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Gormenghast

20 juin 2010

Le bébé rose et gazouillant, assistant avec détachement aux rituels compliqués de sa lignée, est devenu un garçon au statut pour le moins inconfortable. Il est censé être traité sur le même pied que les autres garçons de l’école, tout en étant conscient de sa dignité de soixante-dix-septième comte d’Enfer. Son père mort, sa mère distante, sa sœur fantasque, il n’a en fait que peu d’affection pour son héritage et ne rêve que d’échappées dans le monde extérieur.

Observant ces combats, Titus souhaitait de toutes ses forces être un enfant anonyme perdu au cœur de la meute – pouvoir vivre, et courir, et se battre, et rire, et même pleurer au besoin, selon son désir. S’il avait été l’un de ces enfants indomptables, il aurait été seul au milieu de ses compagnons. Mais le comte de Gormenghast ne pouvait jamais être seul. Il ne pouvait qu’être solitaire. Même s’il se perdait, il y aurait toujours cet autre enfant, ce symbole, ce fantôme, le soixante-dix-septième comte d’Enfer, rôdant à ses côtés. (p. 367)

Ce deuxième tome nous présente la clique lamentable des professeurs de l’école, encore plus enclins que leurs élèves à dormir en classe. Mais le comble de l’ironie mordante est atteint avec l’organisation par Irma Salprune d’une fête nuptiale, planifiée dans le seul but de se trouver un mâle ! Même si l’adaptation de la BBC était gratinée, ce n’est rien en comparaison des chapitres de pur délire du roman ! Et finalement, l’auteur, à l’instar d’Alfred Salprune, fait preuve de lucidité derrière le rire grotesque , lorsqu’il analyse la formation d’un couple comme la rencontre de deux appétits féroces de domination, où l’homme conquiert sa proie en la rabrouant et s’enorgueillit de la capitulation de celle-ci, persuadé qu’elle n’a pas percé à jour son indéniable nullité.

J’ai trouvé l’action encore plus lente à démarrer que dans le premier. Il y a des passages à vide, lorsque Titus s’interroge sur son destin, se perd dans la nature… De plus, toute l’histoire autour de la Créature m’a semblée inutile ; c’est juste un symbole et j’ai été déçue par le traitement qui lui est donné.

Plus que Titus, mon personnage préféré était le docteur Salprune, guettant avec inquiétude les audaces d’un Finelame décidé à s’élever socialement par n’importe quel moyen. Dommage qu’il n’ait pas le temps de mener à bien son projet de falsifier les documents des règles du château, on aurait probablement atteint les sommets de l’absurde drolatique et mortel à la fois. L’ensemble dégage une impression d’inachevé. Je trouve qu’on passe à côté d’un grand livre, de peu.

Mervyn Peake, Gormenghast, Ed. Phébus,
2000, 552 p. (première édition en 1968).

Trilogie « Gormenghast » :
Titus d’Enfer
Gormenghast
Titus errant

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