Skip to content

Where Angels Fear to Tread

4 janvier 2008

Lettre F du Challenge ABC 2008

J’attendais beaucoup de Forster, je n’ai pas été déçue. Il s’agit ici de son premier roman, très court, publié en 1905. Le thème est classique, dans la mesure où il concerne les impressions de plusieurs britanniques lors de leurs voyages en Italie, il l’est beaucoup moins si l’on considère la façon dont le sujet est traité.

L’entrée dans l’histoire est assez abrupte, pleine de mouvement et de dialogues qui fusent dans tous les sens : Lilia, veuve étourdie, s’offre quelques semaines de vacances en Italie avec une jeune femme du voisinage, Miss Abbott. Elle laisse sa fille Irma sous la garde de sa belle famille, point trop mécontente de la voir quitter la petite ville de Sawston, où ses extravagances font jaser. Tout va se compliquer lorsqu’un message laconique venu d’Italie annonce les fiançailles de Lilia avec un jeune homme du pays. Pour Mrs Herriton, la mère de son défunt mari, ce serait une telle tache sur la famille qu’elle décide d’envoyer immédiatement son fils Philip pour l’en dissuader.

Assez vite, on se rend compte que le « choc culturel » des touristes en Italie est traité d’une manière bien différente de celle d’Henry James, par exemple. Les Italiens rencontrés sont des personnages à part entière et non de simples figurants ; la vie dans la ville de Monteriano est décrite de manière presque ethnologique. Pas de prince fortuné à l’horizon, rien que les membres des classes populaires, présentés avec réalisme, non idéalisés.

Le scandale représenté par l’union de Lilia montre à quel point cette femme a décidé d’entrer en rébellion contre son milieu oppressant. Mais la plume de Forster se montre cruelle et ses espoirs en une vie plus libre en Italie seront quelque peu déçus. Si l’Angleterre moralement étriquée n’offre qu’une liberté de mouvement et de pensée limitée aux femmes, l’Italie les confine dans la réclusion domestique.

Italy is such a delightful place to live in if you happen to be a man.  There one may enjoy that exquisite luxury of Socialism − that true Socialism which is based not on equality of income or character, but on the equality of manners.  In the democracy of the caffè or the street the great question of our life has been solved, and the brotherhood of man is a reality.  But it is accomplished at the expense of the sisterhood of women.  Why should you not make friends with your neighbour at the theatre or in the train, when you know and he knows that feminine criticism and feminine insight and feminine prejudice will never come between you?  Though you become as David and Jonathan, you need never enter his home, nor he yours.  All your lives you will meet under the open air, the only roof-tree of the South, under which he will spit and swear, and you will drop your h’s, and nobody will think the worse of either.

Meanwhile the women − they have, of course, their house and their church, with its admirable and frequent services, to which they are escorted by the maid.  Otherwise they do not go out much, for it is not genteel to walk, and you are too poor to keep a carriage.  Occasionally you will take them to the caffe or theatre, and immediately all your wonted acquaintance there desert you, except those few who are expecting and expected to marry into your family.  It is all very sad.  But one consolation emerges − life is very pleasant in Italy if you are a man. (p. 53-54)

En si peu de pages, l’intrigue voit des retournements de situations spectaculaires et même une scène digne d’un thriller vers la fin. J’ai beaucoup aimé le personnage de Miss Abbott, si insaisissable, plein de contradictions. Harriett elle-même, son opposée en terme d’ouverture d’esprit, m’a beaucoup fait rire.

Le livre alterne les passages de satire féroce, très drôles, avec des scènes dramatiques et même parfois violentes. C’est tout de même la noirceur qui domine, sans pour autant me décourager de lire à nouveau cet auteur qui me semble très intéressant.

E.M. Forster, Where Angels Fear to Tread, Penguin,
1976 (première édition en 1905), 160 pages.

Advertisements
2 commentaires leave one →
  1. 24 août 2011 09:46

    J’ai bcp lu Forster, il y a quelques années,tjrs en français,suite aux adaptations de plusieurs de ces livres au cinéma. J’aime bcp. Je ne connaissais pas ce titre.
    Posté par freude, 04 janvier 2008 à 18:29

    Il me semble que le titre français est « Monteriano ». A lire je pense si tu es fan !
    Posté par canthilde, 04 janvier 2008 à 23:43

    Ah, je l’ai déjà lu alors, à ma décharge pour ne pas avoir fait le lien avec ton billet, non ce n’est pas un début d’Alzheimer (enfin j’espère), je l’ai lu il y a plus de 15 ans…
    Posté par freude, 05 janvier 2008 à 10:23

    Je ne connaissais pas du tout mais la couverture es tellement jolie que je vais le noter!!! Toutes les raisons sont bonnes, n’est-ce pas!!!!
    Posté par Karine, 08 janvier 2008 à 04:54

    Je suis venue lire ta critique d’un auteur que j’aime, je n’ai pas lu ce livre mais je le programme. De lui, très bien : Howard’s end, Maurice, Chambre avec vue, La Route des Indes, grands souvenirs que je relirai.
    Posté par Lune de pluie, 08 janvier 2008 à 21:43

    Karine : Ben en fait, n’ayant pas pensé à photographier la couverture, je ne l’ai pas retrouvée d’une taille suffisante sur internet, alors j’ai pris celle d’une autre édition, très jolie, effectivement !

    Lune de pluie : Je lirai les autres, c’est inévitable, au vu de la qualité de son écriture. Les romans suivants sont plus connus, peut-être parce qu’ils ont été adaptés au cinéma, mais celui-ci vaut le détour.
    Posté par canthilde, 09 janvier 2008 à 13:25

    Je suis ravie de voir un billet sur cet auteur que j’aime avec passion, et encore plus sur ce livre méconnu. As-tu vu le film qui a été tiré de ce roman ? Il n’est pas d’Ivory, mais on y retrouve Helena Bonham-Carter et Rupert Graves, toujours aussi bons dans les adaptations des romans de Forster.
    Posté par Lilly, 22 juillet 2008 à 14:56

    J’ai juste vu « Chambre avec vue » avec Helena Bonham-Carter, je ne savais pas que celui-ci avait aussi été adapté. Mais avant de voir d’autres films, j’ai vraiment envie de lire les romans !
    Posté par canthilde, 22 juillet 2008 à 19:31

    C’est une très bonne idée ! ;o)
    Posté par Lilly, 23 juillet 2008 à 12:29

Trackbacks

  1. Quelques 26 livres plus tard… « Urgonthe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :