Skip to content

Pouvoir et violence sexiste

1 août 2008

Voilà un petit livre dérangeant, qui ne brosse pas dans le sens du poil. Militant, il regroupe des articles et des conférences données par Andrea Dworkin (1946-2005), féministe américaine engagée, dénonçant inlassablement le patriarcat, la pornographie, la prostitution.

Les textes regorgent de phrases lumineuses, radicales. On a vraiment l’impression d’atteindre un autre niveau de conscience en la lisant. On partage son désespoir face à cette société sclérosée (les choses n’ont malheureusement pas beaucoup évolué depuis la fin du siècle dernier) ; on se sent aussi pleine de courage pour continuer à mener sa vie selon ses convictions, avec des outils pour contrer la propagande qu’on nous assène.

Parmi les textes marquants :

« Tuerie à Montréal » : Un discours commémorant le massacre de quatorze étudiantes de l’Ecole Polytechnique en 1989 à Montréal, par un fou furieux antiféministe. Elle y réfléchit sur la place des femmes dans la sphère publique, qui connaît encore des obstacles culturels.

« Le pouvoir » : Une analyse implacable de la domination masculine, le texte le plus radical avec la définition du soi masculin comme « un parasitisme exercé sans le moindre embarras ».

« Prostitution et domination masculine » : A toutes les personnes qui trouvent la prostitution excitante, en font de belles analyses intellectuelles autour de la notion de liberté, Dworkin leur dit littéralement de mettre le nez dedans. Le malaise est palpable.

La prostitution n’est pas une idée. C’est la bouche, le vagin, le rectum, pénétrés d’habitude par un pénis, parfois par des mains, parfois par des objets, pénétrés par un homme et un autre et encore un autre et encore un autre et encore un autre. Voilà ce que c’est.
Je vous demande de penser à vos propres corps – si vous arrivez à vous abstraire du monde que les pornographes ont créé dans vos esprits, celui où flottent en aplat, sans vie, des bouches, des vagins et des anus de femmes. Je vous demande de penser concrètement à vos propres corps, utilisés de cette façon. Est-ce sexy ? Est-ce agréable ? Les gens qui défendent la prostitution et la pornographie veulent que vous ressentiez un petit frisson pervers à chaque fois que vous pensez au fait de plonger un objet dans une femme. Je veux que vous ressentiez ses tissus délicats que l’on maltraite ainsi. Je veux que vous ressentiez ce qu’on ressent quand cela se produit encore et encore et encore et encore et encore et encore et encore ; parce que c’est cela la prostitution. La répétition vous tuera si ce n’est pas l’homme qui le fait. [p. 77-78]

Andrea Dworkin a connu personnellement la violence et la prostitution. On sent qu’elle revient de loin, mais elle puise une force impressionnante dans cette expérience. Ses textes possèdent une puissance rhétorique indéniable ; ses discours déchaînaient des ovations révélatrices. Sa pensée définit un projet politique humaniste, bien nécessaire…

Andrea Dworkin, Pouvoir et violence sexiste, Les Editions
Sisyphe et Martin Dufresne, 2007, 120 pages.

Publicités
One Comment leave one →
  1. 15 août 2011 18:34

    Je lirai sans aucun doute. Il y a longtemps que je n’ai pas mis mon nez dans un essai, et celui-ci a l’air d’être non seulement intéressant mais salvateur!
    Posté par chiffonnette, 02 août 2008 à 07:57

    J’ai du mal avec les essais. Pourtant celui-ci semble bien intéressant! Peut-être que….si je tombe sur ce titre à la médiathèque.
    Merci pour cet acte militant
    Posté par katell, 02 août 2008 à 19:28

    Voilà un témoignage intéressant qui démontre que les prostituées ne sont jamais des femmes qui » font ce qu’elles veulent de leurs corps » comme on l’entend dire trop souvent par des individus des deux sexes!
    Posté par Dominique Poursi, 07 août 2008 à 10:03

    Contente que ce thème trouve un écho chez vous ! Baucoup de discours puants circulent actuellement à ce sujet. Il y a effectivement l’idée que les prostituées sont libres et aiment ce qu’elles font, ce qui relève surtout de l’ignorance et du fantasme. Mais il y a aussi un affreux discours de classe, encore entendu récemment, qui consiste à dire qu’il faut « des gens comme ça » pour servir de soupape à la société et limiter le nombre de viols. Sous-entendu : c’est bien qu’il y ait de pauvres femmes qui ne sachent rien faire d’autre pour éviter que les « femmes bien » soient violées. Ces personnes ajoutent souvent que la réouverture des maisons closes serait une bonne chose. Ce qui ne correspond à aucune réalité, quand on sait que le profil type du client de prostituées est le « bon père de famille » et que légaliser la prostitution n’empêcherait pas crimes sexuels et pédophilie…
    Posté par canthilde, 24 août 2008 à 11:46

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :