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Joseph Andrews

6 mars 2010

Commençons par Shamela, un court texte satirique, publié par Henry Fielding en 1741, sous le nom de Conny Keyber. Agacé par l’immense succès du Pamela de Samuel Richardson, et surtout par son insondable hypocrisie morale, il dénonce ici cette célébration de la « vertu », conçue de manière purement mécanique (la virginité) et non comme principe conducteur d’une existence juste et équilibrée. Selon lui, ce roman est tout juste bon à transformer les servantes en aventurières éhontées et à pousser les jeunes lords à des mésalliances dont ils rougiront une fois la flamme de la passion éteinte.

La mise en garde du début nous apprend que les lettres de la véritable Pamela ont été retrouvées, jetant une nouvelle lumière sur son histoire. Il s’agissait en fait de la correspondance d’une certaine Shamela, autrement dit : Lahonte.

Dès les premières lettres, on se rend compte que l’humour est volontiers vulgaire, avec les personnages de Mrs Jervis et de Mrs Jewkes transformées en autant de mères maquerelles et le pasteur Williams transformé en amant généreusement doté par la nature. Shamela, s’apercevant que son maître est attiré par elle, n’a de cesse de le faire succomber à ses charmes. Sa mère l’exhorte à davantage de retenue, pour ne pas perdre trop vite tous les avantages liés à cette situation. Ici, l’esprit de la jeune héroïne se limite à des allusions sexuelles aussi grosses qu’elles et l’auteur se moque du procédé littéraire de Richardson, notamment quand Shamela semble décrire une action en cours alors qu’elle est censée être au lit, résistant aux assauts de Mr… Booby, car tel est ici le nom de l’élégant Mr B. On s’en doute, la fin de cette histoire n’aura rien de moral.

Henry Fielding avait décidément une dent contre Richardson, puisque son deuxième roman consiste encore une fois en une satire de Pamela.

Joseph Andrews est ni plus ni moins le frère de la chaste héroïne, tout autant doté de charme et de vertu qu’elle. Sa grande innocence lui vaut dès les premières pages de perdre sa place de valet, à force d’ignorer superbement les avances de la maîtresse de maison, Lady Booby (tante du mari de Pamela), ou de la femme de chambre de celle-ci, Mrs Slipslop.

Le charmant godelureau se retrouve sur les routes, en compagnie d’un protecteur quelque peu encombrant, Parson Adams. Les différentes rencontres qu’ils vont faire prendront de court l’excellente nature et l’extrême simplicité de ce vénérable personnage, tellement elles illustreront tous les vices possibles de l’âme humaine : égoïsme, avarice, vanité, snobisme…

O Vanity! how little is thy force acknowledged, or thy operations discerned! How wantonly dost thou deceive mankind under different disguises! Sometimes thou dost wear the face of pity, sometimes of generosity: nay, thou hast the assurance even to put on those glorious ornaments which belong only to heroic virtue. Thou odious, deformed monster! whom priests have railed at, philosophers despised, and poets ridiculed; is there a wretch so abandoned as to own thee for an acquaintance in public?–yet, how few will refuse to enjoy thee in private? nay, thou art the pursuit of most men through their lives. The greatest villainies are daily practised to please thee; nor is the meanest thief below, or the greatest hero above, thy notice. Thy embraces are often the sole aim and sole reward of the private robbery and the plundered province. It is to pamper up thee, thou harlot, that we attempt to withdraw from others what we do not want, or to withhold from them what they do. All our passions are thy slaves. Avarice itself is often no more than thy handmaid, and even Lust thy pimp. The bully Fear, like a coward, flies before thee, and Joy and Grief hide their heads in thy presence.

Nombreuses seront les embûches avant que Joseph ne puisse serrer honorablement dans ses bras sa promise, la douce, modeste et belle Fanny.

Fort heureusement, l’auteur abandonne rapidement le prétexte parodique de son histoire pour nous entraîner dans une aventure picaresque, avec référence avouée à Don Quichotte. Mr Adams, personnage principal du roman, à défaut d’en être le héros, est parfait en benêt pompeux sur lequel s’abattent toutes les calamités. L’histoire vire à la farce, entrecoupée de considérations sur la littérature, la morale, la nature humaine. Ce livre est décidément l’ancêtre de Tom Jones, qui développera tous ces thèmes de manière plus achevée, avec un héros nettement moins prude.

Henry Fielding, Joseph Andrews and Shamela,
Oxford University press, 1966, 357 p.

DefiXVIIIe

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2 commentaires leave one →
  1. 16 juillet 2011 14:51

    ça a l’air merveilleux, mais il faut que je lise Paméla avant. Sinon, je risque de ne rien y comprendre !
    J’ai presque fini Manon Lescaut, que j’ai sorti de ma PAL grace à ton défi. Et merci, parce que je m’amuse comme une folle !
    Posté par Céline, 06 mars 2010 à 11:19

    Oui, c’est pour ça que j’ai choisi cette époque, on s’éclate avec ces classiques pas du tout empesés (pas du tout comme ceux du XIXe siècle) ! Tiens-moi au courant quand tu auras fini Manon Lescaut car je n’ai malheureusement guère le temps d’aller lire tout le monde régulièrement.
    Posté par canthilde, 06 mars 2010 à 19:32

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  1. Défi XVIIIe « Urgonthe

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