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Le plus beau cochon du monde

29 janvier 2009

Lettre W du Challenge ABC 2009

Voici un roman absolument désopilant, que je mourrais d’envie de lire depuis un moment. Pas seulement parce que le titre fait référence à un animal de la race porcine, du plus bel effet dans un challenge ABCtiaire, surtout pour une lettre pas forcément facile à trouver. Mais aussi parce qu’un paquet de bloggeuses parlaient avec enthousiasme de Wodehouse, en essuyant une larme d’hilarité du coin de la manche.

On a bien droit ici à un concentré d’humour anglais. L’auteur est un forcené des blagues nazes sur les bords, des situations grotesques, des rapprochements incongrus entre personnages caractériels. On rit beaucoup, même quand c’est lourd ; et c’est souvent lourd.

L’intrigue est enchevêtrée au possible. Il en ressort, principalement, que lord Clarence Emsworth est un mordu de cochons, ne quittant jamais son manuel de Whiffle dédié à leur élevage. Il bichonne (ou plutôt, fait bichonner, car c’est un vrai lord, et lunatique avec ça) son Impératrice de Blandings, championne deux années de suite dans la catégorie des cochons gras au concours agricole du Shropshire.

L’impératrice vivait dans un coquet petit chalet, non loin du jardin potager, et quand Lord Emsworth atteignit son antichambre, elle était occupée, comme chaque fois d’ailleurs qu’on la prenait à l’improviste, à emmagasiner dans sa large panse ces cinquante-sept mille huit cent calories dont Mr Whiffle parle tant. Monica Simmons, qui s’occupait des porcs, lui avait octroyé une abondante ration de farines d’orge, de maïs, de lin, de pommes de terre et de petit lait, et l’Impératrice plongeait et fouillait dans son auge d’une façon propre à faire naître la plus vive confiance dans le coeur de ses admirateurs et amis. [p. 1025-1026]

Campagne anglaise, ton univers impitoyable… En face de lui, son rival et hélas voisin, sir Gregory « Bouboule » Parsloe, et sa remarquable Reine de Matchingham. Persuadés que l’autre est prêt à tout pour remporter le concours, ils vont commettre l’irréparable (ou plutôt, faire commettre, car ce sont des gentlemen).

Les principaux personnages sont stéréotypés au possible, victimes de passions funestes et de déceptions amoureuses mal digérées. Tout s’emboîte parfaitement pour un vrai festival de quiproquos et de scènes outrées. Pourtant, le plus grand romantisme règne et l’amour, le grand amour triomphe toujours… de manière inespérée.

On a ici affaire à l’un des derniers romans de Wodehouse, déjà auteur de la série Jeeves, et on sent une grande maîtrise de l’intrigue et des dialogues. Les rouages sont bien huilés, l’humour efficace, au détriment d’une quelconque profondeur des personnages (quoique… Bouboule est assez touchant en véritable coeur d’artichaut). Au programme, donc, femmes délurées et débrouillardes, baronnets obèses et maîtres d’hôtel alcooliques, et des cochons dans tous les coins.

Il n’est pas facile de dire ex abrupto quelle est la dernière chose qu’un jeune homme, à l’aube de sa vie, peut désirer trouver dans une villa meublée dont il s’apprête à prendre possession. Des punaises ? Peut-être. Des cafards ? C’est possible. Des fuites d’eau ? Peut-être aussi. Mais un beau gros cochon noir, installé au milieu de la cuisine, pourrait sans nul doute être considéré comme la première chose à inscrire sur la liste des objets indésirables. Jerry, en contemplant la Reine de Matchingham, éprouva la même impression désagréable que les gens qui, s’arrêtant au milieu d’une voie ferrée pour renouer leur chaussure, reçoivent l’express de Cornouailles dans le bas du dos. [p. 1173]

P.G. Wodehouse, Le plus beau cochon du monde,
Omnibus, 1997 (Pigs Have Wings, 1952).

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2 commentaires leave one →
  1. 24 août 2011 10:39

    Des blagues nazes sur les bord, mais c’est pour moi! Rien que le titre a tout pour me plaire (et le titre anglais est encore mieux).
    Posté par Isil, 30 janvier 2009 à 08:30

    Allez , avec Wodehouse c’est toujours un bon moment de détente ! La série Blandings est aussi hilarante que celle de Jeeves !
    Posté par keisha, 30 janvier 2009 à 17:00

    Isil : Il me semble que tu es friande de ce genre de choses, en effet. J’ai adoré les piques impitoyables contre l’embompoint de Bouboule, à ne pas louper ! Le titre anglais vaut son pesant de patates, c’est vrai.

    Keisha : Il faudra que je me penche sur le reste. Là, j’ai vraiment commencé par la fin. En même temps, on risque de frôler l’indigestion à tout enchaîner, je pense…
    Posté par canthilde, 30 janvier 2009 à 21:32

    J’ai découvert Wodehouse assez récemment et j’ai littéralement adoré le premier Jeeves. Celui-ci m’apparaît tout aussi british et désopilant… juste le titre et le thème me font écarquiller les yeux! Je crois aussi comme toi qu’il faille le lire à petites doses, toutefois.
    Posté par Karine :), 31 janvier 2009 à 01:38
    Bonjour de la Drôme

    Bonnne journée d’hiver! Pascal. Bravo pour ce blog!
    Posté par Djemaa Pascal, 03 février 2009 à 12:49

    Karine : Je crois que le style ressemble pas mal à Jeeves. Sauf que là, les majordomes sont portés sur la bouteille et globalement incapables, et la moitié des personnages obsédés par les cochons. Une expérience hors du commun !

    Pascal : Eh bien merci pour ton coucou. Ce blog ne peut pas maintenir la cadence des mois passés pour le moment mais je continue mes lectures, même si je mets plus de temps à les mettre en ligne. Je réponds moins aux commentaires aussi, ce qui me chagrine, mais les journées sont très courtes !
    Posté par canthilde, 06 février 2009 à 22:11

    J’ai vraiment beaucoup aimé le Jeeves que j’ai lu !! J’en ai un autre en attente et ce livre hors de la série me tente aussi… je crois que c’est un auteur que je lirai avec plaisir toute ma vie, dès que j’aurai besoin de me changer les idées…
    Posté par Lou, 27 février 2009 à 11:46

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