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Sanditon

14 février 2008

J‘éprouve des impressions mitigées suite à ma lecture de Sanditon. Le procédé est extrêmement troublant. Il s’agit en effet du roman que Jane Austen était en train de rédiger au moment où sa santé déclinait, s’arrêtant au douzième chapitre. Elle devait mourir quatre mois plus tard, en juillet 1817, à l’âge de 41 ans. C’est donc face à un roman complété par « une autre dame » qu’on se trouve, et comment savoir si le développement de l’intrigue correspondait bien à ce qu’elle avait en tête en entamant sa rédaction ? Cette version terminée la fait-elle se retourner dans sa tombe ?

Pour ce qui est du roman lui-même, il constitue une satire puissante d’une petite communauté qui se donne beaucoup de mal pour être à la page. Le village balnéaire de Sanditon attire investisseurs et hypocondriaques en tout genre. Une galerie de portraits hautement comiques défile, avec bon nombre de personnages horripilants et ridicules. L’héroïne, Charlotte Heywood, s’avère un peu falotte : aînée d’une famille de quatorze enfants, elle est censée s’aventurer pour la première fois hors de chez elle. On s’attendrait à un peu plus d’enthousiasme de sa part. Au lieu de ça, elle se contente d’observer avec une grande distance ironique son nouvel entourage.

Les intrigues sentimentales présentent nombre de points communs avec d’autres romans de Jane Austen. La « compléteuse » avoue s’en être inspirée pour offrir un « roman austenien », sans forcément chercher l’originalité. Du coup, l’effet de surprise s’en ressent un peu et, mis à part un petit coup de théâtre rondement mené dans les derniers chapitres, il n’y a pas grand doute sur l’issue de cette histoire.

Dans les morceaux de bravoure, Jane Austen fait un portrait impitoyable de jeune homme dont les lectures romanesques ont fait tourner la tête, en égratignant le sentimentalisme de Samuel Richardson au passage. De manière générale, les personnages féminins ont bien plus la tête sur les épaules que les masculins.

The truth was that Sir Edward, whom circumstances had confined very much to one spot, had read more sentimental novels than agreed with him. His fancy had been early caught by all the impassioned and most exceptionable parts of Richardson’s. And such authors as had since appeared to tread in Richardson’s steps (so far as man’s determined pursuit of woman in defiance to every opposition of feeling and convenience was concerned) had since occupied the greater part of his literary hours, and formed his character.
With a perversity of judgement which must be attributed to his not having by nature a very strong head, the graces, the spirit, the sagacity and the perserverance of the villain of the story out-weighed all his absurdities and all his atrocities with Sir Edward. With him such conduct was genius, fire and feeling. It interested and inflamed him. And he was always more anxious for its success, and mourned over its discomfitures with more tenderness, than could ever have been contemplated by the authors. Though he owed many of his ideas to this sort of reading, it would be unjust to say that he read nothing else or that his language was not formed on a more general knowledge of modern literature. He read all the essays, letters, tours and criticisms of the day; and with the same ill-luck which made him derive only false principles from lessons of morality, and incentives to vice from the history of its overthrow, he gathered only hard words and involved sentences from the style of our most approved writers. [p. 46-47]

Elle s’intéresse aussi de près à la mode des bains de mer, que les gens élégants, loin de se jeter à moitié nus dans les vagues, pratiquent par l’intermédiaire de machines. Ces « bathing machines » m’ont suffisamment intriguée pour que j’en cherche des représentations d’époque. Voilà ce que j’ai trouvé de plus ressemblant ici et :

Jane Austen (and another lady), Sanditon,
Mandarin Paperbacks, 1997, 312 pages.

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One Comment leave one →
  1. 23 août 2011 10:18

    Je vois que tu aimes la littérature anglaise. C’est un monde qui m’attire beaucoup et où j’aime évoluer. Je partage le même avis que toi. Je préfèrerais encore lire un livre non terminé…
    Posté par Lune de pluie, 14 février 2008 à 18:22

    Moi aussi j’aurais préféré lire un livre non terminé. Mais n’empêche que c’est Jane Austen… et que, donc, je suis tout de même tentée!
    Posté par Karine, 17 février 2008 à 06:43

    C’est très particulier en effet, ce roman terminé par quelqu’un d’autre… Je l’ai lu aussi mais je ne suis pas sûre que le procédé aurait plu à Jane austen ! Etonnantes, ces « bathing machines » (l’humain a de ces idées, parfois…)!!
    Posté par Claire jane, 17 février 2008 à 10:29

    En même temps, un livre non terminé aurait provoqué de grosses frustrations ! Je ne l’aurais sûrement pas ouvert s’il n’avait comporté que onze chapitres.

    A Lune de pluie : J’aime beaucoup les classiques anglais, en effet, pour leur humour doucement ironique, leur morale désuète et leurs jeunes couples fermement décidés à se marier (mais sans contraception, était-ce bien raisonnable ?? Je crois que j’aurais préféré rester célibataire plutôt que d’avoir quatorze enfants…).

    A Karine : Laisse-toi tenter, l’univers est très austenien. L' »autre dame » a tout fait pour !

    Claire jane : Je ne suis pas sûre de comment ça marchait exactement. J’imagine que les dames se changeaient dans la roulotte puis faisaient trempette. Il n’était pas question de savoir nager, dans le roman, en tout cas.
    Posté par canthilde, 18 février 2008 à 00:01

    En fait, on avait ça aussi en France, les bathing machines, à Cabourg par exemple. La plage n’était pas mixte, et les dames de leur côté se faisaient emmener au bord de l’eau dans la roulotte, s’y changeaient effectivement (mais un costume de bain décent devait couvrir du cou à sous le genou…), en descendaient directement dans l’eau pour faire trempette. C’était un bain sanitaire, en aucun cas ludique ! En plus, valait mieux qu’elles ne marchent pas sur la plage, avec tous ces chevaux et tout, je te dis pas le purin… ;o))
    Posté par cuné, 01 mars 2008 à 12:06

    Peut-être que le purin dilué dans l’eau de mer faisait partie du traitement… Ces images ont en tout cas un charme désuet (que n’ont pas celles de pouffes grillées en string sur la plage) mais j’imagine avec dégoût la sensation d’une longue robe mouillée sur la peau !
    Posté par canthilde, 03 mars 2008 à 15:09

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