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Pauvre Miss Finch

30 novembre 2008

J’avais oublié le talent de Wilkie Collins pour nous entraîner dans des intrigues d’une efficacité diabolique. Après avoir lu ses romans les plus connus, j’étais passée à autre chose. Grossière erreur ! Pauvre Miss Finch n’a peut-être pas le titre le plus accrocheur qui soit (sans parler de la couverture) mais il est difficile de s’en détacher une fois le livre commencé !

On pourrait le résumer par une histoire d’amour tragique racontée avec un humour dévastateur. Le choix de Madame Pratolungo comme narratrice fait basculer l’ensemble vers la comédie. Veuve d’un médecin d’Amérique du Sud prônant la révolution, française jusqu’au bout des ongles, elle porte un regard impitoyable sur la bande d’Anglais coincés chez qui elle a échoué comme gouvernante d’une jeune femme aveugle, fustigeant « cette digne et nombreuse famille d’Anglais fort embarrassés de leurs mains en société et incapables de sortir d’une pièce ». Lucilla Finch détone au presbytère, pas tellement à cause de son handicap que de sa personnalité exhubérante. Elle s’enflamme pour un nouveau voisin au seul son de sa voix, elle n’hésite pas à lui exprimer franchement sa passion. La mauvaise critique de ce livre à sa sortie tient en grande partie à ce comportement sensuel de l’héroïne, propre à scandaliser l’Angleterre victorienne.

Je n’ai pas envie de dévoiler l’intrigue, la quatrième de couverture en dit déjà trop. Précisons que Wilkie Collins explore à nouveau le thème du double, à travers Oscar et Nugent, les frères jumeaux si dissemblables, et même jusqu’à la caricature avec les Dr Sebright et Herr Grosse (dont la retranscription de l’accent allemand est assez pénible à la longue).

Le roman repose sur une solide documentation sur la cécité, aussi bien au niveau physiologique que psychologique, et sur le traitement de l’épilepsie. Le poids des recherches ne se fait pas sentir mais il contribue indéniablement à créer des personnages très consistants, crédibles. Il réussit le beau portrait d’une aveugle, qui n’est en rien gênée dans la vie quotidienne par son handicap : vive, enjouée, déterminée, Lucilla n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort. Ses zones d’ombre ne nous sont pas épargnées pour autant, telle sa méfiance maladive envers son entourage, qu’elle soupçonne de vouloir la tromper. Tous les personnages ont cette ambiguïté et se montrent agaçants au plus haut point, avant de redevenir touchants. Pas le moindre manichéisme dans cette histoire, même le « méchant » l’est surtout à travers le regard de Madame Pratolungo, qui n’est pas du genre à verser dans l’objectivité dans son témoignage. Une vraie réussite dans le genre du roman à suspens.

Wilkie Collins, Pauvre Miss Finch, Editions
Phébus, 2005, 463 pages (Poor Miss Finch, 1872)

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One Comment leave one →
  1. 23 août 2011 10:08

    Ton billet me réjouit ! j’ai trouvé ce livre il n’y a pas longtemps, et je me demndé ce qu’il valait (Phébus réédite tous les romans peu connus du prolixe Wilkie Collins, et il y en a de moins « palpitants »…) Je vais me précipiter sur Miss Finch!
    Posté par Marie, 30 novembre 2008 à 17:51

    Après Cryssilda qui nous vante Wilkie un peu partout, voilà que je lis ce billet! Il faut vraiment que je le découvre!
    Posté par Karine :), 30 novembre 2008 à 18:54

    J’ai aimé La Dame en blanc. Je lirai d’autres Collins donc je note celui-ci. C’est vrai qu’il a un très bon sens du suspense.
    Posté par Isil, 30 novembre 2008 à 19:59

    Décidément, en ce moment, il « pleut » des Wilkie Collins de partout. Et chaque fois, c’est le même enthousiasme. Et dire que je n’en ai toujours lu aucun, alors que j’en possède presque une dizaine! En ce moment, c’est la Dame en blanc qui me fait de l’oeil. Alors, sapin oblige, pourquoi pas une petite lecture victorienne?
    Posté par Cléanthe, 01 décembre 2008 à 20:34

    Marie : Je pense qu’il se défend par rapport aux autres romans de Collins. Jusque là, il ne m’a jamais déçue, mais je suis loin d’avoir tout lu de lui…

    Karine : Parfois, parfois, quand plusieurs personnes disent du bien d’un auteur, c’est bon signe.

    Isil : Pour d’autres romans plein de suspense, tu peux lire « The Moonstone », « No Name », « Armadale ». Ce sont ceux qui m’ont le plus marquée.

    Cléanthe : Oui, c’est très tendance, en ce moment, la littérature victorienne ! Avec Wilkie, tu auras une petite dose de subversion en plus. Il interroge vraiment les valeurs de sa société et se soucie peu du convenable.
    Posté par canthilde, 03 décembre 2008 à 21:17

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