Skip to content

Les amants du Spoutnik

17 mars 2009

En général, cependant, je m’embrouille légèrement quand je dois parler de moi. Je me prends les pieds dans cet éternel paradoxe : qui suis-je ? Certes, du point de vue de l’information pure, personne au monde ne peut dire autant de choses sur moi que moi-même. Mais dès qu’il est question de ma personne, le moi-narrateur s’applique désespérément à éliminer ou sélectionner certaines informations – à cause de divers intérêts ou compétences en tant qu’observateur, ou à cause d’un sens des valeurs ou d’un degré de sensibilité qui me sont propres. Et dans ce cas, quelle est la valeur objective du portrait que je brosse de moi-même, jusqu’à quel point est-il conforme à la réalité ? C’est un point qui me tracasse. Qui m’a tracassé toute ma vie, en fait.
Il semble que la plupart des gens n’éprouvent pas une telle crainte ou angoisse, et tentent au contraire, dès qu’on leur en donne l’occasion, de parler d’eux-mêmes avec une surprenante franchise. Ils vous diront par exemple : « Je suis quelqu’un d’honnête et d’ouvert à un point presque ridicule », ou encore : « Je suis hypersensible, et cela me pose des problèmes relationnels », ou bien : « Je suis très doué pour deviner les sentiments d’autrui. » Mais moi, j’ai vu je ne sais combien de fois des hypersensibles autoproclamés blesser autrui sans raison apparente ; des gens honnêtes et ouverts se trouver des tas d’excuses pour obtenir à tout prix ce qu’ils voulaient, sans même se rendre compte de ce qu’ils faisaient. Quant à ceux qui se disent doués pour comprendre leurs semblables, je les ai souvent vus se livrer à des flatteries aussi viles que transparentes. Alors, en conclusion, que savons-nous réellement de nous-mêmes ? [p. 77]

J’ai moins accroché à ce roman de Murakami que sa Course au mouton sauvage, lue un peu avant. Les deux livres ont pourtant des points communs. Ici aussi, le narrateur est un homme abandonnant peu à peu des rêves d’adolescent pour entrer dans la vie adulte, sans être à l’abri de dangereuses chimères sentimentales. Les personnages s’engluent dans des amours à sens unique, de tendres affections qui ne s’avouent pas. Et puis, l’irruption d’un élément surnaturel, qu’on accepte facilement, porteur de tristesse, symbole d’isolement pour celle qui en est victime.

On ne sait pas trop où l’auteur nous ballade avec ce roman mais il laisse mélancolique, un peu plus attentive aux gens qui nous entourent. J’en garde l’impression de quelque chose de très léger et, en même temps, que des choses importantes ont été dites. Subtil, tout ça !

Haruki Murakami, Les amants du Spoutnik,
2003, 276 pages (Supûtoniku no koibito, 1999).

Publicités
One Comment leave one →
  1. 24 août 2011 10:38

    J’hésite à lire cet auteur. J’ai noté « Kafka sur le rivage » notamment, mais la littérature japonaise ne me tente pas vraiment.
    Posté par Lilly, 19 mars 2009 à 09:09

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :