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Autobiography of Anthony Trollope

18 mars 2008

Ce n’est pas avec cette autobiographie qu’Anthony Trollope s’est rendu populaire. Elle a plutôt eu l’effet contraire : renommé pour ses romans à l’époque victorienne, il a été dédaigné depuis, tellement ce qu’il révélait sur lui-même allait à l’encontre de l’image répandue du « grand écrivain ». Les gens veulent des génies à admirer, pas des tâcherons besogneux.

In writing these pages, which, for the want of a better name, I shall be fain to call the autobiography of so insignificant a person as myself, it will not be so much my intention to speak of the little details of my private life, as of what I, and perhaps others round me, have done in literature; of my failures and successes such as they have been, and their causes; and of the opening which a literary career offers to men and women for the earning of their bread.

Dans ce texte, rédigé vers 1876 (il est mort en 1882), Trollope ne s’étend pas sur sa vie privée et, grands dieux ! certainement pas sur sa vie sexuelle ! Il se propose plutôt se raconter sa vie d’écrivain et quelques épisodes propres à expliquer le développement de sa personnalité. Il n’évoque son couple que pour préciser qu’il était similaire à tous les autres couples et ne mentionne son épouse que pour avoir recopié les manuscrits écrits pendant ses trajets en train.

Les premiers chapitres sont pourtant tout ce qu’il y a de plus émouvants. Il décrit une enfance pauvre et malheureuse, mise sur le compte des déboires de son père. Rudoyé par les autres à l’école, « big, and akward, and ugly », la solitude le conduit à inventer des histoires dans sa tête, ce qu’il considère comme les prémices de sa carrière d’écrivain.

Il est « amusant » d’apprendre que son père avait consacré les dernières années de sa vie à la rédaction d’une Encyclopedia Ecclesiastica, décrivant les différents ordres religieux, une œuvre aride à laquelle le mourant consacre ses dernières forces avant de finir, inachevée, au rebut, quand Anthony Trollope a su insuffler tellement de vie dans ses intrigues religieuses des Chroniques de Barchester… Plus remarquable, sa mère est devenue sur le tard une écrivaine à succès, à son retour d’un séjour en Amérique où elle a monté un petit commerce, avec The Domectic Manners of the Americans, des récits de voyage puis de nombreux romans. Il estime que sa mère n’avait pas grand-chose dans la tête mais lui reconnaît au moins le mérite d’avoir sauvé la famille de la ruine, mais, malheureusement, pas de la maladie. Toute la famille écrivait, d’ailleurs : « the destiny before us three of writing more books than were probably ever before produced by a single family ». Lorsque Anthony annonce son intention de publier un roman, personne ne l’en croit capable et considère sa tentative comme une « aggravation de la maladie » familiale !

La misère de la famille l’empêche de poursuivre ses études à l’université. Il quitte l’école à dix-neuf ans, avec les plus vagues notions de latin et de grec pour tout bagage ! Un ami de sa mère lui offre un emploi au General Post Office de Londres. Il est embauché sur la seule foi d’une page de calligraphie, tout en étant cruellement conscient de sa propre incompétence (il ne connaît même pas les tables de multiplication). Quelques années plus tard, il part en l’Irlande pour un poste dont personne ne veut, où il vit plus confortablement, se découvre une passion pour la chasse et épouse une certaine Rose Heseltine. Il songe de plus en plus à devenir écrivain, tout en repoussant le moment de se mettre sérieusement au travail.

D’une honnêteté confondante, il met mal à l’aise à plusieurs reprises : lorsqu’il décrit sa jeunesse de bon à rien porté à s’endetter ; lorsqu’il estime que l’écriture de romans était la seule à sa portée, ne requérant qu’un peu de persévérance ; lorsqu’il insiste sur les gains financiers apportés par ses livres, estimant qu’il n’y a pas de honte à vouloir subvenir aux besoins de sa famille (« it is a mistake to suppose that a man is a better man because he despises money ») ; lorsqu’il se félicite sur sa productivité sans se prononcer sur la qualité de ses propres livres. Une démystification de l’écrivain que ne lui ont pas pardonnée les lecteurs.

