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Le Livre d’Hanna

25 avril 2010

Hanna Heath, restauratrice de livres anciens, se rend de Sydney à Sarajevo pour se pencher sur la haggada, un célèbre manuscrit enluminé hébreux. Le livre que tout le monde croyait perdu vient de ressurgir, après avoir été mis à l’abri pendant le siège de la ville. Elle doit s’assurer qu’il n’a subi aucun dommage et profite de cette occasion unique pour approfondir les connaissances historiques sur la genèse de ce chef d’œuvre, qui intrigue les spécialistes. La description de son travail artisanal est complètement fascinante.

Mon travail concerne les objets, pas les gens. J’aime la matière, la nature des différents éléments qui servent à fabriquer un livre. Je connais la chair et le tissu des pages, les terres brillantes et les toxines mortelles des pigments anciens. La colle à base de farine, je peux en rebattre les oreilles de n’importe qui. J’ai passé six mois au Japon pour apprendre comment la mélanger de façon à obtenir juste le degré d’élasticité nécessaire.
J’aime particulièrement le parchemin. Si durable qu’il traverse les siècles, si fragile qu’il peut être détruit l’espace d’une seconde d’inattention. Je suis sûre que l’une des raisons pour lesquelles j’ai été choisie vient du fait que j’ai écrit tant d’articles à son sujet. Il me suffisait de voir la grosseur et l’espacement des pores d’un parchemin pour dire qu’il avait été fabriqué avec la peau d’une race disparue de moutons montagnards d’Espagne à l’épaisse toison. On peut dater des manuscrits de l’époque des royaumes d’Aragon et de Castille, à un siècle près, si on sait quand cette race particulière faisait fureur chez les fabricants locaux de parchemin. [p. 30]

Ce livre comblera tous les bibliophiles. Hanna a repéré de minuscules débris qui, une fois analysés, livrent quelques uns des secrets du parchemin. L’intrigue est un savant tissage des histoires des différents personnages ayant œuvré pour protéger le livre. Musulmans, juifs, chrétiens ont toujours eu conscience du trésor qu’il représentait, malgré les périodes d’intolérance et de répression.

L’héroïne est peu crédible : restauratrice virtuose de vieux manuscrits, plus à l’aise avec les livres qu’avec les gens et séductrice décomplexée, baroudeuse, ayant un carnet d’adresse rempli de noms d’experts qui sont aussi ses amis. Le traitement du personnage de la mère m’a également agacée, avec son antiféminisme latent : son portrait de mauvaise mère castratrice est vraiment très très chargé et elle est d’ailleurs « punie ».

Même s’il faut bien en passer par là, au-delà du portrait de l’héroïne, orienté sur sa psychologie profonde et complexe et le terrible drame de sa famille (soupir), j’ai préféré l’histoire tumultueuse de ce livre, passant de mains en mains à travers les époques. L’autrice élabore une théorie très romanesque sur l’auteur du mystérieux manuscrit, grâce aux détails d’une image qui a généré beaucoup de spéculations :

Feuilleter quelques pages de la Haggada de Sarajevo ici.

Geraldine Brooks, Le Livre d’Hanna, Belfond, 2008, 414 p. (People of the Book).

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