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Admire mon gros bidon

5 février 2008

junoJ’ai, depuis quelques jours, une bonne raison de fulminer dans les couloirs du métro. Impossible de faire un pas sans tomber sur la photo d’une adolescente branchée, affichant ostensiblement son gros bidon, avec le slogan suivant : « Enceinte ! Et alors ? »

On l’a eu mauvaise, Quintilien et moi, la première fois qu’on a vu ça, surtout en remarquant les prix déjà remportés par ce film. Encore de la bonne propagande bien puritaine. S’il y a bien un truc que les puritains américains détestent encore plus que le sexe, c’est l’avortement ! On parle d’ailleurs beaucoup des « pro-life », en ce moment, que je préfère désigner par leur vrai nom, les anti-avortement ; ils ne défendent certainement pas un droit ou une liberté, c’est tout le contraire. Que ce ramassis de gens malsains et aigris puissent avoir une telle couverture médiatique me débecte déjà suffisamment. Mais que l’attaque vienne du cinéma soit disant jeune et cool, je trouve ça carrément dangereux pour l’image des droits des femmes dans les mentalités.

Comme je n’irai pas voir Juno, j’ai au moins parcouru la fiche du film pour en avoir le coeur net.

Juno McGuff, 16 ans, est une jeune fille qui n’a pas la langue dans sa poche mais qui, sous ses airs de dure, se cherche comme toutes les adolescentes de son âge.

Oh, que j’aime ces platitudes sur les adolescentes « qui se cherchent » ! Pas au niveau vestimentaire, visiblement, elle suit la mode.

Alors que la plupart de ses copines de lycée passent leur temps sur Internet ou au centre commercial, Juno ne fait rien comme les autres. C’est ainsi qu’un jour où elle s’ennuie, elle couche avec Bleeker, garçon aussi charmant que peu prétentieux.

Ah bon, la plupart des filles (et des garçons) de seize ans pensent à autre chose qu’au sexe ? C’est nouveau ! Et une jeune femme qui a un premier rapport sexuel, ce n’est pas parce qu’elle en a envie, ou qu’elle est curieuse, ou encore amoureuse, non, c’est parce qu’elle s’ennuie ! L’oiseveté, mère de tous les vices…

Mais quand elle tombe enceinte accidentellement, elle décide de trouver le couple de parents adoptifs idéal qui pourra s’occuper de son bébé.

Donc Juno, censée être délurée pour son âge, ne sait pas se servir d’un préservatif ? Personne ne lui parle de l’avortement ? En fait, si, le choix lui est présenté dans le film, mais c’est bien connu, la plupart des femmes préfèrent mener une grossesse non désirée à terme plutôt que d’avorter dans les premières semaines… Et une fille de seize ans n’a vraiment rien de mieux à faire de sa vie que de chercher un couple de parents adoptifs…

Avec l’aide de sa meilleure amie Leah, elle repère dans les petites annonces du journal local Mark et Vanessa Loring qui rêvent d’adopter leur premier enfant. Soutenue par sa famille, Juno fait la connaissance des Loring. Tandis que le terme de sa grossesse approche, Juno va devoir faire preuve de maturité et de courage…

Là, on s’approche du conte de fées, surtout avec Jennifer Garner (Madame Alias) comme femme stérile idéale. Ainsi, Juno est « soutenue par sa famille ». C’est beau. Et totalement irréaliste ! En tout cas, ce n’est pas encourager la maturité des jeunes spectatrices que de leur faire croire qu’une grossesse précoce ne sera qu’un incident fâcheux dans leur vie et qu’elles seront parfaitement entourées. Je reste sur mon idée de propagande bien ficelée.

