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Moby Dick

7 juillet 2008

Lettre M du Challenge ABC 2008

Quand le jeune Ismael commence à tourner en rond chez lui et à soupirer après la moindre flaque, il comprend qu’il est temps pour lui de repartir en mer. Après des voyages commerciaux, il décide cette fois de s’engager comme chasseur de baleine. A Nantucket, petite île au sud de Cape Cod, Etats-Unis, il trouve le Pequod sur le point d’embarquer. Tout semble normal, à part la discrétion du capitaine, un certain Ahab, contre lequel un prophète douteux le met en garde. Ignorant son pressentiment, Ismael part vers l’inconnu pendant trois ans. C’est une fois arrivés en pleine mer que le capitaine Ahab annonce son intention à l’équipage : l’huile de baleine est secondaire, il se moque de l’argent qu’il peut en tirer. Non, ce qui l’anime, c’est une folie vengeresse envers la grande baleine blanche particulièrement maligne, à l’origine de sa jambe de bois, Moby Dick.

Superbe roman d’apprentissage et d’aventure, Moby Dick nous en apprend en fait assez peu sur le narrateur. Celui-ci est là en tant qu’observateur et il nous en dit plus sur les baleines que sur lui-même. On trouve une ouverture aux autres cultures, à travers le personnage de Queequeg, d’abord considéré comme un effroyable cannibale, puis comme un « sauvage » au cœur noble, jusqu’à devenir un ami intime, presque un confident. Pour autant, le sentiment de supériorité occidental et chrétien n’est jamais très loin. Passionné par la mer et par tout ce qui touche son métier, le narrateur aborde le voyage par de courts chapitres thématiques, passant de la poésie pure à l’action avec élégance. On se laisse gagner par sa nonchalance lors de ce long voyage.

In the serene weather of the tropics it is exceedingly pleasant the mast-head; nay, to a dreamy meditative man it is delightful.  There you stand, a hundred feet above the silent decks, striding along the deep, as if the masts were gigantic stilts, while beneath you and between your legs, as it were, swim the hugest monsters of the sea, even as ships once sailed between the boots of the famous Colossus at old Rhodes. There you stand, lost in the infinite series of the sea, with nothing ruffled but the waves.  The tranced ship indolently rolls; the drowsy trade winds blow; everything resolves you into languor.  For the most part, in this tropic whaling life, a sublime uneventfulness invests you; you hear no news; read no gazettes; extras with startling accounts of commonplaces never delude you into unnecessary excitements; you hear of no domestic afflictions; bankrupt securities; fall of stocks; are never troubled with the thought of what you shall have for dinner–for all your meals for three years and more are snugly stowed in casks, and your bill of fare is immutable. (p. 159]

Je me suis laissée emporter par l’entreprise encyclopédique de l’auteur, qui commence dès le sermon de Father Mapple, plein de bruits et de fureur, sur l’histoire de Jonas, se poursuit avec la description des différentes espèces de baleines (toujours considérées comme des poissons !), les baleines dans la peinture, leur utilisation pour l’éclairage ou la cosmétique. On a donc une description exhaustive de la baleine, d’un point de vue religieux, scientifique, artistique, gastronomique, économique et, enfin, psychologique, avec le mystère du caractère belliqueux de Moby Dick, et ses effets sur l’esprit obsessionnel de Ahab.

His three boats stove around him, and oars and men both whirling in the eddies; one captain, seizing the line-knife from his broken prow, had dashed at the whale, as an Arkansas duellist at his foe, blindly seeking with a six inch blade to reach the fathom-deep life of the whale.  That captain was Ahab.  And then it was, that suddenly sweeping his sickle-shaped lower jaw beneath him, Moby Dick had reaped away Ahab’s leg, as a mower a blade of grass in the field.  No turbaned Turk, no hired Venetian or Malay, could have smote him with more seeming malice.  Small reason was there to doubt, then, that ever since that almost fatal encounter, Ahab had cherished a wild vindictiveness against the whale, all the more fell for that in his frantic morbidness he at last came to identify with him, not only all his bodily woes, but all his intellectual and spiritual exasperations.  […]  All that most maddens and torments; all that stirs up the lees of things; all truth with malice in it; all that cracks the sinews and cakes the brain; all the subtle demonisms of life and thought; all evil, to crazy Ahab, were visibly personified, and made practically assailable in Moby Dick.  He piled upon the whale’s white hump the sum of all the general rage and hate felt by his whole race from Adam down; and then, as if his chest had been a mortar, he burst his hot heart’s shell upon it. [p. 185-186]

