Skip to content

Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants

8 juillet 2008

Les parents de Zhuang, âgée de 23 ans, veulent qu’elle passe une année à Londres pour parfaire son Anglais et les aider à mieux gérer leur entreprise de chaussures. Zhuang n’en a pas trop envie, mais obtempère et doit s’adapter à la vie londonienne avec une connaissance très approximative de la langue. Le roman est écrit dans une sorte de traduction littérale du chinois en anglais (en français pour cette édition, donc), rendant de nombreux passages à la fois loufoques et poétiques.

Toujours pareil : les gens rient chaque fois quand j’ouvre la bouche.
« Miss Zh-u-ang, vous devez apprendre à distinguer le sujet je du complément d’objet moi. »
Mais je ne comprends rien son anglais de la reine.
Alors j’ai deux moi ? Mrs Margaret dit qu’il y a le sujet je et l’objet je. Pourtant je suis un seul je. Ou alors Mrs Margaret pense la réincarnation ou la vie dans l’au-delà.
Aussi, je dérange les mots quand je parle. Les Chinois commencent la phrase par les concepts de temps et lieu. L’ordre est ainsi :
« L’automne dernier sur la Grande Muraille nous mangeons le barbecue. »
Le temps et l’espace sont plus grands que le petit humain dans notre pays. C’est différent de la phrase anglaise, quand « je » ou « Jake » ou « Mary » sont toujours premiers, comme s’ils sont la chose la mieux importante. [p. 34]

Sa rencontre avec un artiste sans le sou va accélérer sa maîtrise du vocabulaire. Il faut dire que Zhuang est une jeune femme très pudique, à qui on a souvent répété qu’elle était laide avec son physique de paysanne. Elle fait donc son éducation sexuelle sur le tas, avec un monsieur très déroutant pour elle, végétarien, proche de la nature (des trucs de pauvres, de ratés pour la chinoise ambitieuse), plutôt attiré par les hommes que par les femmes. Le couple tente de cohabiter, avec beaucoup d’incompréhensions mutuelles, une bonne dose de tendresse et l’insatiable curiosité de Zhuang qui note tous les mots nouveaux et les cherche frénétiquement dans son dictionnaire.

Faussement naïve, l’héroïne cherche à tout connaître de la vie occidentale, des pubs aux peep-shows de Soho. Foncièrement traditionnelle, elle souhaite se marier, s’offusque que son amant lui suggère de partager les frais de leurs sorties, ne comprend pas le besoin d' »intimité » de celui-ci. A travers le langage, c’est à une jolie confrontation des deux civilisations qu’on assiste.

Xiaolu Guo, Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants, Buchet/Chastel,
2008, 330 pages (A Concise Chinese-English Dictionary for Lovers, 2007).

Publicités
One Comment leave one →
  1. 17 août 2011 19:37

    Ton billet donne envie ! Je note ce titre, merci
    Posté par Argantel, 08 juillet 2008 à 12:01

    Ce livre vaut le détour, il est drôle et émouvant en même temps. Tu me diras ce que tu en penses !
    Posté par canthilde, 08 juillet 2008 à 12:55

    Pour moi, ce roman a été une bonne surprise. J’en ai parlé il y a deux mois environ.
    Posté par Naina, 08 juillet 2008 à 19:02

    Oui, je me souviens de ta note, une des premières sur ce roman qui mérite d’être connu. On lui souhaite un beau succès !
    Posté par canthilde, 09 juillet 2008 à 00:41

    J’avoue avoir laché prise! Pas le moment pour moi sans doute!
    Posté par chiffonnette, 09 juillet 2008 à 12:18

    Il faut s’habituer au style, c’est sûr ! J’ai trouvé ce point de vue intéressant, cette recherche de repères dans un nouveau monde destabilisant.
    Posté par canthilde, 09 juillet 2008 à 13:14

    J’avais déjà entendu parler de cette auteur, en bien, mais je ne sais quoi me fait hésiter à m’y lancer. Un manque de profondeur (apparemment, ceci n’étant qu’un pur préjugé…) peut-être?
    Posté par sybilline, 13 juillet 2008 à 19:50

    C’est sûr que ce n’est pas le roman psychologique de l’année mais les réflexions de l’héroïne sur la vie quotidienne sont assez drôles, toujours décalées.
    Posté par canthilde, 15 juillet 2008 à 09:25

    J’ai lu une critique dans un magazine féminin qui me donnait plutôt envie; ta note confirme. Donc peut-être que je le lirai.
    Posté par Sophie, 19 juillet 2008 à 10:06

    Si tu en as l’occasion, n’hésite pas, c’est une lecture très rafraîchissante !
    Posté par canthilde, 21 juillet 2008 à 00:00

    Je viens de finir Vingt fragments d’une jeunesse vorace,du même auteur,et celui là me donne donc envie!
    Posté par kelly elliott, 23 novembre 2009 à 11:13

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :