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A Game of Thrones

2 novembre 2007

Quatre ans plus tard, je relis les premiers tomes de la saga A Song of Ice and Fire, en attendant la sortie du prochain tome. J’en gardais un souvenir ébloui, je craignais un peu la déception, vu que depuis j’ai élargi ma connaissance du style fantasy. Mais rien à faire, A Game of Thrones continue à surpasser le gros de la production !

On entre dans l’histoire par la famille Stark, la lignée austère du Nord, dont le direwolf est l’emblème (traduit par « loup-garou » dans la version française). Chaque court chapitre s’intitule du prénom d’un des personnages, apportant une vision très différente selon l’âge et le statut du héros. On s’attache très vite et, pourtant, aucun n’est dénué d’égoïsme ou de mesquinerie, peut commettre de grosses injustices. Chacun suit donc sa logique et cela n’en rend l’intrigue que plus solide.

On apprend que la paix dans le royaume ne date que d’une quinzaine d’années, au moment de l’éviction du roi fou Aerys Targaryen. Suite à la mort douteuse de sa Main, le roi actuel Robert Baratheon demande à son vieil ami Eddard Stark de le remplacer. Cette offre généreuse va avoir des conséquences inattendues sur la famille Stark, au moment où des créatures menaçantes se rassemblent derrière le Mur tout au Nord, là où s’arrête le monde civilisé…

Le monde décrit est assez réaliste. Il s’agit d’une société féodale avec un roi à la tête du royaume mais des seigneurs puissants dans chaque région, dont l’allégeance n’a rien de systématique. L’intrigue tourne d’ailleurs autour des différentes prétentions au trône de fer, bardé d’épées, héritage de la lignée des Targaryen, les chevaliers dragons au yeux violets et aux cheveux argentés.

Les moeurs sont d’époque, aussi, avec une violence toujours prête à éclater sous un mince vernis de valeurs chevaleresques. Chez Martin, on est adulte à treize ans et revenu de tout à quatorze. C’est une vision vraisemblable du Moyen-âge, où l’enfance et l’adolescence n’existaient pas à proprement parler ; les enfants étaient considérés comme des adultes de petite taille. Ici, même un garçon impotent de huit ans doit accomplir ses devoirs de maître d’une grande maison si les circonstances l’exigent.

Comme la plupart des auteurs du genre, Martin décrit une société extrêmement patriarcale. Mais nulle indulgence sous sa plume, le pouvoir et la domination font l’objet d’une critique virulente et on ne peut guère l’accuser de nostalgie du passé. Les héros qu’il privilégie sont les laissés pour compte, les plus à même de ressentir toute l’injustice du monde : le dernier rejeton nain d’une grande maison, l’héritière déchue vendue comme une jument par un frère ambitieux, le bâtard obligé de renoncer à toute vie sociale pour ne pas faire tâche dans le paysage, la petite fille dépourvue de grâce obligée d’apprendre des manières de dame alors qu’elle ne rêve que de duels à l’épée. L’auteur leur permet de prendre leur revanche sur la vie mais la roue tourne toujours de manière spectaculaire chez Martin et il se montre particulièrement cruel avec ses personnages. Il faut éviter de trop s’attacher à eux, parce qu’une bonne partie est destinée à mourir en cours de route.

On tourne les pages de ce gros livre avec une fébrilité grandissante, allant de surprise en surprise. Le style est vivant, un peu trop sensationnel par moments (Martin a été scénariste de séries télé). Connaissant déjà la trame des trois premiers tomes, je suis à même d’apprécier les notes d’humour noir qui parsèment le texte ; les rêves d’un bon nombre de personnages sont destinés à être foulés aux pieds. Martin parvient à créer un monde complexe, sensuel et malsain, peuplé de psychopathes en puissance. C’est cette folie et cette démesure qui en font une lecture aussi palpitante.

George R. R. Martin, A Game of Thrones, Bantam Spectra, 2005, 807 pages.

A Song of Ice and Fire :

A Game of Thrones
A Clash of Kings
A Storm of Swords
A Feast for Crows
A Dance with Dragons

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