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The Small House at Allington

6 octobre 2008

C’est à la belle saison, dans le jardin de la petite maison d’Allington, que se noue une idylle entre Lilian Dale et Adolphus Crosbie, collègue et ami de son cousin vivant, lui, dans la grande maison d’Allington. La mère de Lily, veuve et mère de deux filles, vit en effet gracieusement dans le voisinage de son auguste beau-frère, Mr Dale, dont la générosité s’arrête là. Bell et Lily n’ont aucune fortune, ce que finit par découvrir Crosbie, plus intéressé qu’il n’y semblait… L’ambitieux jeune homme fait ses calculs, décide qu’en aucune façon, il ne pourra vivre heureux en tant qu’époux et père de famille avec ses faibles revenus d’employé de bureau, et renoue des liens quelque peu négligés avec certaine rejetonne de la noble famille de Courcy. Lâche, il annonce la nouvelle de ses autres fiançailles par courrier aux Dales, brisant le coeur de Lily.

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais ce serait oublier le talent de Trollope pour les fines observations sociologiques. Autant le reconnaître, j’ai éprouvé un intérêt limité pour l’héroïne principale du roman, Lily, qui supporte bravement le deuil de son amour. Elle est pourtant touchante, très vivante, impertinente dans ses petites remarques. Mais elle n’apparaît pas tant que ça et reste passive dans l’intrigue.

C’est plutôt la narration du mariage de Crosbie qui a constitué pour moi le coeur du roman. Ici, on passe à la satire sociale la plus féroce. Crosbie découvre bien avant ses noces proprement dites qu’il épouse non seulement une acariâtre trentenaire, mais aussi toute sa famille et ses petites intrigues rances et mesquines. Le pire étant que les de Courcy ne sont pas si riches que ça, il épouse surtout un titre ! Des descriptions très précises des achats pour l’installation du jeune couple sont données ; il s’agit surtout de donner l’impression qu’on occupe un certain rang dans la société.

The same thing happened in Oxford Street with reference to the chairs and sofas, and Crosbie began to wish that he were settled, even though he should have to dress himself in the closet below the kitchen-stairs. He was learning to hate the whole household in St. John’s Wood, and almost all that belonged to it. He was introduced there to little family economies of which hitherto he had known nothing, and which were disgusting to him, and the necessity for which was especially explained to him. It was to men placed as he was about to place himself that these economies were so vitally essential—to men who with limited means had to maintain a decorous outward face towards the fashionable world. Ample supplies of butchers’ meat and unlimited washing-bills might be very well upon fifteen hundred a year to those who went out but seldom, and who could use the first cab that came to hand when they did go out. But there were certain things that Lady Alexandrina must do, and therefore the strictest household economy became necessary. Would Lily Dale have required the use of a carriage, got up to look as though it were private, at the expense of her husband’s beefsteaks and clean shirts? That question and others of that nature were asked by Crosbie within his own mind, not unfrequently. [p. 441]

Je n’ai pas trouvé que ce cinquième des Chroniques de Barchester était le meilleur. Il se limite trop aux intrigues sentimentales, souvent avortées, d’ailleurs. Restent des scènes drôlatiques avec les personnages secondaires, où Trollope a visiblement mis beaucoup de lui-même. Le personnage de John Eames, par exemple, est complètement autobiographique. On sent l’indulgence pour ce grand gaillard encore bien niais qui se débat dans une relation sans issue avec la fille de sa logeuse, tout en idolâtrant Lily Dale. On fait aussi connaissance avec le jeune Plantagenet Palliser, appelé à jouer un rôle de premier plan dans la série suivante de l’auteur, pour l’instant aux prises avec une rumeur sur ses possibles amours avec la belle lady Dumbello, rivale de Lucy Robarts dans Framley Parsonage (quand on sait que Planty et Griselda s’adressent à peine la parole tellement ils sont froids et snobs, on se dit qu’il ne faut pas grand chose à leur entourage pour cancaner !).

Le pessimisme affleure dans le paisible petit monde rural de Barchester. On sent que les choses ne sont plus ce qu’elles étaient, que les gens se permettent bien des choses que la morale réprouve, qu’ils n’auraient pas osées auparavant. L’argent prend le pas sur toutes les autres valeurs avec l’entrée dans la modernité. L’auteur, conservateur, condamne les gens de condition moyenne qui ne se contentent pas de leur situation. Un thème qui, je crois, est encore plus présent dans les dernières Chroniques.