Et attention, le film a fait un tabac, on le compare à Little Miss Sunshine en terme de succès populaire. Ecoutons donc les précisions de la scénariste, Diablo Cody : « On peut considérer qu’il s’agit d’un hymne à la vie qui milite contre l’avortement, ou bien on peut le voir comme un film sur une jeune fille libérée qui prend une décision pour préserver sa liberté. » Et c’est censé être subversif, ça ? Ce que je remarque, c’est que dans aucun des films ou séries récentes où le thème de la grossesse non désirée apparaît, la possibilité de l’avortement n’est envisagée. Voir le personnage de Claire dans Lost. On ne parle pas de détails anecdotiques dans le paysage médiatique, là, mais bien de blockbusters vus par des millions de personnes à travers le monde, par lesquels se propagent une certaine façon d’envisager les choses. Je suis très pessimiste.

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One Comment leave one →
  1. urgonthe permalink
    13 juin 2011 19:52

    Vision américaine

    Houla, une féministe hystérique, c’est relouuuuuu ! B Je crois que tu es un brin paranoïaque sur le coup. C’est un film ricain, 80% des films ricains exportent la vision américaine. Ca dure depuis un moment et ça ne concerne pas que le droit des femmes. La lutte ne doit pas être sélective…Ce qui est très inquiétant c’est plutôt ce con de nain qui risque de remettre en cause la laïcité chez nous. Ca concerne les femmes mais tout le reste aussi. Ne fractionnons pas la lutte ! Je considère le féminisme comme un communautarisme et j’ai horreur de ça ! B
    Posté par Nicks, 05 février 2008 à 22:17

    Parler de remise en cause des avancées du féminisme n’est pas plus paranoïaque que de parler de la casse du droit du travail.
    « Hystérique », c’est un commentaire qui est devenu un réflexe dès qu’il est question de féministes. Je sais que c’est ironique, mais fais un effort d’originalité, au moins !
    Et je ne vois pas trop ce que le communautarisme vient faire là-dedans. Ma position en est très éloignée. Je ne revendique pas une culture à part, une séparation entre femmes et hommes. Au contraire, j’aimerais bien qu’on dépasse les catégories féminin-masculin, si stériles pour l’épanouissement de chaque individu. Quel intégrisme hystérique, n’est-ce pas !
    « Fractionner la lutte » : tu as raison de pointer les attaques actuelles contre la laïcité, ça m’inquiète aussi. Mais tu es dans une rubrique féministe, là, au cas où tu n’aurais pas compris, donc c’est normal que je parle de ces conséquences-là !
    Posté par canthilde, 06 février 2008 à 09:54
    Hu hu hu !

    Bon ok, j’avions pas vu la rubrique.

    Sinon je disais communautarisme car le féminisme en tant que tel peut parfois déboucher sur une espèce d’exclusivité revendicative, comme ça se passe parfois chez les homos, les noirs etc…Ca j’avoue que ça m’énerve.

    Pour le film, ne l’ayant pas vu je ne peux pas me prononcer sur le contenu mais des films américains j’en ai vu un paquet. Pour exemple, Into the wild que j’ai par ailleurs beaucoup aimé, n’échappe pas à quelques poncifs ricains récurrents comme Dieu est en tout chose etc. Perso, je suis tellement opaque à ça que je ne l’ai même pas remarqué sur le moment. De plus, je ne crois pas que Penn ait voulu faire un film de propagande pour autant. Tu me diras que c’est un film plutôt équilibré et qui ne juge pas, assez fin et intelligent donc, ce que n’est peut-être pas Juno. Mais des films comme Independance day qui eux pour le coup sont de la grosse daubasse marketo-propagandesque n’ont pas je crois déclenché une adhésion en masse des européens aux thèses néocons américaines.

