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L’élégance du hérisson

6 avril 2008
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Je n’avais pas particulièrement envie de lire l’Elégance du hérisson. Du moins, pas dans l’immédiat. Effet répulsif du « livre que tout le monde a lu », « l’incontournable de la rentrée 2007 », « comment, vous ne l’avez pas encore lu ! » ?

Il a fallu qu’on me le mette d’office entre les mains pour que je l’emporte chez moi. Oh, je n’avais rien contre lui, à vrai dire, à part qu’il reflétait un peu trop mon cadre de vie : un immeuble chic du 7e arrondissement de Paris, rien de dépaysant là-dedans (oui, j’habite dans un quartier chic de Paris et vous n’imaginez pas les taudis qu’on loue à d’innocentes jeunes femmes suffisamment désargentées pour ne pas pouvoir claquer 600 euros dans leur loyer !).

Bref, je rentre dans l’histoire de Renée, concierge portugaise de son état, mais avant tout une autodidacte férue de philosophie et de littérature russe. Même si ça se lit facilement, j’ai eu du mal à comprendre le fond de ce roman, son message. A quoi ça sert de critiquer l’assignation à une classe sociale figée si c’est pour se comporter extérieurement de la façon dont les autres s’attendent de votre part ? Quel intérêt ? Est-ce que c’est censé être drôle ? Renée me plaisait davantage quand elle critiquait fielleusement les occupants des appartements de son immeuble huppé (tiens, dans la galerie de personnages, l’autrice a oublié l’étudiante ou jeune salariée fauchée de la chambre de bonne du septième…), que lorsqu’elle s’obstinait furieusement à ressembler à une concierge portugaise. La tirade sur les caniches s’inscrit dans cette réflexion sur les stéréotypes :

Dans l’imaginaire collectif, le couple de concierges, duo fusionnel composé d’entités tellement insignifiantes que seule leur union les révèle, possède presque à coup sûr un caniche. Comme chacun sait, les caniches sont des genres de chiens frisés détenus par des retraités poujadistes, des dames très seules qui font un report d’affection ou des concierges d’immeuble tapis dans leurs loges obscures. Ils peuvent être noirs ou abricots. Les abricots sont plus teigneux que les noirs, qui sentent moins bon. Tous les caniches aboient hargneusement à la moindre occasion mais spécialement quand il ne se passe rien. Ils suivent leur maître en trottinant sur quatre pattes figées dans bouger le reste de leur petit tronc de saucisse. Surtout, ils ont des petits yeux noirs et fielleux, enfoncés dans des orbites insignifiantes. Les caniches sont laids et bêtes, soumis et vantards. Ce sont les caniches. [p. 44]

Malheureusement, l’intrigue entrecroise l’histoire de Renée avec celle de Paloma, une adolescente de douze ans, (forcément) surdouée, qui se sent décalée par rapport à sa famille et entretient des pensées (vaguement) suicidaires. Paloma n’est pas particulièrement intéressante, elle enfile les lieux communs comme des perles et critique elle aussi son entourage éminemment critiquable, bien entendu.

Le petit monde du 7 rue de Grenelle est très manichéen : d’un côté les très riches, très vulgaires, très méchants ; de l’autre, les gens intelligents, racés, sensibles, qui ne paient pas de mines mais sont de vrais gentils. Ils reconnaissent tout de suite leurs semblables et sont aussitôt les meilleurs amis du monde. S’ajoute une catégorie exotique, l’élément étranger qui va faire évoluer l’intrigue : le riche gentil parce que japonais (on n’est pas du tout dans le japonisme primaire…).

Je ne vous surprendrai pas en concluant que je n’ai pas trop aimé ce livre, que j’ai ressenti à plusieurs reprises comme une tentative de terrorisme émotionnel, un peu comme dans ces passages au cinéma où le héros se dévoile tellement qu’on a honte pour lui : ah, cette révélation du traumatisme infantile qui vient plomber tout le récit ! En fait, si Renée déteste les riches, c’est parce qu’un riche l’a mordue quand elle était petite ; voilà qui noie complètement la critique acerbe du comportement méprisant des élites du début. Que ce soit un succès de librairie, pourquoi pas, mais il manque certainement de style et de profondeur.

Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, Editions Gallimard, 2006, 356 p.

