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Miss Marjoribanks

1 septembre 2008

Lettre O du Challenge ABC 2008

A la mort de sa mère, Lucilla Marjoribanks est, naturellement, éplorée, mais elle entrevoit surtout la possibilité d’accomplir sa plus grande ambition, devenir une personnalité incontournable de Carlingford. Renvoyée sans ménagement en pension par un père peu sentimental, elle devra attendre l’âge de 19 ans pour faire son entrée triomphale. Elle compte beaucoup sur la couleur verte de ses rideaux, tellement bien assortie à son teint, pour assurer le succès de sa première soirée.

Lucilla n’est pas une héroïne littéraire comme les autres. Grande, bien bâtie, sûre d’elle, manipulatrice et compatissante à la fois, elle a décidé d’investir la sphère publique et de ne pas se marier avant 29 ans, afin d’être un « réconfort pour son cher papa » (qui s’en fout complètement). Difficile de cerner le personnage à travers ses nombreuses déclarations candides, trop franches, qu’on a du mal à prendre pour argent comptant. Car enfin, Lucilla est le meilleur parti de la région et se voit souffler tous les maris potentiels par la première mijaurée qui passe, et ce, en gardant son teint et son appétit et en assurant à qui veut l’entendre qu’heureusement, ses sentiments n’avaient pas eu le temps de se développer !

Margaret Oliphant, écrivaine victorienne prolifique et très célèbre en son temps, a écrit ses « Chronicles of Carlingford » à l’image des « Chronicles of Barsetshire » d’Anthony Trollope. Chaque roman se concentre sur une intrigue particulière, mais des allusions aux autres histoires sont régulièrement faites. Véritable hymne au confort bourgeois, ce roman est particulièrement drôle, ironique, impitoyable avec les personnages, notamment dans la troisième partie, qui accomplit ce fameux bond de dix ans planifié par Lucilla. L’image des femmes est ambiguë. La personnalité phénoménale de Lucilla est bien mise en avant mais l’autrice ne ménage aucune pique laissant supposer qu’elle agit surtout à l’instinct. Par exemple, lors de la campagne électorale de la troisième partie, Lucilla claironne qu’elle n’y connaît rien aux partis politiques mais qu’elle soutient « l’homme qu’il faut » pour Carlingford, et emploie alors toute son énergie à confectionner des rubans portant ses couleurs. Un bon exemple de l’imbrication du public et du privé chez ce personnage, qui frôle toujours le ridicule tout en parvenant à imposer ses opinions à toute la communauté.

J’ai passé un bon moment avec ce roman, au point d’envisager lire l’intégralité des Chronique un jour. L’oeuvre d’Oliphant n’a cependant pas été traduite en français, les éditions anglaises sont difficiles à trouver et mêmes les sites de livres électroniques sont à la traîne. Je donne donc ma priorité à Trollope, qui devrait m’occuper un moment !

Margaret Oliphant, Miss Marjoribanks, Penguin
Books, 1998, 497 pages (première édition en 1866).

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  1. 23 août 2011 10:14

    Bonjour. Tu me fais découvrir une auteure. Je vais noter ce titre. « en gardant son teint et son appétit… » me fait penser à certains passages d’Austen, quand ses héroïnes ont des chagrins d’amour. Elle utilise beaucoup cette idée. J’aime bien Trollope aussi (je n’ai lu que le premier du cycle du Barsetshire mais les adaptations d’autres de ses oeuvres m’ont beaucoup plu.
    Posté par Isil, 11 septembre 2008 à 09:06

    On compare parfois « Miss Marjoribanks » à « Emma » de Jane Austen, pour le côté entremetteuse, sans doute, mais le style est très différent, elle tourne davantage ses personnages en ridicule. Je n’ai regardé aucune adaptation de Trollope mais j’ai vu qu’elles ne manquaient pas en Angleterre ; ça me tente bien ! Si tu as lu « The Warden », « Barchester Towers » est incontournable : on y retrouve les mêmes personnages, la satire de la religion atteint des sommets et c’est tout simplement le livre le plus drôle que j’aie jamais lu.
    Posté par canthilde, 11 septembre 2008 à 10:34

    J’ai vu justement une vieille adaptation de 1979 de « The Warden »+ »Barchester towers ». L’image a vieilli mais c’est jubilatoire et effectivement ça m’a donné envie de lire « BT ». Je parle de l’adaptation de « The way we live now » sur mon blog et « He knew he was right », celle que j’ai le plus aimé.
    « Emma » est certainement l’oeuvre d’Austen dans laquelle elle tourne le plus les personnages en ridicule. Plus, je me demande ce que ça peut donner mais j’aime la caricature donc, je suis preneuse.
    Posté par Isil, 11 septembre 2008 à 13:26

    Vu ce que tu en dis sur ton blog, je ne vais pas pouvoir faire autrement que de regarder tout ça ! Et puis Cranford aussi…
    Pour Emma, disons que chez Auste la caricature n’est pas trop méchante, les personnages restent touchants. Là, en plus d’avoir d’avoir des penchants peu recommandables, les personnages sont très hypocrites. Finalement, ma préférée était Barbara, la rivale sans vergogne !
    Posté par canthilde, 12 septembre 2008 à 10:09

    Comme Isil, je découvre ce roman avec toi (et même l’auteur, dont j’avais croisé le nom mais que j’avais complètement oublié). Je vais tenter de le trouver quand j’aurai avancer dans mes lectures victoriennes.
    Posté par Lou, 17 septembre 2008 à 11:28

    Pareil que Lou et Isil… voilà un auteur à découvrir!
    Posté par choupynette, 23 septembre 2008 à 15:57

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