    Donc elle se calme, l’hystéro ! B
    Posté par Nicks, 06 février 2008 à 12:22

    ben Canthilde j’en ai pas cru mes yeux en voyant l’affiche. Je me suis dit que ça devait être une grosse blague (genre je fais croire aux parents que … avec un oreiller sur le ventre) mais j’avais envie de me renseigner plus car j’avais peur de … exactement ce que tu as écrit. Bravo pour tes commentaires en rouge c’est exactement ce que j’aurais écrit. Ce film est fou ! Mais j’ai vu desperate housewife (c’est le suspense policier qui m’a tenu en haleine) etil y a le même style d’histoire que ce que tu racotnes, une femme (adulte hein) et une grossesse non désirée, mais hop, ça a beau être une femme présentée comme très délurée … elle n’a pas idée de même se poser la question de l’avortement. ((
    pfff je parlerai peut être aussi de ce film sur mon blog en tous cas je suis 100% d’accord avec toi !
    Posté par Emelire, 06 février 2008 à 15:54

    A Nicks ==> Non, elle ne se calme pas, la virago, elle en a marre des fictions où les personnages féminins ont une envie irrépréssible d’être enceintes, en dépit de tout bon sens, alors que dans la vie réelle des femmes ont préféré mourir plutôt que de vivre une grossesse non désirée !
    Posté par canthilde, 06 février 2008 à 23:24

    Merci, Emelire ! Je me disais bien que je n’étais pas folle. On a trouvé d’autres films récents où la même intrigue revenait : En cloques mode d’emploi, Waitress. Tu me parles de Desperate Housewives, ça apparaît sûrement dans d’autres séries. On arrive à une nouvelle norme face à une situation. L’avortement, c’est quoi ? connais pas ! Le tout enrobé dans un joli scénario, des personnages super sympas, une BO géniale… et hop, la pilule passe (à côté) !
    Posté par canthilde, 06 février 2008 à 23:37
    La part des choses

    Tiens, là, tu peux te mettre en colère : http://www.liberation.fr/actualite/societe/308678.FR.php
    Quand la justice, la loi et le politique s’en mêlent, là ça devient inquiétant. Les films et séries américaines ont toujours véhiculées pour la plupart des idées conservatrices, ce n’est pas nouveau. En revanche, le mouvement de retour au religieux en Europe, même s’il est encore timide est extrèmement préoccupant et pas seulement pour les femmes.
    Posté par Nicks, 07 février 2008 à 15:51

    Nicks, Je ne suis pas sûr qu’il faille séparer les deux domaines. Ce retour de la religion par la petite porte ne date pas d’hier (L’expulsion des intégristes des Saint Nicolas du Chardonnet, demandée par l’évêché n’a jamais été exécutée alors que celles des sans papiers n’a jamais attendue), mais elle se sent en force actuellement et TOUTES les religions ont toujours condamné l’avortement et les formes non normalisée de relations sexuelles. C’est donc sur tous les plans qu’il faut la combattre.
    Posté par berlioz, 07 février 2008 à 21:02

    Tu me donnes raison puisque le combat politique globalise les tenants et les aboutissants. Mais je me refuse à juger l’artistique. Si le réalisateur du film et c’est encore à démontrer a envie de relayer une position anti-avortement, c’est son droit. On peut le critiquer mais pas agir pour censurer ses propos…
    Posté par Nicks, 07 février 2008 à 23:53

    Bon Nicks, t’es gentil, mais personne n’a le droit de me dire ce qui est le plus important par rapport à autre chose ! Si je choisis de m’énerver sur le scénario d’un film « populaire », c’est que je considère que ce média a une influence potentielle sur les mentalités, qui ne rend que plus facile l’acceptation des dérives politiques telles que ce genre d’aménagement de la loi sur les foetus.
    Posté par canthilde, 08 février 2008 à 12:46

    Ce que je dis c’est qu’il me semble que tu te trompes de cible. Aux USA, je pense que la population est déjà plus ou moins favorable à ce qu’ils appellent le droit à la vie et ce n’est pas ce film qui va y changer quoi que ce soit. En Europe c’est le contraire et ça ne s’est pas fait tout seul en effet. Mais je ne crois pas que ce genre de film a un impact (j’en suis presque sûr même). L’ensemble des critiques quasiment (à part Libé) y voit plutôt un éloge de la marginalité et de l’indépendance d’esprit. Bon encore une fois, je n’ai pas vu le film, je ne peux pas juger. Mais fondre sur un pauvre film anodin est je crois contre-productif. Après en effet, tu fais ce que tu veux ! B
    Posté par Nicks, 08 février 2008 à 14:19
    même combat

    Le prochoice est en recul. Celà va de pair avec une montée de l’intégrisme hygiéniste, nouvelle forme de l’intégrisme religieux. Le prochoice est contesté pour l’avortement comme pour le tabac, avec des arguments analogues. Pas de liberté quand la vie (la santé) est en jeu. Il s’agit de diminuer les libertés individuelles au profit d’une lutte contre le « vice » rebaptisé combat pour la vie (la santé). Le « vice » c’est le sexe, l’alcool, le tabac, la « drogue »,etc… Le problème est la lutte contre le vice se cache derrière un combat pour la vie (santé), la lutte contre la liberté se cache derrière un combat contre l’assuétude, l’esclavage etc… de la « drogue » ou des « bas instincts ». Les défenseurs de la liberté sont segmentés (fumeurs, drogués, avorteuses, prostituées) sans parvenir à découvrir l’unicité de l’ennemi, qui est le scientisme moralisateur, habillage « scientifique » du puritanisme. Les moyens de propagande sont dignes de ceux de Goebbels, à tel point que Libé peut s’y laisser prendre et recommander un film parfaitement puritain. Chacun dénonce le voisin, se joignant ainsi à la propagande : le fumeur dénonce l’alcoolique, l’alcoolique l’accro aux « drogues », le drogué le tabagisme ou le chauffard, l’automobiliste l’avortement, etc… Chaque victime de la propagande se joint à celle ci pour dénoncer les autres victimes, multipliant ainsi l’effet de la propagande. Je ne vois pas de solution. Les choses iront de plus en plus mal pour la liberté.
    Posté par bernard de aldec, 11 avril 2008 à 09:27

    Merci pour ce commentaire intéressant. Je ne mets pas sur le même plan les freins à l’avortement et l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Empêcher une femme d’avorter a des conséquences graves : ça peut lui gâcher la vie à elle et à l’enfant non désiré qui pourrait naître, c’est une insupportable entrave à la liberté de faire ce qu’on veut de sa vie. Empêcher les fumeurs de fumer dans les lieux publics ne les empêche pas de le faire ailleurs et ce n’est pas une question de vie ou de mort (quoique l’impact sur la santé des employés de la restauration n’est pas négligeable).
    Et puis les anti-avortement sont des mouvements religieux intégristes sexistes, qui visent spécifiquement les femmes, avec une conception ahurissante de leur rôle social ; là encore ce n’est pas comparable, à mon sens.
    Posté par canthilde, 13 avril 2008 à 21:10

    Bon, ça fait un petit moment que l’article a été écrit mais je me permets de réagir, avec pas mal de retard. Perso, je me sens féministe, et j’ai adoré ce film. Je n’y vois pas du tout une propagande prolife, mais plutôt une lutte pour avoir le choix. Durant le film on voit bien que l’héroïne, Juno, n’a aucun préjugé sur l’avortement puisqu’elle compte le faire. Mais son ressenti personnel (donc unique à chacun) l’a fait changer d’avis et se dirige vers l’adoption. C’est tout : une fille banale a fait son choix, et le film nous raconte ça.
    Posté par Charlotte, 02 mars 2011 à 02:47

    Le problème, c’est quand le choix est toujours le même, dans les films, dans les séries, sur les forums où des femmes en détresse sont prises en otage par des gentils pro-life… Ca ne te dérange pas de ne tomber que sur des histoires où des femmes censées et équilibrées ont un « léger accident de parcours » et font ce choix-là, pour le meilleur ?
    Posté par canthilde, 07 mars 2011 à 21:28

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