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La Course au mouton sauvage

24 février 2009
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Lettre M du Challenge ABC 2009

A l’approche de la trentaine, divorcé, le narrateur de cette histoire est en plein désenchantement. Au moment où il s’y attend le moins, des événements inhabituels vont survenir. Il y a d’abord la rencontre avec une fascinante jeune femme aux oreilles parfaites, et puis cette sale histoire de moutons à son travail…

Suite aux menaces de l’homme de main d’un politicien influent, le héros se lance dans la quête improbable d’un mouton différent des autres, apparaissant sur une photo. On apprend au passage quelques petites choses sur le Japon, comme par exemple le fait que les moutons y étaient inconnus avant leur introduction à l’ère Ansei (1854-1860). Le manque de familiarité des japonais avec cet animal en ferait un « être imaginaire », et c’est bien la voie qu’emprunte l’auteur, tissant une intrigue mystérieuse autour de la bête. Peu incline au départ à frissonner pour cette créature, je suis bien entrée dans le jeu et j’ignore si je pourrai encore regarder un mouton de la même manière !

J’ai beaucoup aimé le style particulier de Murakami. Ni vraiment froid, ni vraiment triste, un certain humour décalé (ah, ce fétichisme des oreilles !), beaucoup de sensibilité, une pointe de fantastique… Ce n’était pourtant pas évident de rentrer dans le récit, très nostalgique. Je n’ai appris qu’après coup qu’il s’agissait du dernier tome de la « Trilogie du rat » (après Écoute la voix du vent et Le flipper de 1973), ce qui peut expliquer cela.

A l’instant où je pénétrai dans la bergerie, d’un seul geste, les deux cents moutons se tournèrent vers moi. Une moitié se tenait sur ses pattes, l’autre était couchée dans le foin étendu par terre. Leurs yeux, d’un bleu étrange, creusaient de part et d’autre de leur face comme deux petits puits d’où l’eau semblait jaillir. Ils étincelaient comme des yeux de verre quand ils recevaient la lumière de face. Les moutons m’observaient fixement. Sans esquisser le moindre mouvement. Quelques uns continuaient à mâcher et à faire craquer le foin qu’ils avaient dans la bouche, et c’était bien le seul bruit qu’on pût entendre. D’autres buvaient de l’eau en passant la tête à travers le grillage, mais ils s’étaient interrompus de boire et, sans modifier leur posture, me regardaient. On eût cru qu’ils pensaient en groupe, que leur pensée s’était momentanément arrêtée quand je m’étais immobilisée dans l’embrasure de l’entrée. Tout était en suspens, tout le monde réservait son jugement. Mais sitôt que je me mis à remuer, leur processus mental se remit en branle. Dans les huit enclos, les moutons recommencèrent à bouger. Dans le parc des femelles, les brebis s’attroupèrent autour du bélier, tandis que dans celui des mâles, on reculait, en se tenant sur ses gardes. Quelques-uns, particulièrement curieux, restèrent accolés au grillage et surveillaient mes mouvements. [p. 216]

 Haruki Murakami, La course au mouton sauvage, Editions
du Seuil, 1990, 299 pages (Hitsuji o neguru bôken, 1982).

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3 commentaires leave one →
  1. 24 août 2011 10:39

    Je ne savais pas non plus qu’il s’agissait d’une trilogie alors que je l’ai lu tranquillement. J’ai le souvenir d’une lecture légère, loufoque, sympa sans être renversante. J’ai encore les « Chroniques de l’oiseau à ressort » en attente et j’ai bien aimé « à l’ouest du soleil, au je ne sais plus quoi du trucmuche »
    Posté par Lou, 27 février 2009 à 11:44

    J’aime bien la couverture et ça me rappelle des bons souvenirs de mon cours de nursing des animaux de consommation mais ce n’est pas tout à fait mon genre de livres. Moi et la fascination pour les oreilles et les moutons lol.
    Posté par Geisha Nellie, 27 février 2009 à 20:42

    Je ne savais pas non plus que c’était une trilogie. J’ai bien aimé ce que j’ai lu de Murakami jusqu’à date mais je ne suis pas certaine que c’est celui que je choisirai pour poursuivre!
    Posté par Karine :), 01 mars 2009 à 03:05

    Lou : J’ai tellement aimé ce premier Murakami que j’ai l’intention de tous les lire, dans l’ordre de publication si possible ! Kafka sur le rivage m’attire beaucoup, cela dit, car il y est question d’un chat, donc ce sera peut-être le prochain !

    GeishaNellie : le « nursing » ?? Quelle est cette discipline qui ne m’a jamais été enseignée ?! Ce qui m’a plu, c’est justement la façon inhabituelle dont étaient traitées les oreilles et les moutons, qui vire au surréaliste.

    Karine : Tiens-nous au courant de ta prochaine découverte, alors !
    Posté par canthilde, 08 mars 2009 à 11:19

    Il est dans ma PAL et attend sagement le moment où je me jetterai dessus
    Posté par katell, 08 mars 2009 à 14:34

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