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Sex in USA

12 juillet 2006

kinsey

 

Cette année, je me suis intéressée au sexe de près. D’un point de vue scientifique, principalement. Pas seulement… Nous nous en tiendrons ici au côté scientifique (chercheurs d’anecdotes scabreuses, passez votre chemin).

En 2005, sortait le film « Dr Kinsey », de Bill Condon, avec Liam Neeson dans le rôle principal. Le scénario entendait retracer la genèse de la première étude de grande envergure sur la sexualité menée aux Etats-Unis, le Rapport Kinsey, publié en 1948. Lorsqu’il est sorti, je n’en voyais pas trop l’intérêt cinématographique. Depuis, j’ai eu l’occasion d’exercer le même métier que le Dr Kinsey et son équipe d’enquêteurs, et j’étais très curieuse de voir comment le sujet avait été filmé.

Les premières séquences sont excellentes. On y voit de jeunes enquêteurs, un peu effrayés par leur sujet, s’efforcer de se montrer neutres face à leurs interviewés. Mais en face d’eux, il s’agit du directeur du projet en personne, qui les bouscule sans ménagement. « Qu’est-ce que c’est que cet air apitoyé ? Vous devez mettre à l’aise les personnes ! »

Le film prend ensuite la forme plus conventionnelle d’une biographie. L’Amérique de la première moitié du 20e siècle, ses préceptes stupides et dangereux concernant la masturbation, les rapports sexuels, la « normalité » étouffante et culpabilisante. Etant sorti, non sans dommages, de ces écueils à l’épanouissement individuel, Alfred Kinsey, biologiste de formation, décide d’étudier le phénomène de plus près à la manière dont il collectionne les insectes : en réunissant suffisamment de cas, ce qu’il appelle les antécédents sexuels d’un individu, il se donne pour tâche d’analyser la sexualité de manière objective.

Acte courageux dans la société ultra puritaine de l’époque, surtout lorsque les premiers résultats sont publiés et montrent, chiffres à l’appui, que la sexualité « normale », dans le cadre du mariage, ne recouvre qu’un huitième des formes de sexualité humaine. Masturbation, rapports avant et en dehors du mariage, caresses buccales, homosexualité et autres formes de « perversion », la palette des comportements humains est plus vaste que ne le souhaiteraient les autorités morales.

On voit le Dr Kinsey, issu d’une éducation rigoriste, se remettre en cause, en poussant la rigueur scientifique jusqu’à vérifier toutes ses hypothèses sur lui-même. L’établissement d’une échelle de 1 à 6 concernant les orientations sexuelles, de « purement hétérosexuel » à « purement homosexuel », lui fait découvrir que la plupart des individus se situent dans les stades intermédiaires, lui y compris. Il considère dès lors que les limites du mariage bourgeois ne lui conviennent plus et se met à expérimenter, avec l’assentiment d’abord résigné, puis enthousiaste, de sa femme.

Le film atteint ses limites dans l’évocation de la déchéance morale du héros. On nous rappelle lourdement que les êtres humains éprouvent des sentiments et que toutes les expériences ne sont pas bonnes à faire. Et, pour que tout le monde soit bien rassuré, l’amour triomphe à la fin, unique donnée non mesurable des travaux du Dr Kinsey.

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Autant l’avouer, j’ai été mortifiée par la rigueur scientifique mise en oeuvre par l’équipe d’enquêteurs, qui travaillaient en face à face. On voit notamment un enquêteur se refuser à continuer de recueillir un témoignage dès lors que l’interviewé persiste à nier ses comportements masturbatoires. Moi, j’étais au téléphone, et les marchands de savon qui me supervisaient m’enjoignaient de valider toutes les réponses que j’entendais, même si mon intime conviction soupçonnait l’auto-censure ou la déformation. Au final, j’estime avoir davantage recueilli des discours sur la sexualité socialement admise que sur des comportements réels. Mais ce sera bien sur ces données déformées qu’on s’appuiera dans les dix prochaines années, en ce qui concerne la population française.

Hourrah ! La majorité des femmes ne se masturbent jamais, les hommes n’ont jamais de pannes et leurs partenaires ont toujours un orgasme ! En plus, j’ai l’impression que les Français vont battre des records de fidélité et n’ont jamais, au grand jamais, été attirés par des personnes du même sexe. Il me semble qu’en face à face, la franchise est mieux garantie, mais c’est une méthode trop chère sur les gros échantillons, m’a-t-on assuré.

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One Comment leave one →
  1. urgonthe permalink
    13 juin 2011 16:53

    C’est tout le problème de faire appel à des sociétés privées, donc centrées sur un profit à tirer, pour mener de telles enquêtes. En effet, il me semble illusoire de vouloir tirer des conclusions d’une enquête dont les commenditaires ne peuvent même pas contrôler le déroulement.
    Une telle question, vopus préférez une enquête pas chère mais dont les résultats seront faux ou une enquête réaliste quant à ses données mais chère, ne devrait jamais se poser pour des sujets aussi importants.
    Posté par berlioz, 12 juillet 2006 à 15:22

    tu me donnes envie de voir le film. Quant au comportement « scientifique », je le connais TRES bien et je ne suis pas étonnée de ce que tu racontes à ce sujet. Sauf que vouloir traiter d efaçon « rationnelle » des comportements liés à de l’émotionnel, c’est biaisé. Faire la part des choses entre les faits « vrais », ce qu’on ose avouer et « la part de l’ange », c’est difficile car la Vérité n’est pas qu’objective !

    par contre, ton dernier paragraphe, j’adooooore ! tellement « vrai »

    P.S.: je devraus revoir « comment je me susi disputé (ma vie sexuelle) », je pense que je comprendrais mieux le film… maintenantgq ue j’ai une vie sexuelle !
    Posté par mymy marmotte, 13 juillet 2006 à 13:18

    Berlioz ==> Je suis critique envers mon boulot, mais les clients étaient contents, d’après eux le nombre de questionnaires permet amplement de diluer les réponses « limites » et ils ont du faire un tri, aussi.

    Marmotte ==> je crois savoir d’où te vient cette connaissance des comportements qui se veulent rationnels… Dur de sortir avec un cerveau ?
    Pour le film « comment je suis disputé », je me souviens surtout de scènes de parlottes et de bouquins jetés dans tous les sens, pas tellement de sexe !
    Posté par canthilde, 13 juillet 2006 à 16:11

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