Un tel projet implique quelques libertés prises avec la narration, ce qui n’a pas été pour me déplaire ; un récit trop linéaire m’aurait je pense ennuyée. Le style est souvent ampoulé, à l’image du monstre marin, précise-t-il. J’ai été emportée par le souffle de l’histoire, impressionnée par l’audace des humains qui parviennent à tuer le plus grand mammifère de la planète avec un harpon dérisoire.

Herman Melville, Moby Dick, Penguin Popular
Classics, 1994, 536 pages (première édition en 1851).

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4 commentaires leave one →
  1. 23 août 2011 09:57

    Et puis quoi, le projet littéraire est immense ! Vous en connaissez beaucoup des livres qui ont l’ambition de faire le tour _exhaustif_ de leur sujet ? De l’épuiser à ce point ? Après Moby Dick, plus personne ne peut plus jamais écrire de roman parlant de baleines, sans ce heurter au monstre de Melville.

  2. 23 août 2011 10:16

    C’est un classique que j’aimerais bien relire , ou plutôt lire puisque je ne l’ai lu qu’en version ‘pour enfant’.
    bonne journée.
    Posté par betty, 08 juillet 2008 à 10:52

    Je l’avais moi aussi commencé en version abrégée pour enfants il y a longtemps. Mais maintenant, je trouve que ce n’est en rien une lecture enfantine. Les personnages sont complexes, torturés, la fin terrible. Reste l’aspect éducatif sur les baleines !
    Posté par canthilde, 08 juillet 2008 à 12:53

    Un merveilleux classique à l’histoire haletante et dans une style superbe. Le seul défaut en est cette énumération encyclopédique des différents types de baleines, très fastidieuse.
    Posté par sybilline, 12 juillet 2008 à 13:04

    Je comprends que tu aies trouvé cette énumération fastidieuse. De mon côté, je me suis régalée, l’auteur semblant bien s’amuser à rédiger de façon « académique dans la bonne humeur ». C’était assez fascinant ce bilan des connaissances scientifiques sur les baleines, toutes d’accord sur le fai que la baleine était un poisson !
    Posté par canthilde, 15 juillet 2008 à 09:23

    Un des plus grands exploits de ce livre, selon moi, outre son projet dément (être le livre total sur les baleines : il est maintenant impossible d’écrire un livre parlant de baleines sans référencer Moby Dick…), c’est la grande variété de styles que l’auteur adopte: sermon, encyclopédie, théâtre, récit d’aventure, méditations… comme s’il fallait aussi utiliser TOUS les styles littéraires pour faire le tour de son sujet. Wow.
    Posté par Le pendu, 28 août 2008 à 11:09

    Bien d’accord, Melville a fait fort ! C’est cette variété de styles qui rend le roman si passionnant. En plus, il est instructif : j’ignorais l’origine de l’huile de baleine, c’est quand même répugnant de tuer une grosse bête pour ne retirer qu’une petite partie de son corps…
    Posté par canthilde, 29 août 2008 à 00:02

  3. 23 août 2011 10:18

    Hi hi, c’est drôle, en relisant to re-post, je re-poste sans réfléchir le même re-commentaire 🙂
    Bon, faut arrêter d’envoyer des milliers de vieilles chroniques dans mon flux RSS parce que moi, je les relis… En espérant en trouver de nouvelles !

  4. 23 août 2011 10:34

    Laurent : J’allais te répondre, m’étant aperçue que tu avais commenté tandis que je remettais les anciens commentaires à la suite des billets déménagés. C’est un truc qui m’arrive régulièrement, reproduire mot pour mot un avis sur un sujet donné que j’avais oublié. On va dire que ça indique une pensée très cohérente… 😉
    Désolée pour le pourrissage de flux, je mets pourtant les dates d’origine. Encore un paquet de romans du XXe siècle, et ça sera fini !

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