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The Barbed Coil

15 mai 2008

Le système de magie utilisé dans cette histoire m’avait attirée depuis longtemps : les enluminures. Alléchée par les descriptions d’encres et de parchemin, j’ai acheté ce livre sans hésitation lorsque je l’ai trouvé chez un bouquiniste.

Les livres de fantasy en un seul volume sont plus rares que les longues sagas. Sans lésiner sur les descriptions, J.V. Jones ne perd pas trop de temps sur la mise en place de l’intrigue. Heureusement, d’ailleurs, parce qu’elle est un peu tirée par les cheveux : Tessa McCamfrey, jeune femme de notre époque, au caractère taciturne et réservé, trouve une bague en or hérissée de piquants qui, aussitôt enfilée, la transporte dans un autre monde. Le procédé est assez gratuit et il faut attendre la fin du livre pour trouver quelques explications, moyennement convaincantes, sur ce transport magique.

Voilà donc Tessa dans la ville médiévale de Bay’ Zell, à la merci des brigands, aussitôt sauvée par le ténébreux Ravis, un mercenaire peu recommandable. Rhaize est sur le point d’être envahi par Garizon, un pays voisin dont Izgard vient de se proclamer roi en s’appropriant une couronne aux origines mystérieuses, the barbed coil. A ses côtés, son scribe Ederius semble jouer un rôle important dans l’issue des batailles engagées. Affamé de pouvoir, Izgard est un méchant unidimensionnel, auquel on s’intéresse modérément. Tessa devra effectuer un apprentissage pour découvrir l’étendue de ses talents (dont dépend évidemment le sort du continent !) et contrer l’armée d’Izgard aux caractéristiques inquiétantes.

J’ai apprécié les descriptions des motifs celtiques, même si j’ai regretté l’instrumentalisation des enluminures au service de la guerre et le fait qu’elles soient envisagées en dehors de tout contexte religieux et politique (les moines de pratiquaient pas cet art à loisir, ils dépendaient des commandes des puissants). Le style d’écriture n’est pas mémorable, l’enjeu ne se distingue guère de la production fantasy actuelle. Surtout, j’ai regretté les rôles sexuels passéistes, qui sont finement analysés mais pas critiqués par l’autrice. Tessa à peine arrivée à Bay’ Zell s’enfermant avec joie chez Emith et se chargeant de toutes les tâches ménagères, Angeline à moitié demeurée dont l’univers est des plus restreints… Pendant ce temps, les personnages masculins principaux recrutent des armées, combattent, entretiennent de saines amitiés viriles. Si cette organisation sociale était avérée au Moyen Age, rien n’empêche une autrice de fantasy de s’en démarquer, au lieu de forcer son héroïne à rentrer dans la norme d’une autre époque, la rendre complètement dépendante des autres : « Living with Emith and his mother had altered the way she looked at things, made her realize that being tough and self-efficient wasn’t everything.  » (p. 354) On est à mille lieux des grandes sagas utopiques des années 1970, telles la Romance de Ténébreuse, la Ballade de Pern, ou même les Chroniques de Tornor, avec leurs héroïnes fortes et courageuses, la distance prise avec la morale sexuelle, le message écologique et pacifique délivré !

Si j’ai trouvé l’histoire dépaysante, la magie fascinante et l’enquête finale captivante, je n’ai aucune envie de retrouver les poncifs de J.V. Jones dans les séries en plusieurs volumes qu’elle a écrites avant et après The Barbed Coil : la trilogie « The Book of Words » et « Sword of Shadows ». Ironiquement, c’est peu après avoir trouvé le livre en VO que j’ai appris qu’il venait d’être traduit en français, découpé en deux tomes (ce qui ne s’imposait pas), sous le titre de « La Ronce d’or », tome 1 : Les Motifs de l’ombre. Cela dit, le niveau d’anglais est tout à fait accessible et le poche en VO revient moins cher…

J.V. Jones, The Barbed Coil, Warner Books, 1997, 667 pages.

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One Comment leave one →
  1. 18 août 2011 11:28

    ENCORE coupé en deux??? On a pas écrit « nous sommes des moutons, tondez-nous » sur le front à la fin!!!!
    Pis le livre donne pas trop envie d’être lu… parce que bon, « les femmes à la maison les hommes à la baston », c’est un peu facile. Mahaut de Bourgogne, Frédégonde et Brunehilde c’était pas des ménagères que je sache!
    Posté par Youplala, 16 mai 2008 à 11:18

    Ce côté « balai dans le cerveau » m’a assez agacée aussi ! C’est trop facile de se complaire dans la desription des rôles traditionnels qu’on croit maîtriser alors que tout un pan de l’histoire est le plus souvent occulté. Les femmes travaillaient au Moyen Age, les noms de métiers étaient d’ailleurs bien féminisés (plus que maintenant !).
    Posté par canthilde, 26 mai 2008 à 18:26

    Rhââ, je passe trop de temps sur ton blog!
    Bref.

    J’ai moi aussi longtemps pesté contre les démultiplications systématiques, onéreuses et inutiles. Mais j’ai appris assez récemment que, de l’anglais au français, la traduction ajoutait un bon tiers supplémentaire aux bouquins.
    Or, un poche de presque neuf cent pages, ce n’est plus un pavé, ce n’est tout bonnement pas réalisable. Donc en fait sur ce coup-là, je pense que c’était inévitable…
    Posté par ekwerkwe, 05 octobre 2008 à 14:35

    Tu es la bienvenue pour traîner ici autant que tu veux ! J’ignorais que la traduction de l’anglais au français allongeait un livre d’un tiers, ça me semble énorme. Mais des poches de 900 pages, j’en lis toutes les semaines : la plupart des VO fantasy, les classiques anglais… Ca ne pose pas de problème technique. Il faut que les éditeurs cessent de considérer que les lecteurs français ont peur de s’engager dans une lecture de plus de 500 pages (et qu’ils ont des fortunes à dépenser en bouquins, aussi…).
    Posté par canthilde, 05 octobre 2008 à 23:29

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