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Le Sous-sol

2 novembre 2009
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Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant. Je crois que j’ai une maladie de foie. D’ailleurs, je ne comprends absolument rien à ma maladie et ne sais même pas au juste où j’ai mal. [p. 685]

C’est parti pour cent pages d’élucubrations malsaines et perverses, où le narrateur confie sa misanthropie et son inadaptation à la société.

Il va ensuite raconter quelques heures de sa vie, très proches d’une Sale histoire : il s’invite au dîner d’adieu d’un camarade de lycée, nommé en province, qu’il a toujours détesté. En quelques heures, il parvient sans peine à s’humilier devant tout le monde et à susciter aussi bien la haine que le mépris. C’est en voulant suivre le groupe des invités dans une maison close qu’il s’offre au passage les services d’une prostituée, Lisa. Après quoi, il lui tient le discours le plus culpabilisant qui soit, poussant la pauvre fille au désespoir.

La névrose irrécupérable de ce pitoyable personnage apparaît dans les dernières pages, où son comportement tient de la torture psychologique pure et simple. Il le sait, il en souffre et il s’y enfonce encore plus.

Vers la fin je n’y tins plus moi-même : avec les années je ressentais le besoin d’aller vers les hommes, d’avoir des amis. J’essayai donc de me rapprocher de certains de mes camarades ; mais il y avait toujours quelque chose de faux dans nos rapports qui très vite prenaient fin. Une fois, pourtant, j’eus un ami. Mais j’étais déjà un despote dans l’âme ; je prétendais dominer entièrement son esprit, je voulais lui insuffler le mépris envers son entourage, j’exigeais de lui qu’il brisât définitivement et fièrement avec son milieu. Mon amitié passionnée l’épouvanta ; je le troublai jusqu’aux larmes, jusqu’aux convulsions. C’était une âme naïve et généreuse. Mais dès qu’il se fut donné à moi tout entier, je le détestai et je le repoussai. Comme si je n’en avais eu besoin que pour remporter une victoire et m’en rendre maître. [p. 744]

Fédor Dostoïevski, Le Sous-sol, Ed. Gallimard, « Bibliothèque
de la Pléiade », 1956, p. 683 à 799 [première édition en 1863].

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