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Deux coqs dans la tanière

9 septembre 2009

Lorsque nous avons appris que la prochaine promotion à l’Ecole compterait un nombre à peu près égal de femmes et d’hommes, il y a eu quelques soupirs de dépit parmi les célibataires. De l’avis général, c’était une bonne chose. C’était mieux, en soi, qu’il y ait plus d’hommes que les deux malheureux spécimens de notre propre fournée. Je dis « malheureux » en termes quantitatifs mais, pour la plupart des gens, responsables de formation, intervenants, élèves elles-mêmes, nos deux collègues étaient effectivement à plaindre.

Le sex-ratio de la salle suscitait souvent des commentaires chez les orateurs. Ils prenaient bien soin de nous saluer d’un « bonjour à tous », la règle du masculin neutre trouvant ici sa parfaite illustration, pour les gens au langage correct (et nos intervenants parlaient correctement ; c’était la moindre des choses, dans leur métier). Si quelqu’un adressait à « toutes » son salut et s’apercevait de sa bévue, il s’empressait de s’excuser et de corriger, étant attendu qu’il est intolérable pour un homme d’être englobé dans une assemblée de femelles. La contraire n’aurait, naturellement, fait sourciller personne. Les femmes n’ont pas pour habitude de s’offusquer de disparaître en tant que genre dans les groupes ; c’est même le contraire. Qu’y a-t-il de pire qu’un groupe de femmes, on se le demande ?

Pendant l’année, il arrivait fréquemment que nos deux mâles reçoivent des commentaires apitoyés sur leur situation. C’est vrai qu’ils étaient à plaindre : entourés d’une vingtaine de femmes cultivées, élégantes, drôles, qui faisaient des efforts pour les intégrer à la conversation, alors que leur tendance naturelle était le retrait autiste ! Dans une répartition inverse, deux femmes pour vingt hommes, je ne suis pas sûre que les marques d’intérêt auraient été aussi marquées, à part si elles avaient été jeunes et belles, ce qui n’était pas exactement le cas de nos deux mâles. Sans vouloir offenser personne, ils ne présentaient pas un intérêt érotique particulier.

Quoi qu’il en soit, l’année prochaine, ce sera « mieux », il y aura quinze femmes et quinze hommes, à peu près. La tension sexuelle sera terrible pendant les séances de formation à la recherche documentaire, les dérapages facebookiens proprement indignes ! L’ambiance sera bien meilleure, on s’en doute. Finis les relents de poulailler… Personnellement, j’ai tendance à penser que la bonne ambiance de cette année de devait rien à la présence des garçons, qui ne faisaient vraiment aucun effort. Au contraire, mes quelques souvenirs de remarques acides ou de réactions décevantes s’attachent à eux, surtout le jour où ils avaient semble-t-il décidé de jouer la carte de la solidarité masculine et de parler aux autres avec un soupçon de condescendance.

Au travail, je n’ai jamais vérifié que l’ambiance était meilleure avec un ou plusieurs hommes dans l’équipe. Dans la petite pièce où j’ai décroché le téléphone pendant un an, avec une dizaine d’autres personnes, la présence d’un jeune coq m’a rendu la tâche encore plus désagréable qu’elle ne l’aurait été par le seul contenu du poste. Il ne savait pas moduler le son de sa voix et parlait fort en permanence, au point de couvrir la voix de mes interlocuteurs au bout du fil. Il se croyait drôle, un jeune homme plein d’avenir, et tout le monde le confortait dans cette illusion, alors qu’il était juste lourd et extraverti, ne sachant pas se tenir en public. Mais c’était l’homme de l’équipe, alors il était de bon ton de l’idolâtrer et de boire toutes ses paroles, aussi niaises soient-elles.

