Skip to content

Le Voyage d’Hawkwood

3 septembre 2008

Ma grosse déception de la rentrée ! Autant être honnête avec vous, j’ai interrompu ma lecture à la page 64, donc les défauts que je vais pointer dans cette note s’améliorent peut-être par la suite… Je n’irai pas vérifier !

« Les Monarchies Divines » est une pentalogie fantasy alléchante au premier abord. Il y est question d’un ordre religieux tout puissant qui tente d’éradiquer la magie, d’une armée d’envahisseurs menaçant tout le royaume, d’un héros aventurier qui part à la découverte d’un nouveau continent. On trouve des lycanthropes, des moines qui farfouillent dans les manuscrits et, très certainement, des guerriers sexys et désabusés.

Surtout, les forums spécialisés ne tarissent pas d’éloges sur l’oeuvre de Kearney. C’est censé représenter le meilleur de la production actuelle. D’après la quatrième de couverture, « fresque épique en cinq volumes, écrites d’une plume particulièrement raffinée, Les Monarchies Divines raviront tous les amateurs d’une fantasy mature, puissante et ténébreuse. »

Dès le début, j’ai fait la grimace. Les phrases étaient à la fois simplistes et alambiquées ; elles avaient quelque chose de bizarre, que je n’arrivais pas à identifier. Le prologue était d’un manque d’originalité flagrant : l’attaque de l’équipage d’un navire par une créature mystérieuse et terrifiante, pour nous mettre dans l’ambiance. Le procédé a déjà été utilisé, par exemple dans A Game of Thrones de George R.R. Martin, avec beaucoup plus de panache que les six pages de Kearney.

Puis on attaque l’histoire proprement dite, où l’auteur fait preuve d’une imagination débridée pour les noms de lieux et de personnages. La cité sacrée d’Aekir, pourquoi pas ; la cathédrale de Carcasson : à croire qu’il a pris une carte de France pour trouver des noms exotiques, mais ça ne marche pas tellement sur moi.

Je me rends enfin compte du problème du texte. Non seulement il est mal écrit, parsemé de phrases brèves commençant par « et », censées donner du rythme (la « puissance » signalée plus tôt, sans doute), mais il est manifestement très mal traduit. Il y a une débauche d’adjectifs qui apportent plus de confusion que de précision (« l’intrus téméraire et tremblant », p. 23), des tournures de phrases extrêmement maladroites qui cassent l’effet recherché : « une atmosphère lugubre de viande légèrement brûlée et écoeurante dérivait en mer, plus grasse et sale que la pire odeur d’égout », p. 31 (on l’aura compris, ça pue).

Au niveau de la « maturité », on a des personnages ambigus, très brutaux et cyniques. Les femmes n’occupent que des rôles secondaires d’épouses ou courtisanes, sans compter la petite lycanthrope. L’écriture est grossièrement androcentrée, mon motif principal pour abandonner la lecture de la série. Les héros ont des rapports malsains avec leurs femmes, empreints de violence. Ainsi, sur sa femme probablement violée et assassinée par les envahisseurs, Corfe commente : « Espèce de garce idiote. Il lui avait répété cent fois de s’en aller, de partir avant que les lignes de siège ne commencent à envahir la cité. » (p.21) De son côté, Hawkwood, censé être le héros du roman, vous savez, celui auquel on s’identifie, viole brutalement son amante dès son retour de voyage, ce qu’elle semble apprécier, et se pose lui aussi comme l’être rationnel face à la créature émotive : « Il l’avait fait avorter voilà deux ans – parce qu’elle insistait. Une vieille fouine des quartiers pauvres de la cité avait fait ça dans une pièce exiguë. Elle ne lui dirait jamais si l’enfant était de lui ou pas. Peut-être ne le savait-elle pas elle-même. Parfois il y songeait. » (p. 61) (notez les superbes phrases laconiques à la fin du paragraphe)

L’écriture de Kearney m’a plongée dans les ténèbres de la perplexité. Vous comprendrez que cela m’a suffi et que j’ai effectué une petite recherche pour découvrir s’il existait des points de vue alternatifs sur cette série, ce qui a donné lieu à un échange intéressant sur le blog Hugin & Munin. Avec l’avalanche de livres de qualité médiocre qui sortent, le tri s’impose !

Paul Kearney, Le Voyage d’Hawkwood, Editions du
Rocher, 2004, 370 pages (Hawkwood’s Voyage, 1995).

