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Le Carnaval des abîmes

12 septembre 2009

Le troisième tome de Féerie pour les ténèbres m’a mené la vie dure pour ne pas vomir mon petit-déjeuner dans le métro ! Comment dire… L’auteur a parfaitement cerné mes pires dégoûts, et m’en a amené de nouveaux, dont je ne soupçonnais pas l’existence. Encore une fois, malgré la jolie couverture, ce n’est pas un livre pour les enfants, même pas pour un humain normalement constitué. On y trouve pourtant la satisfaction d’une écriture intelligente et d’un humour féroce, et on ne peut qu’apprécier les formidables personnages de Malgasta et de Grenotte.

On y trouvera aussi :

  • Le portrait d’un ordre religieux qui dépasse en cruauté les pires sévices de l’Inquisition espagnole ;
  • Des personnages aux marottes jamais répertoriées auparavant : après le roi charcutier, l’ébéniste épris de meubles, dont l’humeur oscille entre le bahut encaustiqué et l’armoire aux pieds massifs ;
  • Des trouvailles horribles, morbides, telle la rencontre de Malgasta avec le Tombier, qui extirpe de son corps tous les cadavres qu’elle transportait sans le savoir, un traitement plus efficace que toutes les psychothérapies du monde ;
  • Les créatures très curieuses que sont l’enhantine et l’hiretaigne ;
  • Une superbe critique de la société de la consommation, qui reste toujours d’actualité, malheureusement :

Caquehan vit depuis presque un demi-siècle au rythme de la Technole qui sourd de son sous-sol plus qu’en tout autre lieu du royaume. Le joug de son pouvoir de fascination s’exerce partout, même jusqu’aux confins de la couronne-campagne, ce vaste anneau de champ et de pâturages qui ceint la cité du sud-ouest au sud-est. Qu’importe que la Technole ne soit que rebuts crasseux, déchets pourrissants, scories, verrues d’architectures, grumeaux grisâtres enflant au milieu des quartiers anciens, elle est, pour les habitants, l’expression de la générosité, de la plénitude : on la mange, on s’en vêt, on y dort, on y joue ; elle est chaude, elle ronronne tel un chat, sa saveur est grasse et sucrée, elle trépigne comme les genoux d’une nourrice, elle fume ainsi que la pipe patriarcale, elle vous baigne et vous éclaire, chasse la nuit et ses périls…
Caquehan est devenue une cité de nourrissons, et les cris qui montent des rues sont d’abord les vagissements d’une marmaille qui n’aspire quà la digestion. [p. 40]

Il faut donc avoir l’estomac bien accroché pour se lancer dans cette trilogie, qui contient les passages les répugnants que j’aie jamais lus. Mais le pire, ce sont les histoires d’amour ; Jérôme Noirez fait preuve d’un sens très développé de la déception sentimentale. J’aimais encore mieux les histoires d’amputation.

Jérôme Noirez, Le Carnaval des abîmes, Nestiveqnen, 398 pages.

La trilogie :

Féerie pour les ténèbres
Les Nuits vénéneuses
Le Carnaval des abîmes

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One Comment leave one →
  1. 18 août 2011 11:37

    Tes critiques de la trilogie ont réussi à attirer mon attention sur l’auteur sans me donner spécialement envie de lire ses livres : bravo !
    Posté par Munin, 13 septembre 2009 à 10:39

    Tant mieux ! Il est prolifique, tu trouveras peut-être ton bonheur dans ses autres œuvres. « leçons du monde fluctuant », par exemple, ne parlait pas du tout d’amputation, ni de magiciens crachant des larves.
    Posté par canthilde, 13 septembre 2009 à 17:31
    Pubs Google

    Canthilde, j’adore les pubs que Google te colle : si elles sont ciblées, je suis sûr qu’il y a un message subliminal à déchiffrer :

    Quand vas-tu mourir? Fait le test de la mort et découvre quand tu vas mourir.

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    Posté par Munin, 19 septembre 2009 à 21:15

    Mais, euh ! Je proteste ! Déjà que je me fais cibler sur Gmail et Facebook comme une « vraie fille »… Je m’excuse donc pour ces affichages intempestifs, sur lesquels je ne peux exercer le moindre contrôle.
    Et pour continuer sur Jérôme Noirez : nous avons eu un échange par mail, c’est quelqu’un de tout à fait accessible. Il m’a envoyé son intervention à un colloque détaillant ses sources d’inspiration et la trame générale de la trilogie. Je ne la vois plus de la même façon. Il va falloir que je trouve le temps de rédiger une réponse intelligente;
    Posté par canthilde, 20 septembre 2009 à 11:14

    Oufff… rois charcutiers et cracheurs de larves vont se tenir loin de ma pile! Je n’ai pas l’estomac assez fort pour ça!
    Posté par Karine:), 27 septembre 2009 à 17:24

    je trouve ces éditions superbes , ca fait bien longtemps que j’en ai pas lu, à remédier cet hiver
    Posté par Pom’, 03 octobre 2009 à 17:50

    Karine : Je préfère prévenir les gens parce que c’est souvent très dégoûtant !

    Pom’ : Les couvertures sont pas mal ; elles attirent le regard, en tout cas.
    Posté par canthilde, 11 octobre 2009 à 13:30

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