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Route des Indes

16 janvier 2009
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Forster a fait un retour remarqué au roman avec ce livre, publié en 1924. Le sujet des relations entre l’Inde et la Grande-Bretagne a été beaucoup discuté à cette occasion. La version qu’en donne l’auteur st (évidemment !) très intéressante. Dès les premières pages, où deux Indiens discutent tranquillement à l’heure du dîner, déplorant la comportement coutumier des Anglais, le livre promet d’être intelligent, plein de subtilités. Il le reste jusqu’au bout, en nous faisant suivre quelques personnages doté de reliefs, d’une véritable personnalité. Ce ne seront pas nos amis et ils vont nous décevoir.

Le début du roman offre quelques fausses pistes. C’est l’histoire de Miss Adela Quested, qui vient à Chandrapore avec la mère d’un jeune homme connu en Angleterre pour, peut-être, se fiancer avec lui. On se prépare alors à suivre les aventures d’une jeune Anglaise intrépide, dont les idéaux de tolérance se heurtent à la suffisance et au racisme à peine voilé des colonisateurs, ses compatriotes, auquels elle se sent étrangère. On rencontre aussi Aziz, médecin Indien prometteur, lassé du mépris de son supérieur britannique, et de la situation du pays en général. La petite communauté conquérante, retranchée dans son « club » et ses réceptions snobant la population locale est décrite avec toute l’ironie attendue.

Devant elle tomba comme une jalousie une vision de leur vie commune. Elle viendrait au club avec Ronny chaque soir, une voiture les ramènerait chez eux au moment de s’habiller ; ils verraient les Lesley, les Callendar et les Turton et les Burton qu’ils inviteraient et par qui ils seraient invités, cependant qu’à côté d’eux l’Inde vraie glisserait, inaperçue. La couleur resterait : le déploiement des oiseaux à l’aube, les corps bruns, les blancs turbans, les idoles à chair écarlate ou bleue ; et le mouvement resterait, aussi longtemps qu’il y aurait une foule aux bazars et des baigneurs aux citernes. Perchée sur le siège élevé d’un dog-cart, elle regarderait. Mais la force qui anime couleur et mouvement lui échapperait et même plus sûrement qu’aujourd’hui. Elle verrait l’Inde comme une frise, elle n’en connaîtrait jamais l’âme et c’était l’âme que Mrs Moore avait, pensait-elle, entrevue. [p. 63-64]

Le rapprochement de Miss Quested et Mrs Moore avec Aziz et Mr Fielding, directeur de collège aux idées larges, va à l’encontre des principes anglais. Mais survient l’incident : lors d’une excursion aux grottes de Marabar, Miss Quested est agressée. A partir de là, les éléments prévus de l’intrigue se délitent, les personnages deviennent des étrangers. Aziz n’est pas le « gentil Indien » avancé qui servirait de passerelle entre les deux mondes (m’apercevoir que je voulais le réduire à ce rôle est déjà un choc) ; il se retranche derrière son « identité », se comporte comme un mufle. Miss Quested n’est pas l’énergique jeune femme à marier à laquelle on voudrait s’identifier, mais une personne fragile, agaçante par ses hésitations, dont la mésaventure laisse perplexe. L' »affaire » qui constitue le coeur du roman est bizarrement traitée. Elle me semble plausible et son traitement m’a laissée insatisfaite.

Lire Forster est toujours enrichissant, de par son style, ses analyses fines sans être trop explicites. Il laisse la lectrice poursuivre la réflexion sans lui donner toutes les clefs. Il donne une vision de l’Inde sans complaisance pour l’un et l’autre camp, tout en étant clairement partisan de la décolonisation.

Edward Morgan Forster, Route des Indes,
Plon, 1927, 407 pages (A Passage to India, 1924).

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One Comment leave one →
  1. 24 août 2011 09:36

    Je ne l’ai pas lu celui-là. Il est dans mon Challenge ABC, et j’ai lu (et adoré) le début, donc ce sera pour cette année. Ravie de voir que tu apprécies Forster en tout cas !!
    Posté par Lilly, 17 janvier 2009 à 09:11

    J’ai beaucoup aimé « Chambre avec vue » et j’ai Maurice sur ma pal. J’ai en effet beaucoup aimé l’analyse psychologique des personnages et la finesse du style de Forster. « La route des Indes » me fait envie.
    Posté par Isil, 17 janvier 2009 à 11:13

    Cela me donne vraiment envie de me lancer dans la découverte de cet auteur!
    Posté par katell, 21 janvier 2009 à 16:53

    Lilly : Comment as-tu fait pour t’arrêter après le début ? Tu verras, ce livre est remarquable. Je compte lire tous les autres cette année !

    Isil : Ceux que tu cites sont dans mes projets. Forster est en effet bon psychologue, avec suffisamment d’ironie et de distance, pas de sentimentalisme. Un cocktail qui me ravit à chaque fois.

    Katell : Tant mieux, tu ne devrais pas le regretter.
    Posté par canthilde, 25 janvier 2009 à 23:26

    J’adore « Chambre avec vue » et « Maurice », tous deux depuis longtemps dans la BI, ainsi que ses nouvelles. J’avais commencé « Route des Indes » il y a quelques années, et calé. Ton billet m’a donné envie de retenter: je l’ai donc emprunté à la bibliothèque, en VO. Rien à faire, ce Forster-là n’est pas pour moi.
    (Je sens que tu vas m’engueuler.)
    Posté par ekwerkwe, 28 janvier 2009 à 01:35

    Ekwerkwe : Bah, faut pas se forcer si on ne le sent pas ! Et puis Forster en VO, ce n’est pas évident. Alors pas d’engueulade (non mais, je suis très gentille !), mais le judicieux conseil de lire ses autres romans.
    Posté par canthilde, 30 janvier 2009 à 21:29

    J’ai découvert Forster avec Avec vue sur l’Arno. Ça été un coup de coeur et une très belle découverte! Je découvrirai celui-ci bientôt
    (J’ai eu ton message, je t’en remercie et t’écrirai bientôt)
    Posté par Allie, 01 avril 2009 à 04:00

    Forster fait cet effet sur les gens ! C’est toujours un plaisir de découvrir un auteur passionnant et intelligent (et de recevoir des courriers de blogueuses sympathiques).
    Posté par canthilde, 07 avril 2009 à 23:22

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