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Le Bourg de Stépantchikovo et sa population

9 mai 2010
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A Stépantchikovo, il y a tout d’abord le colonel Iégor Ilitch Rostanev, un homme excellent, gentil et conciliant, dont la retraite est malheureusement troublée par sa mère, une vieille acariâtre et belliqueuse. Non contente de le traiter d’ingrat et d’égoïste, elle lui impose la présence d’un pique-assiette d’une insignifiance complète, Foma Fomitch, qui parvient pourtant à se créer un cercle d’admirateurs partout où il passe.

La perplexité du narrateur, orphelin devenu le protégé du colonel, est grande lorsqu’il vient lui rendre visite, sur son instance. Son oncle tient à lui faire épouser une jeune gouvernante « extrêmement intéressante. » On comprend vite que l’oncle l’épouserait bien lui-même mais que c’est hors de question pour sa mère et, surtout, pour Foma Fomitch, qui tient à lui mettre une autre fiancée dans les pattes pour conserver sa position dominante dans la maison.

On assiste avec stupeur aux manifestations de cette illusion collective, les libertés prises par Foma dépassant vraiment les bornes. D’une ignorance crasse, il exige qu’on l’appelle Excellence, qu’on le considère comme un intellectuel ; il est paranoïaque, jaloux, insultant. Sa cour ne vaut guère mieux, une bande de malades, faibles, hystériques, comme souvent chez Dostoïevski. On retrouve un peu l’ambiance du Rêve de l’oncle, mais l’humour ici est plus réussi, les personnages moins caricaturaux. En fait, ils ne ressemblent à rien d’existant !

Imaginez-vous un petit homme, le plus insignifiant, le plus lâche, un vrai débris de la société, dont personne n’a rien à faire, qui est complètement inutile, complètement dégoûtant, mais qui est empli d’un amour-propre sans limites et qui, de plus, se voit privé absolument du moindre don qui pourrait justifier ne serait-ce qu’un tant soit peu cet amour-propre maladivement exaspéré. Je préviens à l’avance : Foma Fomitch est l’incarnation de l’amour-propre le plus illimité, mais, en même temps, d’un amour-propre particulier, à savoir, justement, celui qu’on ressent dans une nullité des plus totales, et, comme cela arrive généralement dans ces cas-là, un amour-propre humilié, écrasé par toute une série d’échecs terribles, qui purulent depuis longtemps et font suinter de vous l’envie et le fiel à la moindre rencontre, à la moindre réussite dont vous êtes témoin. Inutile d’ajouter qu’à tout cela vient se mêler la susceptibilité la plus monstrueuse, la méfiance la plus délirante. (p. 22-23)

Fédor Dostoïevski, Le Bourg de Stépantchikovo et sa population,
Actes Sud, 2001, 379 p. (Selo Stépantchikovo i iévo obitatli, 1859).

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