Anthony Trollope, The Small House at Allington,
Penguin Classics, 2005 (première édition en 1864), 665 pages.

Chronicles of Barsetshire :

The Warden
Barchester Towers
Doctor Thorne
Framley Parsonage
The Small House at Allington
The Last Chronicle of Barset

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One Comment leave one →
  1. 23 août 2011 10:10

    Je n’ai pas encore lu le deuxième de la série mais comme j’avais aimé la série BBC qui en avait été tirée, ce n’est qu’une question de temps. « The warden » m’a bien plu même si ça ne semblait être qu’une petite entrée en matière.
    Posté par Isil, 08 octobre 2008 à 14:30

    Après avoir vu l’excellente adaptation de la BBC, j’ai acheté The way we live now;.. il faudra que je trouve le temps car c’est un sacré pavé! Un auteur, qui, je crois, n’a pas été traduit en français, ou très peu non?
    Posté par choupynette, 08 octobre 2008 à 19:35

    Pour des raisons que je m’explique mal, vu la lenteur des romans, j’aime beaucoup lire Trollope en VO. Toutefois, j’ai été relativement déçue par ce roman. Lily m’a semblé d’un romantisme crasse, complètement à côté de la réalité de la vie. Bref, elle m’a énervée.
    Je trouve intéressant que tu fasses du mariage de Crosbie « le coeur du roman »: Trollope est, dans ces passages, d’une féroce cruauté. Et drôle, mais alors vraiment, d’une façon que l’on prête rarement aux auteurs « classiques ».
    Est-ce pour autant le point d’équilibre du livre? Pas pour moi. Je le situerais davantage dans l’affrontement, longtemps larvé, entre Crosbie et Eames (quoique ce dernier ne soit pas aussi sympathique que Trollope voudrait nous le faire croire). Et surtout, dans leurs trajectoires croisées, de l’ombre à la lumière pour l’un, du succès au désavoeu pour l’autre. C’est un roman que j’ai trouvé très moraliste, au fond.
    Bon, il est vrai que contrairement à toi, je n’ai pas de vue d’ensemble sur la série…
    Posté par ekwerkwe, 08 octobre 2008 à 21:13

    Isil : le tome 2 de la série développe bien The Warden ; les 3-4-5 introduisent de nouvelles intrigues et personnages ; le dernier, que je commence, fait une synthèse de tout ça et c’est génial !

    Choupynette : Il paraît que c’est un de ses meilleurs romans. En effet, l’oeuvre de Trollope est peu traduite, seulement la série Palliser et le début des Chroniques de Barchester, mais il a écrit une cinquantaine de romans en tout !

    Ekwerke : Je comprends ce que tu veux dire, il y a un plaisir de lecture qui s’explique autrement que par le panache et la virtuosité. Pour ma part, j’aime beaucoup l’atmosphère anglaise, les histoires de jeunes filles pauvres à marier, les scandales autour du clergé…
    Pour moi aussi, le romantisme de Lily était agaçant. Trollope m’avait habituée a plus de réalisme ironique mais après tout, les chagrins d’amour font aussi partie de la vie… Je n’ai pas trop aimé Eames non plus, on voit bien la double morale victorienne : d’un côté les filles du peuple avec lesquelles on peut s’amuser, de l’autre les vraies ladies qu’on respecte et qu’on veut épouser. Amelia Roper ne me semblait pas moitié aussi horrible que l’auteur voulait nous le faire croire.
    Posté par canthilde, 10 octobre 2008 à 12:23

    Que les chagrins d’amour fassent partie de la vie, c’est indéniable. Et par ailleurs, il y a bien peu d’élégance à cracher sur un amour qui a déçu. Pour autant, faut-il se refuser à tirer toute leçon, sous prétexte que ce premier amour est pur, entier et intouchable? J’aime les héroïnes orgueilleuses et obstinées – mais Lily m’a juste semblé être une tête-à-claques somme toute assez bécasse.
    Concernant Amelia Roper et les ambivalences de la morale victorienne, je suis absolument et parfaitement d’accord avec toi!
    Posté par ekwerkwe, 10 octobre 2008 à 19:52

    Et je peux te dire que Lily ne s’arrange pas dans le tome suivant ! Elle met toujours l’amour au-dessus de tout et elle est prête à accepter n’importe quoi de la part de son dieu vivant. J’en suis à la moitié, on verra bien comment ça tourne…
    Posté par canthilde, 15 octobre 2008 à 13:21

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