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La Petite poule d’eau

9 octobre 2009
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Lettre R du Challenge ABC 2009

La famille Tousignant vit sur une petite île de la région du Manitoba, au Canada, un lieu-dit isolé où tout s’appelle « la petite poule d’eau », eu égard à la faune essentiellement volatile peuplant ces contrées aquatiques.

En trois grosses nouvelles, nous nous familiarisons avec la vie rude de cette famille nombreuse, férue d’éducation, qui connaît bien des vicissitudes pour faire venir une institutrice sur l’île plusieurs mois par an. Si le récit est vivant, touchant, je n’ai pu m’empêcher d’avoir le cœur serré devant le portrait de Luzina, la mère au grand cœur. Accablée par les grossesses à répétition, elle ne satisfait ses timides désirs d’instruction qu’en tendant l’oreille au brouhaha de l’école, entre deux tâches domestiques. De quoi faire penser que la quiétude de ce petit coin de paradis est acquise par son dur labeur quotidien…

Reste la description d’une région étonnante, à moitié déserte, où se côtoient ponctuellement des émigrés russes, polonais, ukrainiens, islandais et « métis ». Le moindre voyage prend une dimension épique, les aventuriers téméraires devant sauter de barques en camions, trains, traîneaux pour rejoindre les plus gros villages, constitués tout au plus de dix baraques.

Les Tousignant avaient un canot pour traverser la rivière. S’il se trouvait sur la rive éloignée, un des voyageurs devait aller le chercher à la nage. On s’en allait ensuite au fil de l’eau, tout enveloppé d’un silence comme il s’en trouve peu souvent sur terre, ou plutôt de froissements de joncs, de battements d’ailes, de mille petits bruits cachés, secrets, timides, y produisant quelque effet aussi reposant et doux qu’en procure le silence. De grosse poules des prairies, presque trop lourdes pour voler, s’élevaient quelque peu des bords embroussaillés de la rivière pour aller s’abattre aussitôt un peu plus loin, déjà lasses de leur paresseux effort. [p. 12-13]

Gabrielle Roy s’inspire ici de sa première expérience d’institutrice au Manitoba, où elle s’est beaucoup ennuyée, pour s’en souvenir avec nostalgie une dizaine d’années plus tard.

Gabrielle Roy, La Petite poule d’eau, Boréal
Compact, 1993, 265 p. [première édition en 1950].

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One Comment leave one →
  1. 24 août 2011 10:29

    De Gabrielle Roy, je n’ai lu que « Ces enfants de ma vie », qui s’inspire de cette même période. J’avais beaucoup aimé sa façon de raconter.
    Posté par Karine:), 10 octobre 2009 à 16:08

    Son style est très agréable, en effet.
    Posté par canthilde, 11 octobre 2009 à 13:28

    J’en ai entendu parler il y bien longtemps, au tout début de mon expérience blogosphérique je crois. J’ai encore envie de découvrir ce qui semble être une bien jolie plume!
    Posté par chiffonnette, 01 novembre 2009 à 19:37

    Je suis sûre que ça te plaira.
    Posté par canthilde, 08 novembre 2009 à 16:03

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