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One Comment leave one →
  1. 19 août 2011 12:25

    Comme toi, je me méfie hautement des livres trop en tête d’affiche, et ta critique, fort bien menée, m’incite encore moins à lire cette auteur
    Posté par sybilline, 06 avril 2008 à 11:07

    Je n’avais déjà pas trop le goût… je l’ai encore moins! Ce ne sera certainement pas pour tout de suite, en tout cas!
    Posté par Karine, 06 avril 2008 à 16:04

    Sybilline : Pour ce livre, apparemment, ce sont les libraires qui ont fait un gros travail de promotion, et il était en vente avant la rentrée. L’éditeur ne s’attendait pas un tel succès. j’ai donc du mal à comprendre ce qui a pu plaire au public pour que le bouche à oreilles fonctionne tellement bien.

    Karine : Je pense que cette lecture est parfaitement dispensable !
    Posté par canthilde, 06 avril 2008 à 17:18

    J’ai bien aimé au final mais j’avoue que la caricature à outrance ne me plait pas non plus… j’ai trouvé ça terriblement ridicule ! J’ai du mal à comprendre l’enthousiasme suscité par ce livre, même si j’en garde un bon souvenir.
    Posté par Lou, 06 avril 2008 à 21:46

    J’aime voir des commentaires comme tu les fais Canthilde. Partout, on ne voit qu’éloge sur tel ou tel livre. Tout le monde aime, le trouve génial… A croire que la critique positive est communicative ou que les lecteurs ont du mal à se faire leur propre opinion. J’ai du mal à accrocher sur ces livres qui font trop parler d’eux et celui là en fait partie. Vu ton commentaire par ailleurs, je vais passer mon chemin et en trouver un autre qui en vaut vraiment la peine.
    Posté par belledenuit11, 07 avril 2008 à 08:25

    Lou : Caricatural, oui. C’est (souvent) drôle à lire mais c’était écrit sans finesse, malgré les belles tournures de phrases.

    belledenuit11 : Merci du compliment. J’ai du mal à écrire autre chose que le fond de ma pensée, qui est toujours critique, même quand j’aime quelque chose. Mais alors, quand je n’aime pas, j’y vais tellement fort que j’ai peur de traumatiser les auteurs !
    Posté par canthilde, 08 avril 2008 à 09:48

    J’ai aussi un peu de mal avec les livres-phénomènes qui finissent par cacher tous les autres ; en tout cas ta critique est bien intéressante !
    Posté par rose, 11 avril 2008 à 16:16

    Très manichéen c’est exactement le mot qui convient pour ce roman. Vous êtes lucide.
    Renée n’aime pas les Riches mais elle fait une exception pour le Japonais ! C’est kitsch cette passion pour le Japon les Sushis et Ozu embarqué aussi là-dedans, le pauvre!
    Posté par Dominique, 12 avril 2008 à 18:10

    A Rose : Beaucoup de critiques enthousiastes pour ce petit roman, en effet. D’autres plus mitigées, mais uniquement parce qu’elles butaient sur l’aspect philo, qui ne m’a pas gênée (au moins, j’avais l’impression d’apprendre des choses !). J’ai voulu donner mon avis.

    A Dominique : Oui, franchement, cette fascination pour le Japon, même Amélie Nothomb en est revenue. Comme si « le japonais » générique était naturellement sobre, spirituel, alors que la culture de masse japonaise c’est surtout les mangas pornos…
    Posté par canthilde, 14 avril 2008 à 19:25
    très belle critique

    et juste. Même si moi, Paloma m’a fait rire!
    Posté par la nymphette, 22 avril 2008 à 12:01

    Il m’a plu ce livre ! J’ai aimé cette rencontre improbable entre cette concierge qui cache sa culture, cette demoiselle qui pose un regard satirique sur la bourgeoisie, et les autres personnages qui gravitent autour d’elles. Et finalement est-ce si improbable que cela ?
    Posté par BelleSahi, 24 avril 2008 à 09:39

    Je suis une des « fans » de ce livre… Même si je reconnais la véracité de vos critiques, ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est le fait que Renée devienne autre par les yeux de son Roméo japonais, comme Paloma devient autre au contact de Renée. C’est le fait qu’un être puisse voir ce qui est beau dans un autre. C’est vrai qu’il y a un aspect caricatural mais cela ne m’a pas dérangée; au contraire, j’ai trouvé certains portraits bien décrits.
    Posté par 4nn3, 04 mai 2008 à 21:07

    BelleSahi : Pas improbables du tout. Par exemple, je conçois très bien qu’une concierge lise de la philo, d’ailleurs la mienne aussi est très « grande dame ». C’est l’auteure qui présente ça comme un truc extraordinaire…

    4nn3 : Oui, certains portraient étaient assez justes, notamment ceux des adolescents de la grande bourgeoisie. Peut-on changer au contact d’autres personnes ? On va dire que c’est une jolie hypothèse littéraire…
    Posté par canthilde, 05 mai 2008 à 11:57

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