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Le chat Murr

9 janvier 2009

Lettre H du Challenge ABC 2009

Titre complet : « Vie et opinions du matou Murr fortuitement entremêlées de placards renfermant la biographie fragmentaire du maître de chapelle Johannès Kreisler. »

Voilà un roman qui aurait pu être absolument délicieux… s’il avait été terminé ! Je suis une nouvelle fois victime pour mon challenge du fléau des romans inachevés. Pourtant, il vaut sans nul doute le détour.

Un texte soit disant autobiographique écrit par un chat ne pouvait que me faire ronronner d’aise. L’animal va nous conter son éveil à la conscience et sa détermination à se cultiver, dans une parodie de roman d’apprentissage. Mais la forme du livre surprend ; les chapitres « Murr » alternent avec les chapitres « Placards ». Un avant-propos nous prévient « avec un sentiment de mélancolique humilité » que, lors de l’impression, l’éditeur s’est aperçu que le texte du chat s’est trouvé intercalé des pages d’un autre livre, la biographie du Maître de chappelle Johannès Kreisler. Le chat s’en serait servi comme sous-main.

Ce sont donc sous ces improbables augures que nous suivons les deux histoires en parallèle.

Nous apprenons comment Murr apprend à lire, après un peu de persévérence. Il s’adonne à létude et ne se mêle que tardivement à la faune féline du quartier. Ses relations tortueuses avec le caniche Ponto, véritable courtisan, fournissent l’occasion d’une cocasse satire sociale. L’auteur évite heureusement l’anthropomorphisme. Murr est dépeint avec toutes ses caractéristiques félines : gourmand, paresseux, ingrat. L’effet comique réside dans le fait de présenter ses petites faiblesses dans es termes les plus choisis qui soient. Il s’exprime comme un gentilhomme, faillible, certes, mais point dépourvu d’honneur.

Et Maître Abraham ouvrit la porte : sur le paillasson dormait en boule un matou qui, dans son genre, était vraiment un prodige de beauté. Les rayures grises et noires du dos convergeaient sur son crâne, entre les oreilles, et dessinaient sur le front de gracieux hiéroglyphes. Son imposante queue, d’une longueur et d’une force peu communes, était également rayée. Et la robe bigarrée du chat était si luisante au soleil, que l’on découvrait entre le gris et le noir de fines bandes jaune doré. « Murr, Murr », appela Maître Abraham. « Krrr, krrr ! » répondit très distinctement le chat qui s’étira, se leva, fit le gros dos avec une grâce extrême et ouvrit deux yeux verts comme l’herbe où pétillait l’étincelle de l’esprit et de l’intelligence. C’est, du moins, que qu’affirmait Maître Abraham, et Kreisler dut convenir que la physionomie de ce chat avait quelque chose de peu ordinaire, que son crâne était assez large pour renfermer les sciences, et sa barbe, malgré son jeune âge, assez longue et blanche pour lui donner, s’il le fallait, l’autorité d’un sage de la Grèce. » [p. 37]

L’histoire Kreisler est plus complexe, liée à celle de Murr par son auteur, Maître Abraham, qui recueille le châton sur le point de se noyer. Johannès Kreisler est un musicien brillant mais torturé. Il fréquente la société du duc Irénéus, dont la douce Julia constitue l’attrait le plus vif à ses yeux. Une intrigue mélée de chants passionnés, de naissances cachées et de spiritisme se met en place. L’histoire prend son envol mais ne livre pas ses derniers secrets. Hoffman a écrit un texte fortement autobiographique. Il avait un chat appelé Murr, c’est d’ailleurs la mort de celui-ci qui lui a fait interrompre la rédaction du manuscrit. Il aimait aussi une femme appelée Julia…

Hoffmann, Le chat Murr, Editions Gallimard,
1943, 411 pages (première édition en 1819).

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3 commentaires leave one →
  1. 17 août 2011 11:16

    C’est vrai que les romans inachevés, s’ils sont bons, sont frustrants ! Je n’en lis pas (sauf ceux de Jane Austen, mais je suis un peu en manque avec elle )
    Bon challenge !
    Posté par keisha, 09 janvier 2009 à 20:36

    Ah oui, l’horreur du roman inachevé (enfin seulement lorsqu’il est bon). Je m’y suis mise ces dernières années avec Gaskell (presque achevé, ça aide), Austen et Dickens. J’aime tellement le titre complet de celui-ci que je pourrais bien me laisser tenter quand même.
    Posté par Isil, 09 janvier 2009 à 21:14

    « Un texte soit disant autobiographique écrit par un chat ne pouvait que me faire ronronner d’aise.  »

    Tu as déjà jeté un œil au livre de Natsume Sôseki « Je suis un chat » ? C’est la vie des humains vu par les yeux d’un chat qui se montre particulièrement critique. Peut-être que ça te plairait. =)
    Posté par Livraire, 09 janvier 2009 à 23:01

    J’ai gardé de bons souvenirs des quelques nouvelles lues de Hoffmann il y a longtemps mais je n’aborderai jamais un roman inachevé, trop frustrant à finir.
    Posté par Algernon, 10 janvier 2009 à 19:43

    Keisha : Si j’ai lu Sanditon, c’est uniquement parce que quelqu’un d’autre l’avait terminé. C’était frustrant pour le Chat Murr parce que l’histoire prenait vraiment de l’ampleur côté Kreisler. :’-(

    Isil : Le titre est très représentatif. Il faudra que je recense les romans inachevés pour éviter les déceptions. Certains valent quand même le coup d’être lus.

    Livraire : Soseki figure dans mon « Challenge ABCtiaire 2009 » ! Je crois qu’il s’est inspiré de la démarche d’Hoffmann (et lui, au moins, l’a terminé…). Il me tarde de le lire.

    Algernon : Je pensais comme toi et puis je me suis aperçue que parfois, ne faire qu’une partie du voyage était tout de même très agréable. Il faudra que je lise les autres contes d’Hoffmann.
    Posté par canthilde, 11 janvier 2009 à 12:44

    Tiens, il me faudra penser le relire un jour prochain
    Posté par katell, 21 janvier 2009 à 16:52

    Katell : Oui, il me semble que tu t’y connais en lectures félines ! Hoffmann a très bien rendu le caractère du chat dans ce roman. On sent l’amoureux du chat et ça me plaît.
    Posté par canthilde, 25 janvier 2009 à 23:28

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