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La Zone du Dehors

15 novembre 2007

2084 : la Terre est décimée par les armes biologiques, les premières communautés se créent sur d’autres planètes sur le modèle du Cerclon. Une ville formée de plusieurs cercles formant autant de quartiers hiérarchisés, une démocratie douce comme système politique, où chacun à son numéro dans le Clastre selon son mérite. L’humanité sombre dans le confort d’une existence bien réglée  à coups de contrôle psychologique et de marketing.

Les clandestins ne manquent pourtant pas. Les déclastrés se sont eux-mêmes exclus du système et l’accès électronique à la plupart des bâtiments leur est interdit. D’autres jouent le jeu mais constituent la Volte, prônant la « volution », une société alternative, anarchique, ignorant les classements et la rancoeur qui les accompagne. Par ce monde de science-fiction (à peine !), Alain Damasio développe de belles idées d’utopie sociale.

Ici régnait l’espace, le désert minéral sans bordure, une immensité qui ne prenait humaine dimension que par la trace, précaire, des pas – et le mouvement. Arpenter. Vagabonder, bondir, vagabondir pour exister ! Chaque fois que j’y retournais, que je m’enfonçait à travers les nappes, quelque chose sortait de la brume pour me dire que c’était là que j’habitais, là que je deviendrais ce que j’étais, que c’était là que mon âme rouge flotterait toujours. (p.24)

Le livre oscille entre scènes d’action virevoltantes et séances de parlotte. Les personnages s’écoutent un peu trop parler, défaut inévitable avec un héros principal professeur de philosophie. De beaux efforts sont faits pour développer les théories du contrôle social de Captp (mais aucune référence à Norbert Elias, dommage !). Les défauts viennent sûrement du fait qu’il s’agit du premier roman d’un auteur très énervé par le monde qui l’entoure, qui cherche à faire une démonstration. Le message passe, aucun doute là-dessus, il est même martelé au fil des pages.

L’écriture de Damasio ne respecte pas toujours ses belles convictions. Captp est tout de même une figure de chef, qui tend vers le symbole christique par moments. Les personnages sont en grande partie masculins et Boule de Chat est un stéréotype à elle toute seule : sensible, sensuelle, elle n’est que l’amante conciliante et ses talents (musique, gymnastique) ne sont jamais exploités, alors que les différents commandos de la Volte exaltent la virtuosité de tel ou tel de ses membres. Des limites qui apparaissaient aussi dans la Horde du Contrevent.

Il n’en reste pas moins que nous avons là un superbe roman militant, qui se termine d’ailleurs par une postface mettant en garde contre les conséquences de l’élection présidentielle  de 2007, dans lesquelles il discerne les prémisses du cerclonnement qui nous guette.

– Alors vous me demandiez où sont les vrais pouvoirs ? Je ne sais pas.
– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Hum… Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche : où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Dans quel cosmarché de la zone 5 ? Vous avez des noms, des adresses ? Et l’école, hein ? Qu’est-ce que l’école dans les Cerclons ? Une antichambre du Clastre ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à
former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, sous le casque virtuel ou devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Formater les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre ! (p. 273-274)

Une belle critique chez Erkwerke (sa dernière !).

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2007, 494 pages.
(première édition dans une version différente parue en 1999 chez CyLibris)
Et vous pouvez aussi aller voir par !

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One Comment leave one →
  1. 11 juillet 2011 22:10

    J’ai « La horde du contrevent » dans ma PAL : tu l’as lu ?
    Posté par fashion victim, 16 novembre 2007 à 22:11

    Et comment ! je l’ai lu cet été, c’est une des premières notes de ce blog sous la catégorie « dragonnes ». Un travail encore plus abouti sur le langage, un voyage inoubliable…
    Posté par canthilde, 17 novembre 2007 à 18:08

    Hello,
    Capt symbole christique ? Certes. Et nous ne sommes pas loin, parfois, du fascisme, avec les voltés.
    J’évoque également La Zone du Dehors sur mon blog (en attendant le gros morceau, pour La Horde du contrevent, bien meilleur), en deux parties. C’est ici :
    http://findepartie.hautetfort.com/archive/2008/03/17/la-zone-du-dehors-d-alain-damasio-1-surveiller-et-punir.html et ici :
    http://findepartie.hautetfort.com/archive/2008/03/19/la-zone-du-dehors-d-alain-damasio-2-du-dehors-et-des-ecarts.html Bonne lecture.
    Posté par Transhumain, 25 mars 2008 à 14:39

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