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Ni d’Eve ni d’Adam

22 avril 2008

Amélie Nothomb revient sur la période qu’elle a passée au Japon, au début des années 1990, déjà racontée dans Stupeur et tremblements. Cette fois, elle raconte le versant privé de ce séjour, où elle a fréquenté un jeune homme répondant au doux nom de Rinri.

Le livre regorge, on s’en doute, de passages burlesques sur le décalage culturel entre les deux amoureux. Tout le comique du livre repose sur ce constat : Rinri n’est pas un Japonais comme les autres, et Amélie est belge (prétexte à toutes les excentricités). A la recherche du pays traditionnel de sa petite enfance, la narratrice se retrouve confrontée à un jeune homme qui préfère le salami aux sushis, féru d’accessoires en tous genres, idolâtrant la blancheur de sa fiancée européenne. Cette dernière, peu portée aux envolées sentimentales, décide de prendre du bon temps en explorant les conventions de la cour telle qu’on la pratique à Tokyo.

Nous étions loin d’être les seuls amoureux, pour reprendre la terminologie d’usage, à nous promener autour du stade. J’adorais ce côté « parcours obligé » de nos tribulations : la tradition de ce pays avait mis à la disposition des couples d’un jour ou d’une vie un genre d’infrastructure afin que leur emploi du temps ne relève pas du casse-tête. Cela ressemblait à un jeu de société. Vous ressentez quelque chose pour quelqu’un ? Au lieu de réfléchir de midi à quatorze heures à la nature exacte de votre trouble, emmenez ce quelqu’un à la case une-telle de notre monopoly ou plutôt de notre monophily. Pourquoi ? Vous verrez.
Tuvéra était la meilleure philosophie. Rinri et moi n’avions aucune idée de ce que nous faisions ensemble ni d’où nous allions. Sous couleur de visiter des endroits d’un intérêt relatif, nous nous explorions l’un l’autre avec une curiosité bienveillante. La case départ du monophily nippon m’enchantait. [p. 64-65]

En dépit de ces beaux passages sur l’amour de la liberté, la légèreté revendiquée de la jeune femme, qui n’entend pas rentrer dans le carcan du mariage, le livre cède pas mal à la facilité. Amélie Nothomb écrit beaucoup de petits livres fulgurants, toujours drôles, mais dont le style est de moins en moins recherché. Tous les morceaux de bravoure, notamment dans la montagne, m’ont semblé forcés. On apprend qu’elle est bonne marcheuse et que les hauteurs la rendent dangereusement euphorique, mais ces passages restent gratuits, outrés. Irruption de termes familiers, métaphores faciles, j’ai trouvé le livre, pour tout dire, assez bâclé.

Il n’en est pas moins très plaisant à lire et constitue une pièce supplémentaire dans l’autobiographie d’Amélie Nothomb, dont les Mémoires intégrales devraient s’avérer passionnantes d’ici quelques dizaines d’années…

Amélie Nothomb, Ni d’Eve ni d’Adam, Editions Albin Michel, 2007, 245 pages.

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One Comment leave one →
  1. 19 août 2011 12:23

    Ta très juste perception de cette auteur au narcissisme effréné et qui fait passer l’analyse bien avant les sentiments, ne me donne aucune envie de me lancer dans cette lecture, encore moins dans d’éventuelles Mémoires intégrales…
    Posté par sybilline, 23 avril 2008 à 09:19

    J’ai renoncé à la lecture des livres d’Amélie nothomb depuis le calamiteux « Acide sulfurique », véritable scandale littéraire tellement ce bouquin était nul. Je veux rester sur la bonne impression des « Catilinaires ».
    Amélie Nothomb n’a manifestement plus rien à écrire depuis longtemps. Il n’y a pas de honte de n’être l’écrivain que de deux ou trois livres mais par contre, continuer à publier des oeuvres d’un vide sidéral est une sacrée faute !
    Posté par Fantasio, 23 avril 2008 à 14:32

    Sybilline : En même temps, malgré les côtés agaçants de l’écriture, Amélie Nothomb est quelqu’un d’adorable et je me sens assez proche d’elle. Elle a du talent mais a tendance à se dispenser du travail, qui pourrait aboutir à de « vrais » livres.

    Fantasio : Ses premiers romans étaient effectivement impressionnants. Je n’ai pas lu les tous derniers, à part celui-ci, quand l’occasion s’est présentée. C’est bien dommage qu’elle publie aussi régulièrement mais que la qualité ne suive pas !
    Posté par canthilde, 24 avril 2008 à 00:43

    Je n’ai vraiment pas tout lu de Nothomb mais je crois que je me laisserai tenter par ce livre… en poche! Pour les éventuelles « mémoires intégrales »… je passerai par contre!
    Posté par Karine, 24 avril 2008 à 04:31

    Depuis longtemps noté mais toujours pas trouvé à la médiathèque. J’attends patiemment qu’il apparaisse sur les rayonnages
    Posté par katell, 26 avril 2008 à 22:03

    Je viens de lire Biographie de la faim, mais je pense qu’Amélie Nothomb n’est pas faite pour moi. Bonnes lectures
    Posté par toinette80, 21 mai 2008 à 11:24

    Je constate à la lecture des commentaires le même opinion générale que mon entourage exprime sur Amélie Nothomb.
    Pour ma part j’ai adoré ce livre (Ni d’Eve ni d’Adam fabuleux car me rapellant lors de certain passage ma propre histoire amoureuse…
    Mais je découvre après Stupeurs et Tremblements et à présent métaphysique des tubes et hygiène de l’assasin de nouveau texte d’Amélie et je trouve que son style faussement simple est bien plus profond que bien des oeuvres d’autres auteurs!!
    Il y a plusieurs niveau de compréhension dans ces dires, ça vision du japon est assez proche de la mienne, j’aime bien, merci pour cet article et les opinions cela est interessant ja né panda
    Posté par panda, 03 juin 2008 à 01:54

    D’après ton blog, je crois que tu as des liens étroits avec le Japon. J’ai beaucoup aimé Amélie Nothomb à ses débuts, là je prends mes distances mais j’apprécie toujours ses textes autobiographiques, au moins pour le côté loufoque.
    Posté par canthilde, 08 juin 2008 à 14:16

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