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L’Oeuvre au noir

11 mai 2008

Lettre Y du Challenge ABC 2008

Médecin, alchimiste, philosophe, Zénon est un personnage complexe qui traverse le XVIe siècle en observateur. Le Bruges de l’époque n’est guère propice aux questionnements scientifiques. L’obscurantisme religieux règne, la Réforme suscite de féroces persécutions. Le jeune homme ne songe qu’à parcourir les routes pour perfectionner son apprentissage.

La première moitié de ce roman est extrêmement agréable à lire, offrant des tableaux vivants de la vie de l’époque, à travers divers membres de l’entourage du héros. La deuxième partie est plus difficile, elle se centre sur Zénon, devenu de plus en plus sceptique, austère. Le livre se transforme en vibrant plaidoyer pour la liberté de penser, gagnant en profondeur ce qu’il perd en séduction.

En un sens, tout était magie : magie la science des herbes et des métaux qui permettait au médecin d’influencer la maladie et le malade ; magique la maladie elle-même, qui s’impose au corps comme une possession dont celui-ci parfois ne veut pas guérir ; magique le pouvoir des sons aigus ou graves qui agitent l’âme ou au contraire l’apaisent ; magique surtout la virulente puissance des mots presque toujours plus forts que les choses et qui explique à leur sujet les assertions du Sepher Yetsira, pour ne pas dire de l’Evangile selon saint Jean. Le prestige qui entoure les princes et se dégage des cérémonies d’église était magie, et magie les noirs échafauds et les tambours lugubres des exécutions qui fascinent et terrifient les badauds encore plus que les victimes. Magiques enfin l’amour, et la haine, qui impriment dans nos cerveaux l’image d’un être par lequel nous consentons à nous laisser hanter. [p. 309]

Marguerite Yourcenar, L’Oeuvre au noir, Editions Gallimard, 1968, 362 pages.

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  1. 24 août 2011 09:42

    Concis mais bien vu. Cela me console de constater que je ne suis pas le seul à avoir eu un peu de mal sur cet oeuvre qui reste malgré tout admirable…
    Posté par Calepin, 12 mai 2008 à 00:05

    J’ai aussi choisi Marguerite Yourcenar pour mon « Y » mais comme j’avais ses « nouvelles orientales » chez moi, j’ai plutôt opté pour celui-ci. À vrai dire, cette auteure me fait un peu peur.
    Posté par Karine, 12 mai 2008 à 02:26

    Calepin : Moi aussi, il y a eu un moment où j’ai buté dans la lecture et j’ai terminé ce livre « à petites doses ». Il est très riche, très dense, austère aussi est un terme qui lui convient bien. Bref, difficile à raconter.

    Karine : Le style de Yourcenar est admirable mais difficile d’accès, il faut bien le dire !
    Posté par canthilde, 12 mai 2008 à 09:06

    Il est dans mon challenge aussi!
    Posté par katell, 12 mai 2008 à 09:39

    Pour écrire l’Oeuvre au noir Marguerite Yourcenar s’est inspirée de plusieurs personnages d’envergure pour en faire un seul : Paracelse pour le côté alchimique, Giordano Bruno et Etienne Dolet pour la philosophie, Michel Servais pour la médecine, et j’en oublie sûrement un.
    Les trois derniers ont été pourchassés comme hérétiques, ce qui explique la destin tragique de Zénon.
    C’est un roman assez complexe mais on épouse volontiers les expériences et la vie passionnée de Zénon dans une époque passionnante aussi.
    Posté par Dominique, 12 mai 2008 à 10:52

    Katell : Alors bonne lecture, le livre est superbement écrit et il mérite un petit effort.

    Dominique : L’autrice s’en explique dans la postface, elle a en effet créé un hybride de plusieurs savants de l’époque. J’ai été intéressée par la description d’événements moins connus de l’époque, comme les sectes protestantes qui se faisaient massacrer. On arrive bien à saisir les motivations des différents personnages, dont on voit défiler les vies à toute vitesse.
    Posté par canthilde, 12 mai 2008 à 20:52

    J’ai choisi « Mémoires d’Hadrien » pour mon challenge ABC mais j’ai longuement hésité entre ce tome et « L’OEuvre au Noir ».
    Maintenant j’hésite à nouveau, cette critique me donne à nouveau envie de découvrir Zénon!
    Posté par Youplala, 12 mai 2008 à 21:43

    Solution évidente : lire les deux !!!
    Posté par canthilde, 15 mai 2008 à 20:49

    Pour ma part, j’en garde un excellent souvenir alors que les mémoires d’Hadrien ont été bien pénibles à terminer.
    Posté par praline, 04 juillet 2008 à 18:01

    Praline : Je comprends, j’avais essayé de lire Les mémoires d’Hadrien trop jeune, j’avais abandonné. L’écriture de Yourcenar est difficile, ce livre me l’a rappelé !
    Posté par canthilde, 07 juillet 2008 à 09:01

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