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Pamela, or Virtue Rewarded

5 février 2010

Pamela, ou la vertu récompensée : le livre marque un tournant dans la littérature anglaise. Pamela est devenue une héroïne nationale, ses portraits peuplent les musées et elle a suffisamment agité l’opinion pour que plusieurs écrivains de l’époque se fendent d’une parodie.

Quelles sont donc les qualités de Pamela qui ont pu séduire à ce point les foules ?

A la mort de sa maîtresse, Pamela Andrews est recommandée comme servante à son fils, dont elle boit toutes les paroles : « I will be a friend to you, and you shall take care of my linen. » A sa place, je me serais tout de suite méfiée de cette allusion à son linge. Mais pas Pamela, la pauvrette, âgée de quinze ans, la pureté incarnée. Ses parents, prudents, lui conseillent de se méfier, de peur qu’elle ne perde le plus beau des « joyaux », sa vertu ! Auquel cas, ses parents, inconsolables, en mouraient sur le champ de honte (mais pas de pression). « Arm yourself, my dear child, for the worst; and resolve to lose your life sooner than your virtue.  »

Elle va combattre vaillamment les assauts du jeune homme, aussi lubrique qu’hypocrite, qui ne tarde pas à ruiner sa réputation en voyant ses avances obstinément repoussées.

Il y a du voyeurisme dans ce roman, qui nous fait assister à plusieurs tentatives de viol, racontées ingénument par la jeune fille vertueuse. L’excitation de l’agresseur est palpable, on a presque envie que les choses se passent plutôt que de lire leurs discussions argumentées sur la conduite qui sied à une servante et son maître. Ce qui est déprimant, c’est que jamais l’héroïne ne sort de son rôle d’objet ; elle n’a que le choix d’accepter en tant que bref passe-temps ou en temps qu’épouse et consacre une grande partie de son énergie à confectionner les vêtements seyant le mieux à sa condition du moment.

De manière stupéfiante, les sentiments négatifs initiaux font place à une tendre romance. Après l’avoir traitée de pouffe allumeuse (les termes exacts étant « artful slut »), il la demande honorablement en mariage. De son côté, Pamela tombe amoureuse de son harceleur, après avoir vainement tenté de résister aux troubles penchants de son cœur, en véritable victime du syndrome de Stockholm qu’elle est.

Le procédé littéraire reste délectable, l’histoire progressant entre lettres, petits mots clandestins et passages de journaux. L’auteur s’autorise quelques incursions dans le récit mais reste assez discret dans l’ensemble. La pauvre Pamela peut ainsi s’épancher tout son saoul sur son wicked, wicked master, en prose, en vers, en prières. Graphomane, elle a recours à tous les stratagèmes pour continuer à écrire dans les situations les plus périlleuses. Quelques mots grifonnées peuvent renverser une situation et, ainsi, les signatures des lettres de la vertueuse servante passent de « Pamela, fille dévouée et affligée » à « Pamela, femme comblée et adulée ».

Souvent ridicule et agaçant, le roman reste un documentaire pertinent sur la manipulation dans le couple ! Mr B. se révèle un bel exemplaire du pervers narcissique, imposant sa conception du mariage à une compagne guère en mesure de le contrer. On trouve la conception la plus pitoyable de l’amour qui soit, avec le mari comme seul horizon :

« We are just returned from an airing in the chariot; and I have been delighted with his conversation upon English authors, poets particularly. He entertained me also with a description of some of the curiosities he had seen in Italy and France, when he made what the polite world call the grand tour. He said he wanted to be at his other seat, for he knew not well how to employ himself here, having not proposed to stay half the time: And when I get there, Pamela, said he, you will hardly be troubled with so much of my company, after we have settled; for I have a great many things to adjust: And I must go to London; for I have accounts that have run on longer than ordinary with my banker there. And I don’t know, added he, but the ensuing winter I may give you a little taste of the diversions of the town for a month or so. I said, His will and pleasure should determine mine; and I never would, as near as I could, have a desire after those, or any other entertainments that were not in his own choice. »

Toute une époque ! Tout cela est très énervant et rend bien compréhensibles les vélléités de détournement parodique d’Henry Fielding… Il faut supporter le style très moral et la sensibilité exacerbée des personnages.

Dans le premier livre, Pamela tient le journal de ses malheurs, puis de sa fulgurante ascension sociale. Dans le deuxième, elle tient une véritable correspondance avec ses nouvelles amies, qui lui réclament souvent de recopier ses écrits pour animer leurs soirées de lectures édifiantes, d’où un certain nombre de répétitions. Les passages les plus intéressants sont ceux où Mr B. raconte sa version des faits, un procédé repris, je crois, dans Clarissa, le deuxième roman épistolaire de Samuel Richardson. L’avouerai-je ? Je n’ai pas terminé ce deuxième tome,pleinement assurée de la réussite sociale de l’héroïne, de la préservation de la morale et de mon ennui subséquent. A ma connaissance, seule Beux a eu le courage de le faire.

Samuel Richardson, Pamela, or Virtue Rewarded,
Texte en ligne : livre 1, livre 2 [première édition en 1740].

DefiXVIIIe

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2 commentaires leave one →
  1. 16 juillet 2011 14:54

    Ta critique ma fait bien rire : je ne suis plus si certaine d’avoir envie de le lire maintenant !
    J’ai vu que tu l’as lu en anglais : c’est pas trop délicat, l’anglais XVIIIème ?
    Posté par Céline, 06 février 2010 à 18:31

    Mais oui, il faut le lire ! J’ai bien ri tout au long de cette lecture, même si c’était parfois aux dépens de l’auteur et de son héroïne. L’anglais de l’époque est comme le français, très pur ; je n’ai pas eu trop de difficulté à comprendre. Il y a une traduction française, sinon, qui elle m’a paru un brin vieillotte quand je l’ai feuilletée. Et tu sais quoi, j’ai quand même envie de lire Clarissa !
    Posté par canthilde, 14 février 2010 à 19:16

    Dans ma PAL depuis une éternité! Ton résumé m’a fait rire, cette fois c’est sur je mis met!
    Posté par nausicaa, 23 mars 2010 à 23:00

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