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Chamelle

7 février 2009

Lettre D du Challenge ABC 2009

La saison sèche se prolonge au village de Rahne, l’eau vient à manquer, au point qu’il se décide à partir avec femme, enfants, chèvres, brebis et Chamelle. C’est une fuite incertaine sur la route, dans une région indéterminée de l’Afrique, entre dunes et savane et, au loin, la région des lacs. Les souffrances de la famille ne font que commencer.

Ce livre renferme de nombreux passages insoutenables. Le petit convoi familial croise d’autres réfugiés affamés, assoiffés, qui tentent aussitôt de le voler. Les groupes armés s’en mêlent et entretiennent un commerce atroce sur les dos des pauvres gens. Sous un soleil implacable, les bêtes tombent, les enfants réclament à boire, les maladies se déclarent.

Pourtant, aucun de ces malheurs n’a réussi à m’attacher au narrateur qui, dès les premières pages, m’a été hautement antipathique. Il raconte froidement comment, ayant deviné son intention d’étouffer son unique fille juste née, sa femme s’est enfuie avec le bébé pour ne réapparaître qu’un mois plus tard. « Là, pendant une journée entière, je l’avais rouée de coups. Puis, comme il était trop tard pour tuer la petite, nous convînmes de l’appeler Shasha. » [p. 10] Je n’ai pas aimé ce point de vue de chef de famille, qui se complaît dans des descriptions lyriques de la beauté de sa femme, alors qu’elle dépérit lentement à ses côtés ! Rahne se présente comme plus avancé intellectuellement que ses voisins de par son métier d’instituteur, ce qui ne colle pas avec sa volonté de se débarasser de sa fille à la naissance…

Davantage que cette fille impertinente, son plus grand trésor est son dromadaire, Chamelle, qui permet à la famille de survivre un certain temps.

Elle fait la belle, marche d’un air digne, le menton très haut, imperturbable et dédaigneuse envers tout, le sable, les paysages, les chèvres,  les brebis, les hommes, leur soif, leur faim, leurs enfants et nous. S’il ne tenait qu’à elle, il n’y aurait ni halte, ni repos, ni arrêt d’aucune sorte. Sa bosse est pleine, la graisse est là, son poil en témoigne. Beau, doux. Soyeux comme celui d’un chaton. Elle est ma chamelle. Elle a le poitrail un peu étroit, l’avant-bras sans doute un peu trop long mais les oreilles petites et dressées, la tête parfaite sont celles d’une princesse. D’accord, elle n’est pas de lignée noble, de ces dromadaires d’apparat qui ne servent qu’à la monte. Elle vaut beaucoup mieux. C’est une bête courageuse, qui apporte en abondance un bon lait, amer et moussant, et transporte ce que tout homme doit emporter dans une savane desséchée pour survivre. Une bête de caractère qui donne tout ce qu’elle a, jusqu’à son poil pour les fourrures et même ses crottes qui servent au feu quand le bois manque. On la fait saillir dans un petit élevage d’Assouh. Cela assure le lait mais le chamelon va à l’éleveur. C’est le troisième qu’on lui dérobe après quelques mois. Le dernier, maladroit sur ses hautes pattes et blatérant d’une voix tremblante et haut perchée, lui léchait le museau. Elle devrait bientôt fournir moins de lait, je ne sais pas quand. La grande poupée en chiffons qu’elle porte sans savoir sur le dos  et que nous lui déposons au soir entre les pattes la trompe encore un peu. Mais elle ne se laissera pas longtemps duper. Ensuite ses mamelles s’assècheront pour de bon. Il vaudrait mieux pour nous à ce moment-là avoir atteint notre but. [p. 63-64]

Au final, on a un livre déprimant et difficile à classer. L’auteur a vécu en Afrique et entend livrer ici « une immense parabole sur l’errance », mais le vague sur l’identité précise du narrateur m’a gênée. En tout cas, la fin très ironique m’a plue ; elle confirme que Rahne est vraiment un imbécile. A noter que ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Marion Hänselen 2006, sous le titre Si le vent soulève les sables.

Marc Durin-Valois, Chamelle, Editions Jean-Claude Lattès, 2002, 191 pages.

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2 commentaires leave one →
  1. 19 août 2011 12:20

    Quand tu n’aimes pas un livre, tu le fais très joliment, Canthilde!
    Posté par sybilline, 08 février 2009 à 17:28

Trackbacks

  1. Le challenge ABCtiaire 2009 « Urgonthe

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