Skip to content

Ambre

11 mars 2008

Défi Le Nom de la Rose : la couleur

Jetant son manteau, elle courut à la fenêtre regarder dans la rue, du haut des deux étages. Un groupe de jeunes garçons avaient fait un feu et y rôtissaient des morceaux de viande, en dérision du Parlement croupion : la voix des hommes qui chantaient toujours en bas traversait faiblement les murs épais.
– Oh ! Londres ! Londres ! s’écria-t-elle d’une voix passionnée. Comme je t’aime !
Bruce sourit, enleva son chapeau et, s’approchant d’elle par derrière, lui passa le bras autour de la taille :
– Vous tombez facilement amoureuse !
Comme elle se retournait vivement vers lui, il ajouta :
– Londres dévore les jeunes filles, vous savez !
– Pas moi ! affirma-t-elle trimphalement. Je n’ai pas peur ! [p. 68-69]

Sur près de 900 pages, ne décrivant que quelques années, Ambre nous conte le parcours d’une jeune femme bien décidée à faire oublier sa naissance obscure par sa beauté et son pouvoir de séduction. Dans l’Angleterre du XVIIe siècle, une ambitieuse sans fortune n’a pas trente-six moyens de percer dans la société. Ou, du moins, l’autrice préfère s’attacher aux manœuvres des coquettes sans scrupules plutôt qu’aux masses laborieuses. La littérature a toujours aimé ce genre de personnages : Moll Flanders, Vanity Fair, Nana, Les beaux mariages, La rose pourpre et le lys

C’est le genre de roman qu’on dévore avec plaisir, sans trop se poser de questions. Cela dit, on apprend au passage des éléments d’histoire, avec la fin de Cromwell, le retour de Charles II au pouvoir, les guerres et épidémies ravageant Londres à l’occasion, mais ces informations restent anecdotiques, simple décor des péripéties de la vie d’Ambre. On passe d’une alcôve à une autre en survolant de très hauts les événements politiques et culturels de l’époque. J’aurais aimé en savoir davantage, par exemple, sur le milieu du théâtre, dans le contexte de l’arrivée des premières femmes sur les planches, un sujet qui aurait mérité autre chose que des combats de tigresses jalouses dans les coulisses ! L’idée d’insérer des chapitres sur la vie à la cour est intéressante, bien que, là aussi, on ne sorte guère des aventures galantes du roi.

En fait, le roman fait 300 pages de trop. L’intérêt pour l’héroïne s’émousse une fois qu’on a compris qu’elle est capable de tout. La seule chose qui pourrait encore nous surprendre à son sujet, serait qu’elle entre au couvent… La véritable héroïne ne serait-elle pas la ville de Londres, des taudis où s’entassent bandits et prostituées, aux luxueuses réceptions de la cour royale, en passant par les appartements des actrices entretenues, ou les maisons austères des familles puritaines ? Sans oublier les bas-fonds crasseux des prisons et les rues transformées en charniers par la peste. Un voyage étourdissant, chaque étape de la vie d’Ambre étant décrit en quelques dizaines de pages.

En dernière analyse, ce livre constitue indirectement un excellent plaidoyer pour le travail rémunéré des femmes, leur garantissant l’indépendance matérielle et, par là-même, des rapports non pervertis avec les hommes. Comment envier à Ambre ses nombreux succès amoureux quand ils ont un tel goût de cendres, quand sa vie intérieure est si pauvre et obsessionnelle ?

Kathleen Winsor, Ambre, Editions Phébus,
1994, 888 pages (Forever Amber, 1944).

Advertisements
One Comment leave one →
  1. 24 août 2011 09:43

    C’est un de mes livres préférés. Je l’ai dévoré un peu avant d’avoir mon blog et regrette beaucoup de ne jamais en avoir parlé… enfin, je me rattraperai bien un jour ! Je suis en tout cas ravie de le voir (il me semble pour la première fois) sur un blog… tes lectures m’intéressent beaucoup, c’est avec plaisir que je viens de parcourir ton blog !
    Posté par Lou, 10 mars 2008 à 23:27

    Merci, j’irai faire un tour sur le tien des fois que j’y découvrirai des auteurs sympas (je n’en doute pas). Je ne sais plus sur quel blog je l’ai dégoté, celui-là, mais je suis sûre d’en avoir entendu parler par ce biais. C’est un roman fleuve globalement agréable, mais un peu longuet vers la fin. J’aurais aimé une fin différente, d’ailleurs, plus sanglante !
    Posté par canthilde, 11 mars 2008 à 13:00

    Cela dit la fin est très cruelle pour l’héroïne
    Posté par Lou, 11 mars 2008 à 15:40

    Un livre que j’ai lu adolescente et que j’avais dévoré ! Il mériterait certainement d’être relu, j’adore m’évader avec de belles histoires romanesques
    Posté par Argantel, 17 avril 2008 à 20:02

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :