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Wilhelm Meister

6 mai 2010

Les Années d’apprentissage, 1795, p. 367-938

Chez Wilhelm, la passion pour le théâtre se confond avec celle qu’il éprouve pour Marianne, charmante actrice un rien coquette. Depuis son enfance, il aspire à une vie de bohème, bien éloignée de l’activité commerciale vers laquelle le pousse son père, bourgeois prospère. Le jeune homme est idéaliste, il croit au destin et ne doute pas un seul instant du bonheur naturellement associé à la glorieuse vie de comédien. Il lui faudra une sévère déception pour redescendre sur terre et ce n’est que plusieurs années plus tard, finalement lancé dans le négoce, qu’il rencontre une troupe de théâtre peuplée d’artistes fascinants. L’appel de la vie itinérante se fait alors irrésistible.

Si le premier amour est, d’après tout ce que j’entends dire, la plus belle chose qu’un cœur vienne tôt ou tard à éprouver, il nous faut estimer trois fois heureux notre héros, à qui fut accordé de pouvoir goûter ces instants uniques dans toute leur plénitude. Bien peu d’hommes sont à ce point favorisés, car la plupart de leurs impressions premières les ramènent en somme à une rude épreuve qui les contraint, après quelque jouissance précaire, à renoncer à leurs plus chers désirs et leur enseigne à se priver pour toujours des plus hautes félicités entrevues. (p. 372)

Quelques chapitres d’une délicieuse légèreté se succèdent : marivaudages entre la belle et capricieuse Philine, Laertes et le couple Mélina, parties de campagne, fêtes agrémentées de chansons, numéros de Mignon, toute jeune fille acrobate dont Wilhelm s’est fait le protecteur. Nous suivons la vie d’une troupe de théâtre, avec ses comédiens désordonnés, ses intrigues et jalousies, un budget serré pour les salaires, les décors, les costumes. Avec cela, il faut dépendre du caprice du public, plus enclin à apprécier la nouveauté qu’une évidente démonstration de talent. Les pages enfiévrées sur les répétitions d’Hamlet m’ont tout simplement donné envie de lire Shakespeare sur le champ !

Wilhelm est un grand sentimental est s’éprend de toute femme intéressante croisée sur son chemin. Mais le destin se montre cruel et, pour trouver le bonheur ici bas, il vaut mieux renoncer aux attachements éphémères et illusoires, plutôt que de laisser son cœur donner libre cours à ses inclinations. Ici, l’auteur se fait moraliste et on n’échappe pas aux bondieuseries, sous la forme des « Confessions d’une belle âme », un récit enchâssé dans l’histoire principale. Cette première partie initiatique du roman se termine e manière pompeuse, tandis que le héros acquiert un peu de la maturité qui lui faisait jusqu’ici défaut.

Rien n’effraye tant la masse des hommes que la raison ; c’est la bêtise qu’ils devraient craindre, s’ils savaient voir où est le danger ; mais la première leur est incommode, il faut l’écarter, la seconde n’est que nuisible, il est toujours temps d’aviser. (p. 772)

Les Années de voyage ou Les Renonçants, 1821, p. 939-1353

En compagnie de son jeune fils, Wilhelm s’est fixé pour principe de ne jamais rester plus de trois jours au même endroit. Il fait plusieurs rencontres intéressantes, écoute des récits édifiants. J’avoue que j’ai été moins sensible à cette partie, à laquelle manquait la partie artistique et bohème. Je ne l’ai pas terminée. Il n’en reste pas que l’ensemble du roman est un monument, avec de multiples ramifications philosophiques, théologiques. Je n’ai sûrement pas saisi toutes les allusions aux mouvements intellectuels de l’époque de Goethe. Reste le plaisir du voyage…

Goethe, Romans, Ed. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade » 1954, 1392 p.

DefiXVIIIe

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2 commentaires leave one →
  1. 16 juillet 2011 14:50

    Je l’ai lu autrefois, et l’ai abandonné au moment ce ce récit d’une « belle âme ». Belle peut-être mais terriblement ennuyeuse! Comme le récit semblait devoir se prolonger et que j’étais impatiente, je l’ai carrément lâché. Mais le début était comme tu le dis très agréable et fort intéressant.
    Posté par Dominique, 08 mai 2010 à 16:29

    Oui, comme roman, la partie théâtrale est bien. Le reste, c’est plus par intérêt pour la philosophie ou la théologie qu’on peut le lire…
    Posté par canthilde, 09 mai 2010 à 15:00

    Le livre est dans ma PAL, je verrais boen ce que ça donnera! ^^
    Posté par cassandra, 22 mai 2010 à 12:29

    Il est temps que je sorte « Faust » et « les Souffrances du Jeune Werther » de ma PAL !
    Posté par Lou, 23 mai 2010 à 10:42

    Opération « Sortons Goethe de nos PAL » !
    Posté par canthilde, 24 mai 2010 à 11:21

    Bravo Canthilde pour ton site vraiment « littéraire »… et exigeant ! George Sand, Henry James, Goethe…

    Quand je pense qu’on peut aujourd’hui passer sa vie de lectrice ou lecteur à lire les si évitables et si anecdotiques « inoubliables » ouvrages d’Angot, Musso, Levy, Gavalda, Houellebecq, Beigbder (Argh !!!) etc. et « oublier » de découvrir les romans et nouvelles d’Henry James !

    Vive, oui, la hiérarchie et le tri entre Littérature et paralittérature (phénomène navrant ayant envahi les rayons des librairies et des hypermarchés ces trente dernières années, et ayant « anesthésié » peu à peu la sensibilité du public … )

    Vive la curiosité que tu as pour « la Littérature des siècles passés » – et à bas la paresse ! Et vive aussi les grands contemporains étrangers qu’il nous reste (comme Orhan Pamuk et d’autres grands littérateurs, …)

    Bises !

    PS pour un petit détour sur :

    http://www.fleuvlitterature.canalblog.com/
    Posté par dourvac’h, 02 juin 2011 à 12:46

    Merci pour ces compliments et contente que ce blog te plaise. Tu sais, ce n’est pas par « exigence » que je lis des auteurs classiques mais simplement parce que j’y prends du plaisir. Je n’accroche pas à la littérature française contemporaine alors j’ai abandonné. Je suis de plus en plus persuadée que face au matraquage publicitaire, l’attitude la plus efficace est… le silence. Car les médias se nourrissent de la critique et on peut dépenser beaucoup d’énergie à dire du mal d’auteurs qui ne méritent tout simplement pas notre attention.
    Posté par canthilde, 03 juin 2011 à 10:34

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  1. Défi XVIIIe « Urgonthe

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