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Liberté, sexualités, féminisme

12 novembre 2007

Au moment où une bonne partie des gens pincent le nez devant le mot « féminisme » et décrètent que les combats pour les droits des femmes sont datés et inutiles, il est bon de se replonger dans l’histoire des mouvements féministes des cinquante dernières années pour se convaincre que rien n’est jamais acquis.

Le Planning familial est né dans le contexte archaïque de la loi de 1920, qui condamne quiconque profère publiquement des propos promouvant la contraception ou l’avortement, vend des moyens anticonceptionnels, pratique une interruption de grossesse. Après-guerre, les quelques personnes qui essaient de diffuser le Birth Control des pays anglo-saxons seront sévèrement condamnées : plusieurs meurent en prison. En France, l’idée même de limitation des naissances fait horreur aussi bien à l’Eglise catholique, à l’Ordre des médecins et au Parti communiste (qui craint, notamment, l’affaiblissement de la classe ouvrière et la dépravation des mères de famille). Les discours ne parlent pas des femmes mais des mères, priées de remplir leur fonction biologique en enchaînant les grossesses.

Jeune médecin, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé constate les conséquences sur la santé des femmes : curetages sans anesthésie pour faire passer aux femmes qui avortent l’envie de recommencer ; grossesses nombreuses et rapprochées qui affaiblissent la santé physique et mentale et gâchent la vie des ménages modestes. Elle crée la Maternité heureuse en 1956, soucieuse avant tout du bonheur des familles par la planification (et non l’évitement : elle est contre l’avortement) des naissances. Jusque dans les années 60, les membres de l’association importeront illégalement diaphragmes et spermicide et diffusent des informations sur la contraception. Leur action aboutit à l’ouverture du premier centre d’accueil du Planning familial en 1961, qui connaît un afflux massif de femmes. Les hôtesses d’accueil les reçoivent en délivrant des informations sur la sexualité et la contraception, des médecins assurant ensuite une consultation.

Au moment de la loi Neuwirth de 1967, autorisant enfin la vente des produits contraceptifs, les pratiques de la société française ont, de fait, évolué dans ce domaine et l’opinion publique y est favorable. Même chose pour la loi Veil de 1974 sur la légalisation de l’avortement, qui est votée à un moment où militantes des mouvements féministes et médecins déclarent publiquement qu’ils pratiquent couramment des avortements (notamment les actions du MLAC, Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception, créé en 1973).

Le livre montre de manière intéressante comment chaque victoire remportée au niveau légal remet en cause les fondements même du mouvement du Planning familial. Une fois que la contraception, puis l’avortement, sont légalisés, comment maintenir l’engagement et l’action ? On voit les « hôtesses d’accueil » remettre en cause l’autorité masculine des médecins et conquérir la direction du Planning, pour devenir des « animatrices ». Elles vont s’investir dans l’éducation sexuelle à l’école, la lutte contre les violences faites aux femmes, les mutilations sexuelles, les MST et le Sida. Elles organisent des séances d’information en Afrique, où les femmes restent encore prisonnières du modèle de la mère de famille nombreuses et sont victimes de l’excision et du mariage forcé.

Preuve que si la lutte a changé d’adversaires, elle est encore d’actualité. Surtout, la vigilance s’impose face à un certain retour à l’ordre moral des années 90 et 2000 (élection de George Bush aux Etats-Unis, intégrisme musulman…).

Isabelle Friedman, Liberté, sexualités, féminisme : 50 ans de combat
du Planning pour les droits des femmes
, Editions la Découverte,
février 2006, 262 pages.

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