Advertisements
One Comment leave one →
  1. 18 août 2011 11:29

    Moi j’ai été jusqu’à la fin ! Je précise que j’étais parti en vacances avec le cycle, et que j’avais épuisé mes autres lectures. J’ai donc vaillamment lutté jusqu’au bout, motivé par une sorte de curiosité mal placée.

    Je peux donc confirmer : à aucun moment cela ne s’améliore ! Ah si, on croise d’autres personnages féminins pathétiques comme la petite princesse intelligente mais pas jolie et donc manquant de confiance en elle, heureuse de s’abandonner à la protection de son roi. Et qui, à la mort de celui-ci, se réfugie dans les bras du premier homme fort qui saura lui apporter sa protection…
    Ma note sur la fin du cycle est ici :
    http://hu-mu.blogspot.com/2008/06/choral-fantasy-kezaco.html
    Posté par Munin, 04 septembre 2008 à 18:39

    C’est vraiment terrible ! Il faut prendre la résolution de ne plus finir de mauvais cycles « pour voir comment ça se termine », les abandonner, vaillamment, sûre de son opinion. J’en fais la promesse !
    Posté par canthilde, 04 septembre 2008 à 23:01

    Bon… si je comprends bien, à ne pas lire! Dommage, la couverture était jolie!!!
    Posté par Karine, 05 septembre 2008 à 01:00
    Bonne résolution

    Je propose comme slogan : « cet été, abandonnez-les ».
    Posté par Munin, 05 septembre 2008 à 09:56
    Merci pour cette critique

    J’ai entamé le T1 après avoir lu AZTECHS de Lucius Shepard. Je vous laisse imaginer la déconvenue.
    Je me suis dit : « Donne lui une chance », mais non finalement j’arrête à la fin de la 1ère partie.
    Pour illustrer mon propos, je ne peux résister à l’envie de vous citer le début du 7ème chapitre (p103): « La pluie tombait continuellement, pleurant probablement la chute de la Cité de Dieu ». Pour moi c’est le ciel qui pleure, pas la pluie
    En un mot comme en cent : mauvais
    Merci pour cette critique qui change de l’enthousiasme général pour ce cycle

    Ugla
    Posté par Ugla, 06 septembre 2008 à 16:57

    Karine : Mouais, le coucher de soleil avec des crocs fait très kitsh ; joli dégradé, on va dire…

    Munin : Je préfère qu’on abandonne de mauvais livres plutôt que des gentils chiens ! Mais celui-ci est trop mauvais même pour participer à Book Crossing.

    Ugla : Merci pour ton courage qui m’apprend que ça ne s’arrange pas par la suite. Parfois, il faut suivre son intuition qui nous dit : « Qu’est-ce que c’est que cette daube à vomir ?! ». On se demande ce que les autres ont pu y trouver ; ça fait peur quant aux autres critiques enthousiastes trouvées au même endroit. Je suis en train de me concocter une liste de lecture alors j’ai besoin d’avis fiables et non bêtement suiveurs.
    Posté par canthilde, 10 septembre 2008 à 10:42

    J’adore quand tu n’aimes pas un livre, Canthilde! Ca donne un billet savoureux!
    Posté par sybilline, 10 septembre 2008 à 12:57

    Si déjà le bouquin est naze, une mauvaise traduction c’est vraiment le comble. ^^;
    Posté par Youplala, 10 septembre 2008 à 16:03

    Sybilline : OK, je promets de lire plein de daubes et de publier des notes passionnantes… Heu… je préfère quand même tomber sur de bons livres !
    Youplala : Effectivement, il n’y a rien à sauver. C’est la traduction à la hache qui saute d’abord aux yeux, ensuite on se rend comte qu’en plus, l’histoire et les personnages sont nuls ! Si ce n’était que la traduction, j’aurais pu persévérer parce que c’est un problème récurrent dans la SF, malheureusement…
    Posté par canthilde, 11 septembre 2008 à 10:37
    merci!

    hello, merci pour ces commentaires… J’ai commencé le livre il y a quelques jours – suite à une recommandation d’une de mes amies qui a beaucoup aimé « malgré que cela reste barbare » m’a-t-elle écrit… comme je suis en générale une dévoreuse de littérature fantastique, je me suis demandée si je devais persévérée car après 2h de lecture, j’ai eu envie d’abandonner….. je vais donc lire le feu de la sorcière, on verra si je croche…!
    merci!
    Posté par ellana, 03 janvier 2009 à 14:45
    De rien !

    Ca m’a fait exactement le même effet que toi ! Pas de regret à avoir, la vie est trop courte pour se farcir des daubes pareilles. Bonnes lectures.
    Posté par canthilde, 04 janvier 2009 à 18:29

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :