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Une Femme douce

16 août 2010
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Un homme considère sa femme morte, allongée sur une table. Il se souvient de leur rencontre où, minable prêteur sur gage, il a été séduit par l’une de ses clientes. A cause de quoi, au juste ? Il cherche. Son très jeune âge, sa situation précaire, sa fraîcheur, son innocence… Il s’imagine tout de suite cette personne sous sa coupe, reconnaissante, affectueuse peut-être. A peine son dessein accompli, il n’a de cesse de flétrir cette âme fière.

C’est assez pénible de devoir découvrir cette histoire contée du point de vue de l’homme, véritablement lamentable et méchant. On se demande pourquoi la jeune femme accepte de gâcher sa vie de la sorte, par pur masochisme ou fatalisme. Quelle autre place pour une fille pauvre, sans éducation ? Le narrateur raconte complaisamment comment il a tiré parti de tout cela, avec l’assentiment de la famille, toute disposée à « vendre » une bouche inutile. Ce récit très bien maîtrisé m’a, une fois de plus, fait froid dans le dos.

Je lui expliquai alors carrément, impitoyablement (et j’y insiste : impitoyablement), en quelques mots, que la générosité de la jeunesse est chose charmante, mais ne vaut pas deux sous. Pourquoi ? parce qu’elle l’obtient à bon compte, sans avoir l’expérience de la vie, et qu’il s’agit plutôt « des premières impressions de l’être », pour ainsi dire. Mais attendez un peu qu’on vous voie à l’œuvre, jeunes gens ! La générosité à bon compte est toujours chose facile, et faire même le sacrifice de sa vie, cela ne coûte guère, ce n’est là que bouillonnement du sang, trop plein de force, soif ardente de beauté ! Mais qu’il s’agisse d’un acte d’héroïsme que nul ne remarquera, sans éclat, face à la calomnie, où il y ait de grands sacrifices et pas une miette de gloire, où vous risquez, homme glorieux, de faire devant tous figure de vile canaille tandis que vous êtes l’être le plus honnête de la terre, – essayez donc un peu d’accomplir un tel exploit. Eh bien ! vous reculerez. Et moi, toute ma vie, je n’ai fait autre chose que de porter cette croix !

Fédor Dostoïevski, Une Femme douce, Ed. Ombres, 1993, 90 p.

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One Comment leave one →
  1. 23 août 2011 09:15

    Lallisé, il y a longtemps que je n’ai lu un ecrivain russe !
    Posté par Michel, 22 août 2010 à 21:16

    Je me suis demandée si tu m’avais attribué un nouveau pseudo mais apparemment, les bloggeurs ont inventé un nouveau verbe ! A quand dans le dictionnaire ?
    Posté par canthilde, 23 août 2010 à 10:55

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