de la fantasy, pourtant les sites dédiés au genre le classent en « dark fantasy ».

Stephen King reprend trop d’éléments de médiéval fantastique pour considérer qu’il se situe ailleurs. Ses sept romans constituent une quête, c’est écrit dès le départ. Roland vient d’une société pas proprement médiévale, mais dont le niveau technique s’y dirige à grand pas. L’époque suit une apocalypse dans une société moderne comparable à la notre, où les machines pourrissent lentement sans que personne sache comment s’en servir. C’est souvent le cas en fantasy, par exemple dans la Roue du temps, où l’apocalypse doit remonter à deux mille ans et les artefacts du monde précédent figurent comme des vestiges archéologiques, plongeant quiconque dans la perplexité.C’est une mauvaise quête car les héros trouvent « gratuitement » les objets qui vont les aider. Je pense à Eddie qui trouve un bout de bois par hasard, se met à le sculpter et super ! il devient la clé idéale pour la porte entre les mondes ! L’intérêt d’une quête c’est de chercher et de raisonner, quand même…

Quant aux personnages principaux, ils sont trop peu nombreux par rapport à la longueur des bouquins. J’avoue que suivre les pauvres interactions de Roland, Eddie, Suzanne et Jack (et Ote, la sale bête !), ça va sur deux cent pages, pas deux mille. En fait, de nouvelles têtes se profilaient au début du tome cinq, avant que je l’envoie valdinguer sur le mur, donc vous serez en droit de me faire des remarques sur mon manque de persévérance (j’en connais un qui ne va pas se priver s’il tombe sur cet avis…).Voilà, je n’ai pas aimé, mais loin de moi l’idée de vous en dégoûter (très très loin). Il est important de se faire sa propre opinion et de se méfier aussi bien des conseils de votre entourage, ces beaufs avec des goûts de chiotte, que du marketing de masse, ces requins capables de vendre la pire daube sans se poser la question de l’enrichissement de la culture (pas bien). N’empêche qu’on peut trouver mieux à lire.

Stephen King, La Tour sombre

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