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The Last Chronicle of Barset

27 octobre 2008

Ce sixième volume des Chroniques de Barchester en constitue une synthèse magistrale. On retrouve tous les personnages auxquels on s’était attachée depuis le début : certains ont progressé, d’autres stagné, quelques uns sont sur le point de faire leur dernière révérence du fait de leur grand âge. On retrouve ainsi Mr Harding, l’anti-héros de The Warden, bien diminué par la vieillesse, ainsi que Mrs Proudie, la féroce épouse de l’évêque de Barchester, en rien diminuée pour sa part. Mais avant tout Mr Crawley, dont les malheurs constituent l’intrigue principale.

Les soupçons pesant sur Mr Crawley semblent à première vue inimaginables. Quoi ! un ecclésiastique aussi irréprochable, qui n’hésitait pas à faire une longue route pour reprocher à son jeune collègue, Mr Robarts, de s’adonner à la chasse, irait voler un chèque de 20 livres ? C’est pourtant le constat accablant auquel aboutit Mr Soames, persuadé d’avoir perdu le chèque chez Mr Crawley, qui en aurait honteusement profité pour régler ses dettes auprès du boucher. Les Crawleys vivotent piteusement dans la paroisse d’Hogglestock, les faibles revenus du vicaire couvrant à peine les besoins de sa famille, qu’une sévère mortalité infantile a réduite à trois enfants. Grace, la fille aînée, entretient de doux sentiments pour le major Grantly, qui aimerait l’épouser, mais le scandale éclaboussant la famille Crawley met un frein à ces projets.

L’intrigue secondaire met en scène les relations semi-mondaines de John Eames, cousin de Grace Crawley, pour un vaudeville à rebondissements multiples. Son ami Conway Dalrymple , peintre sans le sou, fréquente assidûment la belle Mrs Broughton. Celle-ci, pour éviter tout scandale, souhaiterait le voir épouser la fille d’une connaissance de son mari, Miss Clara Van Siever. Conway, peu enclin à obtempérer, est néanmoins frappé par la beauté carnassière de la jeune femme. Il lui propose de poser pour un tableau représentant « Jael and Sisera », un compliment plutôt ambigu de la part d’un gentleman pour une lady*. On assiste à de longues scènes de pose de Clara en turban, tandis que Mrs Broughton alterne scènes de jalousie et encouragements de Conway à déclarer son hypothétique flamme. On se demande où tout de petit monde veut en venir avec ce marivaudage compliqué…

La façon dont Trollope mène les relations entre ses personnages est tout à fait passionnante. Dans les cinq premières Chroniques, je trouvais que les différentes intrigues avaient peu de liens entre elles, à part la proximité géographique. Ici, on comprend un peu mieux l’agencement des relations familiales et amicales ; on assiste aussi à de nouveaux rapprochements. L’auteur tient au réalisme et présente des personnages imparfaits, souvent agaçants : John Eames et sa manie de courir plusieurs lièvres en même temps tout en harcelant Lily Dale de demandes semestrielles en mariage ; l’injustice de cette même Lily qui lui reproche ses affections extérieures tout en lui refusant la sienne. Le héros de l’intrigue principale, Mr Crawley, est un personnage magnifiquement ambigu : ecclésiastiques pauvre mais parfaitement cultivé, irascible mais prévenant envers les habitants les plus défavorisés de sa paroisse, tête en l’air au point de passer pour un fou mais d’une fierté inaltérable.

L’humour est bien présent et j’ai retrouvé l’ironie jubilatoire de Barchester Towers, jusque là mon préféré de la série. Portraits lapidaires, dialogues acides, personne n’est épargné par le ridicule, qui opère à plusieurs reprises une féroce critique sociale.

« Dear old Huffle Snuffle. He is such an ass; and yet he’s had wit enough to get to the top of the tree, and to keep himself there. He began the world without a penny. Now he has got a handle to his name, and he’ll live in clover all his life. It’s very odd, isn’t it, Mrs Dale? »
« I suppose he does his work? »
« When men get so high as that, there’s no knowing whether they work or whether they don’t. There isn’t much for them to do, as far as I can see. They have to look beautiful, and frighten the young ones. »
« And does Sir Raffle look beautiful? » Lily asked. »After a fashion, he does. There is something imposing about such a man till you’re used to it, and can see through it. Of course it’s all padding. There are men who work, no doubt. But among the bigwigs, and bishops and cabinet ministers, I fancy that the looking beautiful is the chief part of it. » (p. 353-354]

La question qui agite cette petite communauté, c’est avant tout de savoir ce qui définit un gentleman ou une lady. La fille d’un voleur peut-elle épouser un héritier de bonne famille ? Un vicaire au pantalon boueux parce qu’il n’a pas de quoi se payer une voiture peut-il parler d’égal à égal avec l’évêque ? Beaucoup de personnalités éminentes de Barchester ont tendance à considérer que c’est la fortune qui fait le gentleman. Pourtant, on ne peut nier que la maîtrise du grec et du latin pose son homme en société. Et, même chez une jeune fille pauvre, portant une robe minable, la grâce et le maintien, que seule une éducation convenable peut apporter, la distingueront au premier regard regard d’une vulgaire aventurière.  C’est dans ce sens que Grace Crawley peut quand même être considérée comme une lady, tandis que ce statut ne pourra jamais être accordé à Madalina Demolines.

Mon seul regret à la lecture de cette série aura été d’avoir attendu plusieurs années entre chaque tome, oubliant parfois quels personnages étaient impliqués dans telle ou telle péripétie. Je conseillerais donc, dans la mesure du possible, de lire les six sans trop attendre entre chacun ! J’avais le cœur serré en arrivant à la fin, où l’auteur nous prend par le bras pour un dernier tour de la ville de Barchester, avec sa cathédrale si chère à Mr Harding.

Tableau Giaele e Sisara d’Artemisia Gentileschi
* Episode biblique où Yael accueille le chef de l’armée ennemie en fuite,
Sisra, et lui plante un piquet de tente dans le crâne pendant son sommeil.

Anthony Trollope, The Last Chronicle of Barset, Oxford
World’s Classics, 2001, 891 pages (première édition en 1867).

Chronicles of Barsetshire :

The Warden
Barchester Towers
Doctor Thorne
Framley Parsonage
The Small House at Allington
The Last Chronicle of Barset

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One Comment leave one →
  1. 23 août 2011 10:09

    Il va intégrer mes étagères avec ses frères et soeurs je pense! Merci pour cette découverte!
    Posté par chiffonnette, 28 octobre 2008 à 20:19

    Je suis heureuse de te l’avoir fait découvrir, encore plus si ça te plaît ! Trollope écrivait des gros pavés très denses, un style qui joue sur les répétitions mais un humour dévastateur aussi. Et puis il a un vrai sens des personnages, il retranscrit très bien l’ambivalence de tout un chacun. Il faudra me dire ce que tu en penses.
    Posté par canthilde, 29 octobre 2008 à 08:04

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