Son travail à la poste lui a tenu autant à cœur que celui d’écrivain. Il est à l’origine de l’installation des pillar-box en Angleterre et espère avoir amélioré le style des rapports officiels. La régularité de sa production livresque est impressionnante, surtout si l’on garde à l’esprit qu’il exerçait ses deux métiers au moment de la rédaction d’une grande partie de ses romans. Sa vision du travail de l’écrivain est rébarbative, elle n’en constitue pas moins un précieux enseignement pour ceux qui envisagent d’écrire.

Il devance les critiques en estimant que la rapidité de l’écriture n’entache en rien la qualité de celle-ci et que ses meilleures histoires sont celles qu’il a écrites le plus rapidement. Il explique l’abondance de sa production par sa discipline de vie : levé tous les matins à 5h30, il travaille pendant trois heures, en commençant par une demi-heure de relecture du travail de la veille, puis en continuant l’écriture à raison de 250 mots par quart d’heure. A plein régime, il est censé écrire dix pages par jour, ce qui aboutit à trois romans en trois volumes chacun dans l’année. Il s’enorgueillit d’être l’auteur anglais vivant ayant le plus écrit. Sa devise : « Nulla dies sine linea. »

Très attaché à ses personnages, il vit passionnément avec eux le temps d’écrire un roman. Parmi ses préférés, Mrs Proudie (qu’il prendra pourtant la résolution de tuer sur le champ après avoir entendu, mortifié, la conversation de deux lecteurs dans un club, qui se plaignaient que les mêmes personnages réapparaissaient dans différents romans), Lucy Robarts, le couple formé par Plantagenet Palliser et Lady Glencora (qui lui permet d’exprimer ses propres opinions politiques au moment de sa campagne électorale, restée un échec).

Il reconnaît qu’il est incapable d’écrire un roman dépourvu d’histoire d’amour, même en choisissant une héroïne aussi peu romantique que possible, telle Miss Mackenzie. « It is admitted that a novel can hardly be made interesting or successful without love. » De même, il place, autant que possible, une scène de chasse dans la plupart de ses romans !

Dans le chapitre 12, « On novels and the art of writing them », il expose une véritable éthique de l’auteur, qui doit garder la morale à l’esprit tout en cherchant à plaire à ses lecteurs. Il défend le caractère moral du roman, dont l’auteur doit avoir à cœur de châtier les « hommes malhonnêtes » et les « femmes immodestes ». Il expose sa conception du roman, très moderne, quand il condamne les intrigues secondaires et les digressions, conseille des phrases courtes et expressives pour créer des dialogues réalistes, rejetant toute une tradition littéraire plus maniérée et artificielle.

Le chapitre 13, « On english novelists of the present day », est aussi intéressant puisqu’il y évoque les écrivains les plus dignes d’attention parmi ses contemporains, sans leur épargner ses critiques. Son top 3 : William Makepeace Thackeray, George Eliot et Charles Dickens, qui ont été de véritables amis lorsqu’il est revenu s’installer à Londres et a pu fréquenter les cercles littéraires. Il cite aussi Charlotte Bronte, Wilkie Collins, Disraeli et plusieurs noms qui m’étaient inconnus (donc à creuser !).

Je n’ai pas été dégoûtée à vie de cet écrivain en lisant son autobiographie, peut-être parce que j’aimais déjà l’œuvre et que je savais que rien ne pourrait leur enlever leur drôlerie et leur acuité sociale. Finalement, la personne de Trollope m’a bien plue, dans toute son honnêteté et sa rigueur, même si je ne partage pas ses opinions politiques ni son moralisme. Il me semble qu’il y a du bon dans cette recherche de l’ « élévation de l’esprit » alliée à une envie de plaire aux lecteurs, qu’on a complètement perdues de vue aujourd’hui. Vaut-il mieux démoraliser les gens en leur disant la vérité bête et crue, vaste débat…

Anthony Trollope, Autobiography, texte en ligne

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