Skip to content

Recueillement et maniérisme

19 avril 2007

lisagerrard

 

Il y a deux ans, je traînais un célibat mélancolique et larmoyant au concert parisien de Dead Can Dance. Cette année, je suis accompagnée pour le concert de Lisa Gerrard, non par mon compagnon (ce serait trop simple d’en trouver un qui ait les mêmes goûts musicaux !) mais par un jeune homme virtuellement rencontré sous d’autres cieux, encombré de places surnuméraires, qui se fait parfois appeler Clodomir.

A cette chaleur, surprenante pour un début de printemps, le public au look en partie gothisant n’avait pas pu sortir les clous, cuir et bottes qu’il affectionne tant. Ou alors c’est juste que la base des fans de la diva est plus familiale. Je ne connaissais pas la salle du Grand Rex, au décor mystérieux, résonnant de sons dignes d’un soir d’Halloween. Parfait pour mettre dans l’ambiance. C’est que Lisa Gerrard vient de sortir un troisième album solo, The Silver Tree, qui est frappant par son austérité, son obscurité, mais également par le degré d’intimité atteint par son chant épuré. Une évolution par rapport aux albums précédents, plus pop, ethniques, « légers » (même si le terme ne convient pas vraiment à sa musique).

Lisa Gerrard est entrée modestement sur scène, dans une belle robe à la coupe classique,a pris une pose élégante contre son micro et a commencé à chanter comme une baleine. N’y voyez pas une critique. Cette femme est capable de sortir des sons monstrueusement graves de sa gorge, tout comme elle peut chanter dans un registre aigu, criard. Elle peut à peu près tout faire quand il est question de chant.

Le public, intimidé, médusé par la perfection de sa performance, applaudissait poliment. A la fin d’un morceau, sa voix s’interrompait parfaitement, sa concentration faisait place à un grand sourire légèrement crispé, elle émettait quelques sons comme si elle allait parler… regardait ses musiciens avec son grand sourire, se tournait d’un côté, puis de l’autre… et tentait sur le champ de reprendre sa pose devant le micro. Elle posait une première main d’un mouvement gracieux, une deuxième dont la position ne lui convenait pas. On la sentait gênée. Elle remettait la deuxième main en place, dans une pose très peu naturelle, et chantait comme une déesse le morceau suivant.

Ce petit manège s’est répété à chaque fois. De temps en temps, pendant les applaudissements, une personne du public lui déclarait sa flamme ou réclamait un morceau. Lisa Gerrard considérait la proposition un instant, en répétant d’un air hésitant : « sing the Silver Tree ?… », comme si elle n’avait aucune idée de ce dont on était en train de lui parler. Totalement à côté de la plaque et très gentille, en même temps.

Après une demi-heure de spectacle, environ, elle se lance dans une déclaration sur l’avenir de la planète, puis se dirige vers les coulisses, sans autre forme de procès. Clodomir et moi nous regardons, perplexes. Est-ce qu’elle vient d’annoncer la fin du concert, à sa très bizarre façon ? Est-ce que quelque chose ne lui plaît pas, le son, parfois trop saturé, le public dont les interventions l’ont perturbée? Les musiciens ont évacué la scène, certaines personnes du public se sont levées, la plupart restent à attendre. Le doute ne nous a pas lâchés tant que la chanteuse n’est pas revenue sur scène, l’entracte dûment terminé.

C’est reparti pour une succession de titres de Silver Tree et de participations à différentes bandes originales, assez planantes pour la plupart. Je me laisse gagner par l’ambiance froide et recueillie. La chanteuse a l’air plus à l’aise. Les rappels sont particulièrement chaleureux, le public debout, elle reçoit nombre de bouquets de fleurs. Une osmose délicate s’est visiblement créée entre des gens portés sur la méditation et les voyages intérieurs.

[photo trouvée ]

Publicités
One Comment leave one →
  1. urgonthe permalink
    13 juin 2011 19:19

    Le public parisien

    Sur le forum de lisagerrard.com, un fan étranger avait l’air de trouver le public parisien spécialement chaleureux. J’ai pourtant trouvé que, comme pour DCD en 2005, il mettait du temps à se chauffer (contrairement à Lille où le public était chaud-bouillant dès le début).
    Posté par Cappuccino, 19 avril 2007 à 10:52
    Chaud chaud chaud

    Oui, c’est vrai, aussi bien le public que les artistes ont mis du temps à se réchauffer ! C’est le syle qui veut ça, je pense. C’est une musique plutôt cérébrale, avec un côté presque religieux. Les fans venaient là en dévotion…
    Posté par canthilde, 19 avril 2007 à 10:58
    Très bon concert

    J’adhère assez à ta critique. J’ai aussi été interloqué par l’entracte et j’ai redouté le pire, heureusement à tort !

    Mes regrets : c’était trop court et il y avait peu de Dead can Dance, mais c’était prévisible !

    Vivement un retour de Lisa à Paris !
    Posté par Fred, 19 avril 2007 à 22:53

    Et voilà… patatra, je regretet de ne pas y être allée… Vivement qu’elle revienne, donc
    Posté par mymy marmotte, 20 avril 2007 à 10:55

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :