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Les Sondeurs vivent en vain

27 décembre 2008

Immensité de l’espace froid et hostile… Vertige face à la rapidité des vaisseaux bondissant de destination en destination… Désarroi de l’humanité en proie au mal de l’espace, confrontée à de nouvelles espèces télépathes…

On ne peut pas dire que Cordwainer Smith manquait d’ambition pour son cycle des « Seigneurs de l’Instrumentalité », paru dans les années 50. Ce premier volume, Les sondeurs vivent en vain, rassemble des nouvelles d’une vingtaine de pages chacune, la plupart bien construites, prenantes et émouvantes. Il y a quelques belles trouvailles, d’autres un peu tirées par les cheveux. Le ton général est assez mélancolique, même si la plupart des textes se terminent à peu près bien.

J’ai aimé le paradoxe des premiers grands voyages spatiaux, qui voient un pilote au corps modifié effectuer un trajet de quarante ans dans ce qui lui semble un mois seulement (la moindre pensée fugace prend en réalité plusieurs jours…).

Les partenaires félins télépathes combattant les dragons du Grand Extérieur, ces immenses entités malveillantes, m’ont bien sûr infiniment séduite.

Les premiers marins étaient partis presque cent ans auparavant. Ils avaient commencé avec de petites voiles photoniques qui ne dépassaient pas quatre mille kilomètres carrés. Leurs dimensions augmentèrent graduellement. L technique du conditionnement adiabatique et le transport des passagers en caisson individuel réduisaient les dommages en vies humaines. Ce fut une grande nouvelle quand un homme regagna la Terre, un homme qui était né et avait vécu à la lumière d’une autre étoile. C’était un être qui avait connu un mois de souffrances et de privations. Il avait ramené quelques hommes en état d’hibernation dans leur caisson, guidant l’immense vaisseau que poussait la lumière et qui avait fait la traversée en quarante année de temps objectif. [p. 193]

J’ai moins apprécié la mentalité typiquement années 50 de l’auteur, qui ne sort jamais de la vision du mariage comme seule vie de couple possible, avec des épouses douces et aimantes. Il se montre d’une homophobie caricaturale dans la nouvelle « Le crime et la gloire du commandant Suzdal », où il imagine une planète fatale à tout élément féminin, où l’humanité a du s’organiser différemment. On est loin de Storm Constantine dans le portrait de « ces êtres, ces fous furieux, ces hommes qui n’avaient jamais connu de femmes, ces garçons qui avaient grandi dans la concupiscence et dans l’amour du combat, ces êtres dont la structure familiale était impossible à accepter ou même à comprendre pour un cerveau humain. » [p. 406] Il est capable d’écrire des pages très poétiques sur l’éveil de la conscience chez des animaux modifiés, mais pas de pitié pour les « homosexuels barbus aux lèvres peintes, aux longs cheveux, aux oreilles ornées de grosses boucles » !

Je lui ai trouvé plus de talent dans les textes les plus courts que dans les plus longs d’entre eux, tels le sempiternel « La Dame défunte de la Ville des Gueux », qui vire à la religiosité de mauvais goût (du moins, c’est ainsi que je l’ai perçu). Avant de me lancer dans la suite, je la feuilletterai pour voir quel aspect Smith y aura privilégié…

Cordwainer Smith, Les Sondeurs vivent en vain, Editions
Gallimard, 2004, 617 pages (première édition en 1950).

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One Comment leave one →
  1. 14 juillet 2011 16:59

    J’ai toujours un peu de mal avec les nouvelles mais je le lirai quand même je pense parce que je suis toujours curieuse de la SF de ces années-là.
    Posté par Isil, 29 décembre 2008 à 11:17
    Avis divergent

    Je comprends que la lecture de ce tome t’ait laissé un avis mitigé, mais pour ma part je maintiens la position de ce cycle dans mon top 10. Certes, pas mal d’éléments sont datés, et M. Cordonnier Forgeron n’est pas un progressiste à tous crins (c’est cependant loin d’être un réac). Mais son oeuvre reste unique, par son inventivité, sa poésie, sa liberté créatrice, ses idées et ses images. Certaines des nouvelles – qui, je le concède, ne peuvent toutes prétendre au chef d’oeuvre – continuent de m’émouvoir profondément, et, si on resitue le cycle dans son contexte, C. Smith détonnait pas mal au milieu des auteurs de l’âge d’or de la SF.
    http://www.cafardcosmique.com/SMITH-Cordwainer
    Posté par Munin, 29 décembre 2008 à 14:31

    Isil : La nouvelle n’est pas mon format préféré non plus mais celles-ci étaient très bien menées (sauf la plus longue).

    Munin : Je n’ai pas dit que j’ai détesté mais que j’étais mitigée, donc qu’il y avait du bon et du mauvais. Evidemment, quand on termine par les aspects négatifs, les gens ne retiennent que ça ! La magie des trois premiers quarts a bien fonctionné sur moi. Après, j’ai été un peu refroidie par la planète des « fous furieux » homosexuels et la Dame défunte…
    Posté par canthilde, 29 décembre 2008 à 17:52

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