Je viens d’exprimer mon point de vue sur mon nouveau poste, où j’occupe le statut maudit de cadre intermédiaire. A une collègue qui déplorait que la reconfiguration de l’équipe se faisait au détriment de la présence masculine, j’ai répondu posément : « Le plus important, c’est d’avoir des personnes compétentes et ponctuelles. » C’était un coup bas contre les deux personnes qui venaient de quitter la Boîte, que j’aimais bien, pourtant, pour le peu que je les avais vues. Surtout le jeune mec, qui était très mignon quand il arrivait, les cheveux encore mouillés, avec deux heures de retard…

Si je fais le bilan, les meilleures ambiances de travail que j’ai connues tenaient à la diversité des âges et des origines sociales, plus qu’à la répartition équilibrée entre les sexes. Mais qui admettrait que des femmes aux parcours divers soient plus différentes entre elles et, donc, plus intéressantes, qu’un groupe de jeunes filles et garçons venant du même milieu, ou de mères et pères de famille planplan n’ayant rien à dire ? Toujours cette idée que les femmes sont semblables et réclament la touche de fantaisie d’une présence masculine…

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One Comment leave one →
  1. 15 août 2011 14:25

    ah ça fait du bien de lire ça, parce que ça me GAVE GRAVE quand des femmes sont là à renchérir sur l’horreur que c’est de travailler « entre femmes », nan mais elles se rendent compte qu’elles se flinguent le pied en disant ça ? Pfff, perso, j’ai aimé travaillé avec quelques hommes mais c’était des hommes qui s’intégraient facilement dans des groupes de femmes et pas des « lourdauds » ou des « dominateurs », nan c’était des mecs sympas, des types cools. Mais en général je préfère 1000 fois travailler avec des femmes, même si je tombe sur des caricatures parfois, de la mère de famille qui ne pense qu’au ménage et aux enfants, à la dingue du boulot, à celle qui ne pense qu’à « ça », à la femme qui a la fièvre acheteuse, à la folle de maquillage et de fringues … bref je les supporte toutes avec joie (et elles me regardent comme une autre caricature peut être : la féministe, celle qui ne mache pas ses mots enfin … quand elle parle, celle qui essaie de les faire rire, etc.) … mais les ambiances sont + décontractées avec elles qu’avec les hommes enfin … de mon point de vue bien entendu.
    Posté par emelire, 11 septembre 2009 à 15:20

    Effectivement, c’est un reflet lucide de notre société.
    Les pauvres hommes, n’est-ce pas !
    Ca me rappelle qu’au lycée j’ai eu une classe où il n’y avait que 3 ou 4 garçons, du genre poli et discret, et que ça n’a jamais suscité aucun type de commentaire. Alors que dans le monde du travail j’ai souvent été confrontée à des N+1 féminines du genre pouffiasse frustrée qui te pourrit la vie (j’en subis une actuellement…). Tout ça pour dire que tout dépend des gens, il y en a de toutes les sortes, quel que soit le genre, mais aussi tout dépend du regard extérieur que l’on porte sur les situations (si on avait dit qu’ils étaient chanceux ces mecs d’être aussi bien entourés, je suis sure que ça leur aurait fait plaisir).
    J’ai eu la très agréable expérience de travailler uniquement entourée d’hommes d’âge mûr, où chacun avait un poste défini, un égo équilibré et dans le bonheur total…
    Je concluerai en disant que malheureusement, homme ou femme, j’ai plus souvent rencontré des « tordus » et des « amorphes » que des gens stimulant professionnellement
    Posté par Lena, 11 septembre 2009 à 19:25

    Emelire : les femmes qui disent ça ont bien intériorisé l’infériorité culturelle de leur sexe; ça commence dès l’école primaire (maternelle ?), quand on considère que des filles qui parlent sont « bavardes », alors que des études montrent que les garçons ont très tôt un temps de parole plus important dans la classe et ailleurs. J’ai aussi connu des ambiances féminines pénibles au travail, style brushing et maquillage comme seul horizon intellectuel, mais elles étaient très jeunes ; la connerie des mecs du même âge prend d’autres formes, comme le petit coq dont je parlais dans le billet.

    Lena : attention, la critique féministe des rapports sociaux n’insinue en rien que les femmes sont meilleures que les hommes. Il s’agit plutôt de démontrer comment on essaie de nous convaincre à longueur de temps que les hommes sont mieux. Bien sûr qu’il y a des pestes au travail, souvent sexistes d’ailleurs, qui croient que pour assoir leur autorité en tant que femme elles doivent se comporter de manière dictatoriale. Et bien sûr qu’on rencontre des gens bien tous les jours, femmes, hommes, vaches, grenouilles… C’est ce qui donne envie de continuer à discuter pour faire passer des idées à contre-courant de l’idéologie dominante.
    Posté par canthilde, 13 septembre 2009 à 17:28

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