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Bartleby

6 novembre 2008

Le narrateur de cette nouvelle se présente comme un homme calme, effacé, affectionnant une vie simple et sans remous. Juriste dans un bureau de Wall Street, il emploie trois scribes à recopier les actes juridiques. Rien de plus ennuyeux que cette occupation, qui consiste à copier et à relire des monceaux de paperasse. Jusqu’à l’arrivée de Bartleby, un employé transparent, qui va causer l’unique problème dans la carrière sans nuage du héros. Bartleby refuse toute tâche sortant du cadre étroit de son travail de scribe. « I would prefer not to », réplique-t-il à chaque directive, pourtant raisonnable, de son employeur. D’une nature faible et hésitante, celui-ci laisse pourrir la situation, qui va complètement le dépasser.

Et là, j’aimerais râler un bon coup contre mon édition, qui propose une traduction très limite de ce « I would prefer not to. »  « J’aimerais mieux pas » est la version française proposée, ce qui ne me semble correspondre ni au sens, ni au registre de langage de la phrase originale. Du coup, on perd de la truculence de l’histoire, quand les autres employés se mettent à utiliser le verbe « préférer » à tort et à travers, puisqu’ici ils utilisent « aimer » à la place…

J’ai beaucoup aimé cette incursion dans le monde des bureaux, avec ses descriptions drôlatiques de personnages. Par exemple, la façon très élégante de parler du vice de Dindon sans le nommer :

Il me fallait au contraire faire de grands efforts pour empêcher Dindon de me discréditer. Ses vêtements avaient un aspect généralement graisseux et sentaient la taverne. L’été, il portait des pantalons plutôt lâches et ballants. Ses redingotes étaient exécrables ; son chapeau repoussant. Mais s’il est vrai que son chapeau m’était en grande partie indifférent, étant donné que la civilité et la déférence naturelle à un employé anglais le lui faisaient ôter dès qu’il entrait dans l’étude, sa redingote était une toute autre affaire. Au sujet de ses redingotes, j’essayais de lui faire entendre raison ; mais sans résultat. La vérité était, je suppose, qu’un homme disposant d’aussi maigres revenus ne pouvait se permettre d’arborer à la fois une redingote reluisante et un visage reluisant. Comme Pincettes l’avait un jour fait remarquer, l’argent de Dindon servait surtout à acheter de l’encre rouge. » [p. 15]

J’ai encore une fois apprécié le style tout en finesse d’Herman Melville, écrivain tombé dans l’oubli au moment de la publication de ce livre, dont les derniers écrits publiés de son vivant n’ont rencontré que peu d’échos (Moby Dick compris !).

Herman Melville, Bartleby, Editions Mille et une
nuits, 1994, 67 pages (première édition en 1853).

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One Comment leave one →
  1. 17 août 2011 10:40

    J’avais essayé de lire Moby Dick au début de l’adolescence mais j’ai abandonné. Je retenterais bien une lecture de l’auteur avec cette courte histoire tout à fait dans les thèmes que j’apprécie. Bizarre en effet cette traduction. A peine polie en plus face à un employeur alors qu’au contraire la version originale doit sembler déroutante par son côté très posé. Je vais peut-être chercher une version anglaise.
    Posté par Isil, 07 novembre 2008 à 13:36

    A lire en VO, donc!
    Posté par Karine :), 07 novembre 2008 à 18:41

    Oui, essayez plutôt en VO. Vu la longueur, ce n’est pas la mer à boire ! J’ai choisi une solution de facilité parce que je pouvais emprunter cette édition à quelqu’un.
    Posté par canthilde, 09 novembre 2008 à 14:41

    C’est quand même dommage, j’adore cette couverture.
    Posté par Isil, 09 novembre 2008 à 20:31

    Je trouve aussi. Ce n’était pas celle de mon édition, malheureusement. Peut-être que la traduction y est différente ?
    Posté par canthilde, 10 novembre 2008 à 11:03

    Je me souviens avoir lu (mais où? dans lequel de ses romans?) une assez brillante variation de Daniel Pennac sur « I would prefer not to ». C’est ce qui m’avait donné envie de lire Bartleby, mais je n’ai pas vraiment aimé finalement, je crois que je suis passée un peu à côté.
    Peut-être la VO est-elle nécessaire, en effet.
    Posté par ekwerkwe, 17 novembre 2008 à 22:33
    Il existe une autre édition

    mieux traduite, chez Allia. (La traduction est de Jean-Yves Lacroix)
    Posté par Le livraire, 24 novembre 2008 à 21:57

    C’est rassurant. Je n’aurais pas voulu décourager les lectrices de la lecture de ce texte très intéressant !
    Posté par canthilde, 25 novembre 2008 à 23:26

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