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Belinda

23 juillet 2008

Lettre E du Challenge ABC 2008

Mrs Stanhope espère bien se débarrasser de sa nièce Belinda en l’envoyant passer la saison chez la fashionable Lady Delacour, qui trouvera à coup sûr le moyen de lui présenter des partis avantageux. La jeune femme se sent bientôt attirée par un visiteur régulier, le beau Clarence Hervey, dont les assiduités multiples éclipsent l’ivrogne Lord Delacour. Choquée par l’immoralité qui règne dans la maison, intriguée par les secrets des unes et des autres, Belinda va essayer de faire tomber les masques.

Ce roman se veut avant tout une critique morale de la superficialité de la bonne société londonienne. Belinda oppose un bon coeur à la frivolité de la vie mondaine, dont les périls sont comparés au bonheur de la vie domestique. Lady Delacour, femme brillante refoulant ses bons sentiments par crainte du ridicule,  incarne cette mascarade cruelle.

At a distance, Lady Delacour had appeared to Miss Portman the happiest person in the world; upon a nearer view, she discovered that her ladyship was one of the most miserable of human beings. To have married her niece to such a man as Lord Delacour, Mrs. Stanhope would have thought the most fortunate thing imaginable; but it was now obvious to Belinda, that neither the title of viscountess, nor the pleasure of spending three fortunes, could ensure felicity. Lady Delacour confessed, that in the midst of the utmost luxury and dissipation she had been a constant prey to ennui; that the want of domestic happiness could never be supplied by that public admiration of which she was so ambitious; and that the immoderate indulgence of her vanity had led her, by inevitable steps, into follies and imprudences which had ruined her health, and destroyed her peace of mind. « If Lady Delacour, with all the advantages of wealth, rank, wit, and beauty, has not been able to make herself happy in this life of fashionable dissipation, » said Belinda to herself, « why should I follow the same course, and expect to be more fortunate? »

L’autrice met aussi en avant l’importance pour une jeune femme de faire des choix personnels indépendamment des souhaits de sa famille, notamment en ce qui concerne le mariage. Belinda n’est pas pressée de se marier et elle va nouer plusieurs attachements avant de se fixer. Les autres personnages féminins montrent les exemples à ne pas suivre à travers leurs destins funestes : mariage d’intérêt, mariage par dépit, idéalisation d’une image éloignée de la réalité. On a droit à une critique des idées du Rousseau de l‘Emile, avec une démonstration des conséquences de l’élevage d’une épouse parfaite à l’image de Sophie. A l’idéal et au romantisme, Maria Edgeworth préfère la réalité moins reluisante mais plus apte à former le sens moral de ses lectrices, sans se départir d’une liberté de ton, avec des allusions précises à l’adultère par exemple.

L’intrigue devient un peu ennuyeuse lorsqu’elle tourne à la rédemption d’une débauchée. Les personnages « différents » sont connotés négativement, tel le créole Mr Vincent, où la travestie Mrs Freke. Cette dernière est complètement ridiculisée, considérée comme une bouffonne, au lieu d’incarner une figure de féministe positive. A côté de ça, certains stéréotypes féminis sont combattus, telle l’amitié de Belinda et Lady Delacour, qui résiste aux jalousies plus ou moins fondées qu’elles peuvent ressentir. Bien qu’il se ressente de la morale de son époque, ce roman anglais, très agréable à lire, n’hésite pas à creuser le thème de l’indépendance féminine, tout en ménageant une fin évidemment matrimoniale !

Maria Edgeworth, Belinda, texte en ligne (première édition en 1801).

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2 commentaires leave one →
  1. 18 août 2011 12:09

    Ca me fait un peu penser à Jane Austen pour le début, je note le titre !
    Posté par Cécile, 24 juillet 2008 à 12:16

    Edgeworth était célèbre à son époque et a forcément influencé Austen. Son écriture est très ironique, critique sur la société, les personnages féminins intelligents et impertinents. J’ai quand même trouvé le style moins drôle et l’intention morale beaucoup plus présente.
    Posté par canthilde, 24 juillet 2008 à 20:19

    Je crois que beaucoup d’auteurs de cette époque sont à la fois très lucides sur leur époque et attachés à leurs valeurs morales (surtout les femmes…).
    J’ai « Castle Rackrent » et « The Absentee » de cet auteur sur ma PAL, mais ce titre me tente plus.
    Posté par Lilly, 25 juillet 2008 à 09:08

    « Belinda » devrait te plaire, c’est un roman haut en couleurs mais très « roman anglais » aussi. J’en lirai sûrement d’autres de cette autrice plus tard.
    Posté par canthilde, 25 juillet 2008 à 11:06

    Je ne connais pas cet auteur! Noté! J’aime beaucoup la littérature anglaise de cette époque!
    Posté par chiffonnette, 25 juillet 2008 à 21:39

    Moi aussi, tout particulièrement lorsque l’auteur et/ou le personnage principal est une femme ! j’ai donc profité du challenge pour en découvrir plusieurs qui me semblaient prometteuses. Dans une semaine, je pars en vacances avec « Miss Marjoribanks » de Margaret Oliphant !
    Posté par canthilde, 26 juillet 2008 à 13:17

    Comment fais-tu pour pêcher ces auteurs quasi inconnus? Et en sus de cela, pour choisir ou tomber sur des bons, pour ma plus grande joie, d’ailleurs, parce qu’il ne me reste plus qu’à déguster les plats que tu nous présentes…
    Posté par sybilline, 31 juillet 2008 à 18:59

    Dans ce cas précis, j’ai cherché un auteur classique en E, quand j’en ai trouvé un dans la littérature anglaise du XIXe siècle, je n’ai pas cherché plus loin !
    J’aime bien faire des recherches bibliographiques sur une époque, un pays. Par exemple, je compte m’intéresser de plus près au XVIIIe siècle. Certes, il y a pas mal d’auteurs inconnus du grand public, mais fréquentés par les chercheurs et enseignants. Le problème, c’est que les anthologies ont tendance à faire un tri sévère et beaucoup d’auteurs disparaissent des esprits, quel qu’ait pu être leur succès à leur époque.
    Posté par canthilde, 01 août 2008 à 11:22

    Ton idée de prospecter le XIXème, et même le XVIIIème me met l’eau à la bouche parce que comme toi, j’aime découvrir des trésors cachés (bien que je sois moins bonne chercheuse que toi) et parce que c’est un projet franchement original dans la sphère des blogs!
    Je suis tout à l’affût de la suite…
    Posté par sybilline, 01 août 2008 à 16:53

    La suite dépendra de mon emploi du temps 2008-2009 certainement plus chargé que celui de 2007-2008 (nouveau boulot) ! Entre les polars à découvrir, les sagas fantasy à suivre, et quelques challenges, je vais sûrement devoir faire des choix. Ce n’est pas une mauvaise chose, l’oisiveté ça va un temps…
    Posté par canthilde, 01 août 2008 à 21:44

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