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Les Frères Karamazov

4 août 2009
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Mieux vaut accrocher sa ceinture pour ce roman monstrueux ! D’abord pour les très longs passages théologiques qui parsèment la première partie, avec Aliocha, le héros pur et naïf, parfait observateur des turpitudes qui l’entourent. Ensuite, pour la galerie de personnages complètement tordus, les pires étant, évidemment, les femmes.

Fiodor Pavlovich Karamazov est un vieux jouisseur, père indigne, qui aime bien attirer l’attention. Il est parvenu sans peine à se faire haïr de ses trois fils, Mitia, Ivan et Aliocha. Après avoir négligé leur éducation, il les reçoit chez lui, parvenus à l’âge adulte, sans la moindre trace d’affection. Au contraire, il les rabroue, les raille et cherche à les léser financièrement. Un conflit autour de l’héritage avec l’aîné, Mitia, d’un caractère emporté, les conduit tous auprès du starets Zossima pour une tentative de conciliation.

Là, on rentre dans la partie théologique. Aliocha, le benjamin, songe à se faire moine auprès du starets, sorte d’ermite installé au monastère, qu’il vénère absolument. Confirmant ses pires craintes, la visite au monastère dégénère en scènes abjectes, le père Karamazov faisant encore le pitre. Plus tard, il se fait même rouer de coups par son propre fils. On apprend bientôt que le conflit n’est pas que d’ordre pécuniaire et qu’ils se disputent les faveurs d’une belle à la réputation peu recommandable. Sur ce, Aliocha, désemparé auprès de son staret mourant, se voit intimer l’ordre de vivre dans le monde, et non de rester au monastère.

Mais quel monde ! Fiodor Pavlovich se révèle encore plus ignoble que l’on pouvait le soupçonner, avec la révélation des détails sur la naissance de Smerdiakov, son valet et probablement fils illégitime. Les fiancées des deux frères aînés s’avèrent des manipulatrices sans scrupules, de la méchante méchante Grouchenka à la pas si douce Katerina, en passant par le « petit démon », quatorze ans et déjà perclue de vices. Les enfants sont d’atroces garnements prêts à s’entretuer. On finit par trouver les arguments de Fiodor ou même du staret plutôt convaincants : Dieu préfère les pécheurs, alors autant se rouler dans la fange ; qu’on se rachète ou non, au moins, on aura profité de la vie.

Sur ce, arrive l’histoire du meurtre et c’est là que l’auteur fait preuve d’une virtuosité époustouflante, puisqu’il raconte tout, excepté une courte ellipse, et qu’on reste dans le doute quasiment jusqu’à la fin. Excellant dans la description du délire, il nous entraîne à travers les frasques de Mitia, en apnée, jusqu’au dénouement tragique. Il s’offre un coup de théâtre sous la forme d’un coup de folie apportant des éléments nouveaux à l’affaire. Tout ça pour conclure sur trois cent pages de procès, avec des plaidoiries de haute volée qui se transforment en analyses psycho-sociologiques de la Russie toute entière.

« Généralement, dans la vie, devant deux oppositions, il faut chercher la vérité au milieu ; dans le cas présent, ce n’est absolument pas le cas. Le plus probable était que, dans le premier cas, il a été d’une noblesse sincère, et dans le deuxième cas, d’une bassesse tout aussi sincère. Pourquoi ? Mais, justement, parce que nous sommes des natures larges, karamazoviennes – et c’est à cela que je veux en venir -, capables de contenir toutes les contradictions possibles et de contempler en même temps les deux abîmes, l’abîme au-dessus de nous, l’abîme des idéaux supérieurs, et l’abîme sous nos pieds, l’abîme de la chute la plus basse et la plus nauséabonde. » [t. 2, p. 658]

Malgré quelques mises en garde, j’ai beaucoup aimé le style rugueux de la traduction de Markowicz, la plus proche, paraît-il, du style original. J’essaierai de faire de même pour mes prochaines lectures de cet auteur. Cela dit, un Dostoïevski de temps en temps me suffit ; j’ai besoin d’un certain temps pour m’en remettre.

Fedor Dostoïevski, Les frères Karamazov, Actes Sud,
2002, t.1 583 p., t. 2 790 p. [Bratia Karamazovy, 1880].

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  1. 23 août 2011 10:05

    Dostoievski est formidable, époustouflant et très grand!! j’adore si je me fais mal comprendre!!! pourtant je n’ai pas lu les frères karamazov, alors je vais vite combler ce manque!!merci
    Posté par béné, 05 août 2009 à 08:40

    Au fait bravo pour ton blog, je le découvre juste car je suis un petit peu nouvelle mais je le trouve très bon!
    Posté par béné, 05 août 2009 à 08:42

    j’ai lu ce roman à l’adolescence,et d’ailleurs, à l’époque je me suis payée aussi Crime et châtiment, l’Idiot et les Possédés à la suite! j’avais de bonnes capacités digestives; à présent, ce n’est plus le cas. Lorsque j’ai voulu reprendre les Frères Karamazov, j’ai lâché Aliocha et ses problèmes religieux. Et je ne l’ai pas relu finalement!
    Dommage, car je n’ai pas le souvenir de ces jeunes filles vicieuses dont tu parles.
    Posté par Dominique, 06 août 2009 à 10:14

    Donc, ça vaut la peine de passer la première partie?? Je n’ai jamais réussi à passer au travers des patentes religieuses mais j’ai l’impression que je manque quelque chose…
    Posté par Karine :), 07 août 2009 à 02:14

    Béné : Si tu idolâtre à ce point ce bon vieux Fedor, tu ne seras pas déçue, ce livre est un concentré de ce qui fait son style si particulier. Exagération des personnages, troubles psychologiques, meurtre comme soulagement…
    Et merci pour le compliment. J’ai bon espoir de faire retrouver un rythme normal à ce blog prochainement. Félicitations pour tes propres débuts !

    Dominique : Oui, il faut s’accrocher, c’est assez indigeste au début, tout tourne autour de la théologie. Après, les personnages déraillent et ça devient marrant !

    Karine : J’insiste : ça vaut le coup de continuer !
    Posté par canthilde, 07 août 2009 à 15:04

    On peut lire aussi des Dosto plus courts :  » le Double » par exemple, une nouvelle qui en vaut la peine. L’Eternel mari, un roman de deux cents pages environ, vraiment très bon dans mon souvenir.
    Posté par Dominique, 09 août 2009 à 17:40

    Je ne connais ni l’auteur ni ce livre (enfin, de nom je connais quand même ;o)), je n’arrive pas à me plonger dans la littérature russe. Mais comme je viens de lire plusieurs romans de pays de l’est, j’ai bon espoir de parvenir un jour jusqu’en Russie.
    Posté par Lilly, 09 août 2009 à 23:55

    Il faut absolument que je demande à mon amoureux s’il a lu ce livre puisqu’il a dévoré plein de livres des auteurs de sa patrie et après tout, le héros porte son nom (en Russe Aliocha = Alexei)
    Posté par GeishaNellie, 10 août 2009 à 17:36

    Dominique : merci du conseil. Je suis bonne pour lire l’intégrale Dostoïevski, de toute façon.

    Lilly : allez, courage ! Les romans russes sont vraiment étonnants. Il font bien travailler la mémoire avec les personnages qui ont trois-quatre noms différents…

    GeishaNellie : un incontournable, alors. Si tu as d’autres auteurs à me conseiller…
    Posté par canthilde, 12 août 2009 à 10:23

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