Skip to content

Cerveau, Sexe et Pouvoir

17 octobre 2007

Si vous en avez marre de tomber sur des articles racoleurs et des ouvrages tristement déterministes sur les femmes et les hommes de type « Mars et Vénus », cette synthèse sur la recherche en neurosciences est certainement pour vous ! Tout à fait accessible pour les non scientifiques (dont je fais véhémentement partie), cet ouvrage présente un bilan des recherches sur le fonctionnement du cerveau et les performances intellectuelles selon le sexe.

Ce qu’on apprend avec Catherine Vidal, neurobiologiste à l’Institut Pasteur, c’est que la plupart des tests scientifiques dont les résultats, concluant à une différence essentielle selon les sexes, ont été annoncés en grande pompe dans des revues spécialisées, ont depuis été invalidés par des protocoles de recherche plus rigoureux.

Par exemple, les tests de repérage dans l’espace, où les hommes excellent, sont également réussis par l’un et l’autre sexe si les tests sont répétés pendant une semaine. Cela signifie que ces compétences ne sont pas innées, mais issues de l’apprentissage, et qu’une expérience faite une seule fois ne fait que refléter des différences d’éduction, donc culturelles.

Il n’est donc guère étonnant de constater des différences cérébrales entre les hommes et les femmes qui ne vivent pas les mêmes expériences dans leur environnement social et culturel. Dans nos sociétés occidentales, les petits garçons sont initiés très tôt à la pratique des jeux collectifs de plein air (comme le football), particulièrement favorables pour apprendre à se repérer dans l’espace et à s’y déplacer. Ce type d’apprentissage précoce facilite la formation de circuits de neurones spécialisés dans l’orientation spatiale où les hommes excelleraient. En revanche, cette capacité est sans doute moins sollicitée chez les petits filles qui restent davantage à la maison, situation plus propice à utiliser le langage pour communiquer. Garçons et filles, souvent éduqués différemment, mettent en place des stratégies cérébrales différentes. Mais ces divergences cérébrales sont bien moins fortes qu’entre un avocat et un rugbyman, ou entre une pianiste et une championne de natation ! [p. 29-30]

Et bien des préjugés tombent ainsi d’eux-mêmes, telle la théorie des hémispères, celui de gauche plus développé pour les femmes (zone du langage, pensée rationnelle), celui de droite pour les hommes (représentation de l’espace et émotions). Dans les faits, l’IRM ne montre pas une zone du cerveau dédiée à telle ou telle fonction intellectuelle, mais des flux sanguins. Il n’existe pas de légende détaillée pour chaque neurone ! De même l’idée saugrenue que les femmes seraient multi-tâches, venue de la découverte d’un corps calleux, reliant les deux hémisphères, plus épais chez les femmes (bien pratique pour justifier le fait qu’elles se débrouillent seules de toutes les tâches ménagères !).

J’ai aussi découvert que certains scientifiques avaient tenté de démontrer l’origine génétique ou hormomale de l’homosexualité, du suicide ou même de la fidélité dans le couple. Généralement, quelques expériences sur des rongeurs provoquent des publications triomphantes sur un gène censé tout expliquer. Ces propos connaissent un succès fulgurant et passent rapidement dans le sens commun. On en subit malheureusement les conséquences dans la vie politique actuelle, nos dirigeants français actuels étant visiblement favorables au déterminisme biologique, à la suite des américains.

Catherine Vidal s’interroge même sur les théories couramment admises concernant la répartition des tâches à la préhistoire, rien moins qu’évidente au regard de l’état des vestiges qu’il nous reste de cette époque, et qu’elle soupçonne n’être que de simples projections de notre propre organisation sociale sur le passé. Selon toute évidence, les premiers hominidés étaient avant tout des charognards, qui chassaient parfois de petits animaux. On imagine mal que dans les conditions de survie qui devaient être les leurs, femmes et hommes ne participent pas à part égale à ces tâches. N’ayant pas de réponse simpliste à donner, en tant que neurobiologiste, sur les origines de la domination masculine dans la majorité des civilisations, elle renvoie à l’anthropologie, notammant Lévi Strauss, en soulignant  le fait que les humains cherchent une origine naturelle à leurs propres constructions culturelles…

Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys,
Cerveau, Sexe et Pouvoir
, Belin, 2005, 110 pages.

Advertisements
One Comment leave one →
  1. 15 août 2011 16:19

    Très bon article, et un livre visiblement salutaire, que je note, du coup, pour ma prochaine commande pro.
    Merci Canthilde.
    Posté par ekwerkwe, 28 octobre 2007 à 15:49

    Ce livre est en effet très éclairant et accessible pour tout public, bref un bon ouvrage de vulgarisation scientifique, qui prône une tolérance bien nécessaire dans notre contexte social…
    Posté par canthilde, 28 octobre 2007 à 21:02

    Plus j’explore ton blog et plus je tombe sur des trésors! Je note ce livre immédiatement. Je pense que c’est le genre d’ouvrage qui me rassure, moi qui me demande si je suis tout à fait normale de préférer m’avachir sur mon canapé pour regarder le foot plutôt que de faire le ménage

    Quand tu parles de dirigeants actuels à propos du déterminisme, tu ne penserais pas particulièrement à un tout particulièrement qui a dit « Je crois que l’homosexualité et la pédophilie sont génétiques »? C’est une des phrases qui m’a le plus choquée ces dernières années. Pourquoi on se fatigue à faire des recherches s’il suffit de croire!

    Tiens je pense à un truc tout à coup: dans la fameuse « nature féminine » que j’aime tant (je suis en train de m’étouffer rien qu’en l’écrivant:-/), on retrouve le fait que les femmes soient casanières mais alors comment faisaient les femmes avant la sédentarisation. Passaient-elles leur temps à trembler de peur en permanence? Et dans ce cas, comment l’espèce a-t-elle réussi à survivre? )
    Posté par Isil, 08 octobre 2008 à 14:46

    Oui, oui, c’est bien aux propos du nabot que je faisais allusion ! Tu sais, je pense que la plupart des gens saints d’esprit préfère rester avachis sur le canapé plutôt que de faire le ménage. Il y a eu une belle propagande au XXe siècle pour convaincre les femmes que leur vrai place était à la maison. C’est facile de dire que les femmes sont casanières quand toute leur éducation vise à en faire des potiches d’intérieur, tout comme c’était facile de dire qu’elles étaient dépourvues de génie en leur barrant l’accès à l’éducation…
    Posté par canthilde, 10 octobre 2008 à 12:27

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :