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Abarat

22 mars 2010

Je n’ai pas pour habitude de craquer sur la littérature jeunesse mais voilà, je suis tombée sur Abarat dans le rayon fantasy, j’en avais déjà entendu parler comme d’un début de cycle intéressant et… j’ai complètement flashé sur les illustrations ! Clive Barker, spécialiste de la terreur, un peu dans le genre de Stephen King semble-t-il, s’aventure ici dans un territoire plus accessible, l’imagination rendue débordante par ses propres dessins, aussi poétiques que colorés. Nous y entrons sur les pas de Candy Quackenbush.

La glace au-dessus du lavabo crasseux lui renvoya son reflet. Dans la pénombre de cette cellule monacale, ses yeux paraissaient presque noirs ; ses cheveux brun foncé auraient eu bien besoin d’un coup de ciseaux. En revanche, malgré l’éclairage peu flatteur, son visage lui plut. Elle avait le même sourire facile et franc que sa mère ; quant au pli entre les sourcils, on voyait le même, en plus marqué, en plus soucieux peut-être, sur le front de Bill Quackenbush quand il était plongé dans son sommeil alcoolique. Et puis bien sûr, il y avait ses yeux ; ils sortaient de l’ordinaire : le gauche était marron foncé et le droit bleu. Sauf que dans le miroir, c’était le contraire. [p. 34-35]

Il est bien pénible d’être une adolescente imaginative dans une ville telle que Chickentown, au fin fond du Minnesota, avec pour seule perspective l’usine de poulets locales ! Candy ne se sent à sa place ni chez elle, entre un père alcoolique et une mère résignée, ni au lycée, où elle est la risée de ses camarades. Un jour, c’est l’impertinence de trop et elle est sommée de se rendre immédiatement dans le bureau du proviseur… sauf que ses pas la portent, presque malgré elle, à la lisière de la ville, là où les grandes herbes de la plaine ondulent sous le vent.

Une rencontre inopinée la fait bientôt basculer dans la magie : John Canaille n’est pas un personnage effrayant, si l’on s’habitue à la présence de sa fratrie sous forme de têtes bavardes au bout de ses bois. Mendelson Morphe, par contre, est une créature des plus dangereuses et c’est en voulant le fuir que Canaille entraîne Candy à sa suite, dans les vagues de la mer d’Izabella apparue au milieu de la plaine. Candy n’a pas simplement entrepris un voyage un peu plus surprenant que les autres, elle se retrouve bel et bien dans un autre monde, Abarat, soumis aux seules règles de l’imprévu et de l’aventure.

J’ai adoré découvrir cet univers qui ne ressemble à rien de connu ! L’Abarat est un archipel composé de vingt-cinq îles, représentant chacune une heure de la journée, la vingt-cinquième étant hors du temps, contenant « tous les détails de tout ce qui a jamais existé et existera jamais, à chaque instant de l’éternité ». Peuplé de créatures loufoques, inquiétantes ou même carrément répugnantes, ce monde semble étrangement familier à Candy. Il s’y livre une guerre féroce entre le jour et la nuit, personnifiées par les peu recommandables Rojo Pixler et Christopher Gangrène. Mais, pour un livre accessible à partir de dix ans, l’univers est remarquablement peu manichéen. Comme le raconte un personnage abaratien :

Les ténèbres ont toujours eu leur rôle à jouer. Sans elles, comment saurions-nous que nous marchons dans la lumière ? C’est seulement quand leurs ambitions prennent des proportions trop grandioses qu’on doit s’opposer à elles, les soumettre et, parfois – lorsque c’est nécessaire -, les neutraliser temporairement. Sur quoi elles se relèvent, comme il se doit. En dernière analyse, il n’est pas moins honorable de suivre la voie des ténèbres que celle de la lumière, du moment qu’on le fait dans un but défini. [p. 350]

Ténébreux, ce récit l’est assurément. Le style est très simple mais les personnages eux, sont complexes. Il y a des méchants pitoyables et des gentils pervers, des créatures déroutantes et une magie assez sordide. Autant dire que ce livre ne s’adresse pas spécialement à des enfants et que de trop jeunes lectrices pourraient s’en détourner, épouvantées. Ce qui serait dommage car on a ici une héroïne dynamique et pleine de pouvoir, comme j’aimerais en trouver plus souvent. Les dessins sont très évocateurs et font travailler l’imagination, tel cette jetée au milieu de la plaine.

La bonne nouvelle, c’est que l’auteur a prévu plusieurs tomes pour raconter son histoire. La mauvaise, c’est qu’il devrait se faire récupérer par Disney.

Clive Barker, Abarat,  Ed. Albin Michel, Le livre de poche, 2002, 472 p.

Un site rigolo avec plein d’animations pour visiter Abarat (un peu gadget quand même)

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One Comment leave one →
  1. 17 août 2011 11:12

    La bonne nouvelle : le 2e tome est déjà dispo en français.
    La mauvaise : toujours aucun signe du 3e.

    Question âge, je l’ai offert à quelqu’un de 14 ans, pas grand lecteur et c’était limite (trop long, trop de chose).

    Mais moi j’ai beaucoup aimé.
    Posté par Tiphanya, 27 mars 2010 à 08:16

    J’en ai pas mal entendu parler et j’ai l’intention de me lancer un de ces quatre!
    Posté par chiffonnette, 28 mars 2010 à 19:43

    Tiphanya : Dommage pour le cadeau. C’est pourtant le livre idéal pour un faible lecteur, avec un paquet d’images ! D’après ce que j’ai lu, l’auteur promet un troisième tome très noir. Mais je crois que je vais mettre cette série de côté pour ne pas être trop frustrée avant sa parution complète, et m’intéresser à un autre roman intrigant, « Imajica ».

    Chiffonnette : J’étais comme toi… mais je déteste attendre la fin d’une série.
    Posté par canthilde, 30 mars 2010 à 22:23

    J’en ai bcp entendu parler, je me réjouis !
    Posté par Theoma, 06 avril 2010 à 13:00

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