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Don Quichotte

26 mars 2008

Lettre C du Challenge ABC 2008

Quel classique plus renommé que l’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, publié en Espagne en 1605, qui allait inventer le style dit « roman picaresque » et inspirer des dizaines d’écrivains à sa suite ?

Pour autant, ce n’est pas un roman facile à lire, avec ses nombreuses histoires imbriquées. Le héros n’est guère attachant non plus. Imaginez un gentilhomme vivant dans son village, la cinquantaine, « de forte complexion, sec de corps et maigre de visage », dont le cerveau a été sérieusement dérangé par la lecture assidue de romans de chevalerie. C’est décidé, il ressuscitera l’ordre éteint des chevaliers errants, l’allure suffisamment miteuse pour hériter du surnom de « Chevalier de la Triste Figure », la folie suffisamment contagieuse pour enrôler comme écuyer le brave Sancho Pança sur la vague promesse d’un royaume (ou, à la rigueur, d’une île). Personnage ridicule, ne suscitant que la pitié, il passe son temps à se faire battre par ses maladresses.

Il faut donc savoir que le temps que notre susdit gentilhomme était oisif (qui était la plupart de l’année), il s’adonnait à lire des livres de chevalerie avec tant d’affection et de goût qu’il oublia quasi entièrement l’exercice de la chasse et même l’administration de ses biens, et passa si avant sa curiosité et folie et cela qu’il vendit plusieurs minots de terre de froment pour acheter des livres de chevalerie, et ainsi en porta à la maison autant qu’il en put trouver ; mais, d’entre tous, pas un ne lui semblait si beau que ceux que composa le fameux Felician de Silva, parce que la clarté de leur prose et leurs raisons embrouillées étaient perles à ses yeux, et plus encore quand il venait à lire ces belles paroles d’amour et cartels de défi, là où en plusieurs endroits il trouvait écrit : La raison de la déraison qui se fait à ma raison de telle sorte affaiblit ma raison qu’avec raison je me plains de votre beauté ; et aussi quand il lisait : Les beaux cieux qui de votre divinité divinement vous fortifient avec les étoiles et vous rendent méritantedu mérite que mérite votre grandeur.
Avec ces belles raisons, le pauvre chevalier perdait le jugement, et se travaillait pour les entendre et en arracher le sens des entrailles, lequel n’eût pu tirer ni entendre Aristote même, s’il fût ressuscité à ce seul effet. [p. 68]

Les passages dont on parle à chaque fois, à savoir l’attaque des moulins à vent pris pour des géants et le combat entre deux armées dans lequel se jette Don Quichotte, qui n’est que le croisement de deux troupeaux de brebis, se trouvent dans les cent premières pages. De là à dire que la plupart des gens qui en parlent avec componction ne sont en fait pas allés au-delà dans leur lecture, il n’y a qu’un pas, que je ne franchirai pas, non, ce n’est pas mon genre… Tiens, ça me rappelle Proust, dont la célèbre pâtisserie figure dans les dix premières pages et n’est qu’anecdotique au vu de la richesse des thèmes abordés par la suite.

Un humour bouffon baigne le récit, avec par exemple les allusions récurrentes à Dulcinée du Toboso, la dame de coeur que s’est choisie Don Quichotte d’après de vague souvenirs, et dont toutes les grâces semblent relever uniquement de son imagination détraquée. Sous le prétexte d’une légitime inquiétude du curé du village, voulant guérir le héros de sa folie en brûlant tous ses livres, Cervantès se livre à une critique féroce de la littérature de son époque. Le roman pastoral trouve encore grâce à ses yeux : les histoires sentimentales entre quelques jeunes couples rencontrés en chemin s’y rattachent, et Cervantès a fait sa première incursion en littérature avec la Galathée.

Difficile à résumer, le roman enchaîne les mésaventures de Don Quichotte, juché sur son cheval Rossinante, et de Sancho Pança, entrecoupées d’histoires indépendantes, telles « Le curieux impertinent ». Un peu long, lourd par moments, on peut le lire pour l’imagination débridée de l’auteur, qui nous laisse parfois en chemin…

Miguel de Cervantès, Don Quichotte, Editions Gallimard,
Folio, 1988, tome 1 : 614 pages, tome 2 : 601 pages.

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One Comment leave one →
  1. 18 août 2011 11:49

    Salut Canthilde, j’aime beaucoup ton blog.
    Ah Don Quichotte, tout le monde le connait et peu ont lu Cervantès. Je dois bien t’avouer que je ne l’ai pas lu; pas encore même si celà ne me tente pas pour l’instant. Mais ton avis m’intéresse et je vais remettre ce bouquin sur ma liste; l’année prochaine qui sait???
    Je mets ton site sur ma liste des liens amis (entre blogueurs . N’hésites pas à passer me faire un petit bonjour…
    Posté par BenoitD, 26 mars 2008 à 16:07

    Je n’ai jamais osé me plonger dans cette brique… je connais Don Quichotte par « L’homme de la Mancha »… c’est tout dire!!! Peut-être un jour… mais certainement pas tuot de suite, même si les péripéties de ce drôle de moineau semblent intéressantes!
    Posté par Karine, 26 mars 2008 à 23:10

    A BenoitD : Merci du compliment ! Je pense aussi que Don Quichotte fait partie de ces héros entrés dans l’imaginaire collectif, mais qu’on ne prend plus trop le temps de lire. C’est un peu normal, le roman ne correspond plus exactement au goût du jour, c’est un style de narration particulier. Il vaut tout de même le détour, pour peu qu’on ait du temps devant soi.

    A Karine : C’était aussi mon sentiment avant de le mettre dans le challenge, le genre de lecture qu’on repousse indéfiniment !
    Posté par canthilde, 27 mars 2008 à 11:19

    Je n’ai jamais réussi à lire Don Quichotte; je sais que c’est une œuvre d’envergure, mais je n’arrive pas à m’y mettre.En fait, je n’ai pas trop de penchant pour le roman picaresque, tout au moins dans ses formes traditionnelles.

    Votre liste pour le Challenge ABC est vraiment intéressante. Vous lisez bien l’anglais.
    Posté par Dominique, 28 mars 2008 à 10:07

    A ça, lire l’anglais, ce n’est pas un problème ; le parler est une autre paire de manches !
    Posté par canthilde, 29 mars 2008 à 11:35

    Bonjour, je viens de terminer Don quichotte. Et je me suis éclatée… Tout le monde le connaît ou en a entendu parlé, qui ne connaît pas l’attaque des moulins à vent, mais je ne connais pas beaucoup de personnes qui sont arrivés au bout des deux volumes. Et pourtant, quelle aventure que de lire ce livre !
    burlesque, drôle, mais aussi si grave, si triste…
    J’aime cet hidalgo qui va au bout de ses rêves les plus fous !

    Claude
    Posté par claude, 10 avril 2008 à 09:25

    En fait, à l’histoire de Don Quichotte lui-même, j’ai souvent préféré celles des amours des bergers et bergères et autres jeunes couples, qui font encore très roman pastoral. Cela dit, les tirades de Don Quichotte sur « la vie » m’ont bien fait rire, surtout quand l’auteur le prend comme prétexte pour exposer sa philosophie ou sa conception de la littérature !
    Posté par canthilde, 10 avril 2008 à 13:09

    bonsoir, oui, je suis d’accord avec vous. claude
    Posté par claude, 13 avril 2008 à 23:19

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