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L’Adolescent

31 octobre 2009
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Voilà un roman de Dostoïevski qui ne restera pas parmi mes préférés. Ce qui m’a rebutée, au départ, c’est la confusion totale dans les noms de personnages, qui m’a poursuivie jusqu’à la fin, pire que dans les autres romans russes lus récemment ! Ensuite, le désordre du récit, du au héros, un jeune homme qui ne cache pas ses difficultés à retracer les événements de l’année écoulée. Même l’histoire ne m’a pas emballée, un drame familial artificiel, un scandale prêt à éclater, dont on cherche le côté choquant, une construction de l’intrigue trop travaillée, qui donne une impression d’incohérence, au lieu de découler naturellement des personnages…

Je me borne à enregistrer les événements, évitant de toutes mes forces ce qui leur est étranger, et surtout les artifices littéraires ; un littérateur écrit trente années durant, et finalement ignore pourquoi il a écrit tant d’années. Je ne suis pas littérateur et je ne veux pas l’être. Traîner l’intimité de mon âme et une jolie description de mes sentiments sur leur marché littéraire serait à mes yeux une inconvenance et une bassesse. [p. 3]

Arkadi écrit ses mémoires à vingt ans. Voilà déjà de quoi inciter à la circonspection ! Dès le début, il prend la pause, affiche une indifférence, une hauteur face à son malheur dont il espère qu’elle forcera l’admiration. La lectrice n’est pas dupe et peut déceler au fil du récit les véritables blessures qui le caractérisent. Sa naissance illégitime, en premier lieu : sa mère ayant épousé un serf nettement plus âgé qu’elle, Makar Ivanov Dolgorouki, le quitte pour le propriétaire du domaine, Versilov. Arkadi est reconnu par le mari légitime, pour subir la honte supplémentaire de porter ce nom de Dolgorouki, famille princière célèbre, l’obligeant à préciser à chaque nouvelle rencontre qu’il n’appartient pas à cette branche huppée.

Après une enfance malheureuse dans une pension pour riches où on lui fait sentir sa bâtardise, il ressent le besoin de retourner auprès de ses parents biologiques et de sa soeur Lisa. Son père, surtout, l’attire. Il s’en est forgé une image idéale à l’occasion d’une unique visite, il le vénère, s’en dit « amoureux ». La désillusion d’un jeune homme de dix-huit ans, torturé et orgueilleux, sera à la hauteur de ces rêves.

Refusant d’entrer à l’université, il est placé par son père comme damoiseau de compagnie chez un vieux prince un peu sénile. Il devient l’observateur des intrigues qui l’entourent, dans lesquelles rentrent des liaisons clandestines, des groupes révolutionnaires et une bande de maîtres-chanteurs. Considéré comme un blanc-bec sournois, ce qu’il est, en réalité, il raconte avec exaltation les différentes affaires auxquelles il assiste et participe même parfois, ne faisant que compliquer la situation. Tout en se défendant du moindre sentimentalisme, de l’auto-apitoiement et de la naïveté qu’il ne manque pourtant pas de révéler. Son point de vue de tout jeune homme, pas tout à fait fini encore, comporte son lot de jugements à l’emporte pièce, pas mal d’illusions sur lui-même, une misogynie risible pour ces « serpents » de femmes qui l’effraient et le fascinent malgré lui.

Fédor Dostoïevski, L’Adolescent, Ed. Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade », 1956, p. 1 à 624 [première édition en 1875].

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